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devenu l'arbitre par la netteté de vos . jugemens & de vos détijîons ! Si lorfqu'on entreprend de faire des Tragédies, on fe propofoit l'honneur de vous plaire, é" de travailler félon votre goût , ce feroit fans doute un objet capable de remuer puiffamment, & d'élever l'ame. d'un Poète. Jl faut le dire auffi, Monseigneur, rien rieft plus digne du loifir des plus grands Hommes , que ces fortes de fpellacles , qui font faits pour le cœur & pour l'efprit^ édont la raifon elle-même s'eft fervie , pur nous ramener à nos devoirs par le flaifir le plus noble & le plus délicat. Piur moi , Monseigneur, excité par une approbation aujfi glorieufc que la votre ,foferai tenter de nouveaux , efforts. Heureux ,Jt ayant k peindre des Héros , non pas toujours tels qu'ils ètoient, mais fouvent tels qu'ils dévoiera être 3 cette occajion me procurait l'honneur d'approcher de plus près Votre Altesse Royale, & me mettait à la fource de ces grands fentimens

dont nous n'avons que de légères idets. Je fuis avec un refpeft profond,

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J'Ai toujours regardé Saiil comme un fujet, qui dans l'Ecriture Sainte revcnoit en quelque forte à celui d'Oedipe dans la Fable , c'eft-à-dire ," comme un fujet qui ayoit toutes les qualitez qu'Ariftote demande pour la perfedion du Poème Dramatique.

Saiil, en effet, ne nous paroît d'abord ni jufte, ni méchant dans un fouverain dé-: gré , & à ne regarder que d'une première vûë ce qui a donné lieu à fa réprobation , ilferoit difficile de le condamner jufqu'à. lui refufer fa pitié. Il entre même dans fa dcfobéiffance, je ne fçais quelle religion & quelle vertu; & s'il tombe enfuite dans une infinité de crimes, c'eft comme involontairement , & comme emporté par l'effet d'une Jufttce terrible- V

Le Prophète Samuel, lui ordonne de fe rendre à Galgala , <5c de l'y attendre pendant fept jours pour offrir le Sacrifice au Seigneur. Saiil preffé par les Philiftins, & même abandonné par les liens , voyant que le feptiéme jour étoit venu , & qu'il n'avoit point encore de nouvelles de Samuel , crut qu'il ne devoit point engager le combat fans avoir appaifé le Seigneur; il ofa donc lui facrifier, & Samuel arriva lorfqu'il achevoit d'offrir l'Holocaufle, Cette précipitation de Saùl contre les ordres de Dieu & de fon Prophète , a été la première caufe de fa réprobation.

Les Amalecites étoient venus fondre avec toutes leurs forces fur le Peuple de Dieu3 au forcir de l'Egypte. Dieu fut irrité contre la perfidie d'un peuple , qui étant forti d'Efaù, & par confequent d'Abraham, comme les Ifraëlites, fe devoit confiderer à leur égard comme leur étant uni par le lien du fang. Dieu dans fa colère dit à Moyfe 5 J'exterminerai Amalec; & il y aura une guerre de race en race entre lui & moi. Quatre cens ans après, Dieu choifit Saùl pour exécuter fa volonté dans la ruine de ce Peuple. Il lui fit dire par Samuel de marcher contre Amalec, & de paffer tout au fil de Tépée , depuis l'homme jufqu'à l'enfant qui feroit à la mamelle , & jufques aux vils troupeaux. Saiil tailla en pièces tout ce qui fe trouva depuis Hevila jufqu'à Sur, qui elt vis-à-vis de l'Egypte; mais il épargna Agag leur Roi qu'il avoir pris vif, & réferva ce qu'il y avoit de meilleur dans les Troupeaux pour l'immoler au Seigneur.

Telle a été la féconde défobéiffance de Saiil ; de-là ce trouble dans fon efprit, qui fbceeda à Tefprit de Dieu; de-là le meurtre de plus de quatre-vingts Prêtres revêtus' de leurs habits facrez; la défolation de toute la Ville Sacerdotale de Nobé ; cette haine ft injufte & fi cruelle dont Saiil fut animé contre David ;cette confultation de la Pythoniffe fur la défaite d'Ifraël ; & enfin la mort de ce malheureux Roi » qui eft l'ac: tion de ma Tragédie.

J'ai dérobé l'apparition de l'ombre de Samuel au Spectateur, non-feulement par la difficulté de l'exécution fur le Théâtre > mais encore parce qu'il m'a femblé que l'ombrc en paroiffant, n'ajouteroit rien à la terreur que j'ai cru qu'exciteroit la reconnoifiance du Roi, de la manière qu'elle eft amenée. D'ailleurs la conduite que Je gardois en cela,rej étroit dans le quatrième Aéle le récit de cette même apparition , qui pouvoit être affez vif pour fe foutenir encore après la Scène de la Pythoniffe & de Saiil. Je ne dois chercher à juftifier ma conduite en cela, que par le grand foccès de cette même Scene,qni ( fi j'ofe le dire ) a également faiff la Cour & la Ville.

Les Interprètes de l'Ecriture demeurent d'accord, que cette apparition de l'ombre de Samuel fe fit par un ordre particulier; de la Juftice de Dieu , qui prit le moment d'une évocation vaine & fterile, pour pro

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