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Cette fbif de fon fang, fou exil && faîte; Seul & funefte fruit des plus nobles hazards, David que Sicelegreçut dans fes remparts, Au mépris d'une vie utile à la Judée , Tentât encor du Roi la foi fi mal gardée? Que dis-je ? il t'en fouvient ; à fes coups dérobé i La fureur de Saul le cherchoit dans Nobé. Du Pontife avec lui fufpeft d'intelligence , Le funefte trépas fignala fa vengeance; Ifraël en pâlit ; Nobé dans fès remparts Vit la flamme & le fer briller de toutes parts; Parmi les cris, les pleurs, 1 enfance confondue i Dans les bras tout fànglans d'une mère éperdue; Jufqu'aux pieds des Autels nos Prêtres affiegez, Et de Miniftres faints, quatre-vingts égorgez. , Tu vis combien fon ame encor peu latisfaite, Rejetta les confeils de ce fameux Prophète, Samuel, qui du Ciel en naiflant inlpire , ,-.. ■ De Saiil jeune alors, oignit le front iacté. Et qui fçait en effet fi Dieu dans fa colère , Ne pouriïiit point fur nous les crimes de mon Père l Cependant le tems preffe, & pour dernier fecours, J'ai fait venir ma Sœur ici depuis deux jours.

A CHAS. Depuis ce même temps, éloigné de l'armée , J'en ai trouvé par tout la nouvelle femée. Mais quel deflein, Seigneur, l'appelle dans ces lieux Où rien ne peut s'offrir qui ne bleffe fes yeux i Où le fier appareil...

JONATHAS.

Comme toi, par avance i Du retour de David j'ai fenti l'importance. Et comme par ma Sœur je puis mieux l'eiperer , Du fecours de fes pleurs j'ai voulu m'aflurer. Même intérêt confond fon deftin & le nôtre , Elle cft femme de l'un, elle eft fille de l'autre;

Même

Même, aux brigues d'Aller je pourrai l'oppofer,

Tu vois que de mon Père il peut fèul difpofer,

Quoiqu'il fbuffre à regret l'éclat qui l'environne ,

Relie d'un (ang fatal qui prétendit au Trône ,

Et qui jadis armant les plus féditieux

Oppofa lès complots au choix même des Cieux.

Sans doute il fe fouvient qu'en d'autres mains reinifc ,

Ma Sœur aux feux d'Afler avoit été promifè;

Que mon Père depuis s'impoiànt une loi,

Rompit l'hymen d'Afler , & dégagea là foi.

Mais (bit qu'en lui l'effet de quelque ardeur fecretter

Nourrifie de foncceurl'efperance indifcrette,

Que jufques à ma Sœur il levé encor les yeux ,

Ou (bit qu'il tourne ailleurs fes vœux ambitieux,'

Ennemi de David il cherche à le détruire.

Dans les defleins fecrets qu'il forme de lui nuire ,

Et dont tu le peux voir jour & nuit occupé ,

Je me luis vu fbuvent moi-même enveloppé.

Mais ma Sœur vient, quel trouble élevé dans fbn ame

Conduit vers nous lès pas? . .

SCENE IL JONATHAS, MICHOL, ACHAS, ELISE. J O N A T H A S.

V< Ue fait le Roy , Madame!

MICHOL.
Ah ! venez avec moi combattre (es tranlports.
C'eft maintenant qu'il faut redoubler nos effort?.
Des vengeances du Ciel déplorable victime,
De fa vertu première un rêtte encor l'anime,
Et dans ce trille étatfon exemple fait voir

B

Tout ce qu'en un grand cœur produit le delêfpoif.
S'il fuit Ces mouvemens, la perte devient fûre;
De tout le camp mon Père ignore le murmure.
Mais , mon Frère , à lui feulc'eft trop l'abandonner.
Prévenez, un malheur qui peut tout entraîner.
Hâtez-vous , craignez tout du trouble qui l'inlpire,
Et fongez que là chute eft celle de l'Empire.

JONATHAS.
Vous-même de David aflurez le retour.
Venez faire parler la nature & l'amour.
Je fçai qu'Eliézer à vos ordres fidelle,
De l'état de Saiil lui porte la nouvelle;
Mais c'eft peu qu'une lettre expofant vos douleurs ,
Trouve encore David fenfîble a nos malheurs,
Du Soldat mutiné lui peigne l'infolence ,
Et nos fiers ennemis triomphant par avance;
En vain vous fléchiriez le cœur de votre Epoux ,'
Si nous n'avons du Roi defarmé le courroux.

MICHOL. Helas ! de ce courroux injufte ou légitime , Je luis, Prince, je fuis la première viftime. Ciel arbitre des Rois, où me reduifez-vous? Je vois fans celle un Père armé contre un Epoux: Tour à tour dans mon cœur leur défenfe m'eft chère, Si j'aime mon Epoux , je refpeéte mon Père; Et dans ce trifte état une langlante loi Semble en les feparant les unir cpntre moi.

JONATHAS. Madame , il n'-eft pas temps de répandre des larmes; Songez à prévenir de plus triftes allarmes. Allons où le devoir vous appelle avec moi , Ne tardons plusjcourons. Mais on vient, c'eft le Roy.

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S C ENE III.

SAUL, JONATHAS, MICHOL, ACHAS , ASSER & ELISE.

S A U L.

V^Ue vois-je ici ? quel foin raflemble ma famille ,.
Et prefente à mes yeux Jonathas & ma Fille?
( à A§tr. ) Rentre , ce que je veux confier à ta foi
Ne permet point, Aller , d'autre témoin que toi.

Jifier fort.
Mais moi-même je fens que mon tranfport me laifle.
Ah ! fbrtons, & fuyons une indigne foiblefle,
Mon deffein a befoin de toute ma fureur.

MICHOL. Mon Père , où courez-vous?

JONATHAS.

fuyez-vous, Seigneur
SAUL.

Sourquoi'ne puis-je, helas ! fuyant plus loin encore,
erober à vos yeux l'ennui qui me dévore ,
Et du Ciel fur moi feul épuifer le courroux
Qu'un noir preflentiment me fait craindre pour vous?
Je crains que fa fureur, par de nouveaux fuppliccs ,
De mes crimes encor ne vous rende complices , - •
Et de tant de grandeurs ne vous laiffc pour fruit,
Le malheur qui m'accable , & la mort qui me fuit.

MICHOL.
le Ciel fur vous,Seigneur, jette un œil moins fercrc.
Quelcrimeavez-vous fait ? Jadis dans fa colère ,
Lui-même il vous dicta les ordres fouverains ,
Et Toulut châtier Amalec par Yos mains.

Savoix parle. Une aveugle & prompte obéûTarice;
De nos Pères trahis entreprend la vengeance.
Le bruit de votre nom déjà lert fon courroux ,
La vi&oire & l'effroi marchent loin devant vous î
Tout l'Orient fe trouble , & malgré tous fes Princes
Un déluge de fang inonde les Provinces.
Votre main triomphante en arrête le cours,
Ou plutôt d'Agag feul elle épargne les jours;
Echappé d'une guerre en tant d'horreurs fertile,
A vos genoux , Seigneur, un Roy trouve un azile j
D'un ennemi vaincu vous devenez l'appui,
Eft-ce là le forfait qui vous trouble aujourd'hui?

SAUL.
Des jugemens d'un Dieu qui peut percer l'abîme?
Cette même clémence à les yeux eft un crime.
■Soit qu'il faille lui plaire , ou fervir fon courroux,
La pitié cruelle exige tout de nous.
Sans celle, ou l'inltrument, ou l'objet de la haine,
Nous n'avons qu'à ce prix la grandeur fouveraine.
Et lî fon bras fur nous vient à lancer fes traits ,
Alors fe; châtimens parlent tous fes bienfaits.
Plus heureux dans l'état d'une obicure naiflànce,
J'aurois peut-être encor ma première innocence:
Pourquoi venant lui-même au devant de mes pas,
M'offroit-il des grandeurs que je ne cherehois pas?

JONATHAS.
Mais, Seigneur, quels malheurs marquent votre dif-

gràce;
Et depuis quand l'Empire a-t-il changé de face?
Quel eft votre ennemi ? Jadis le Philiïtin
N'offi oit à votre efpoir qu'un triomphe certain:
Pourquoi donc dans ce jour...
SAUL.

Helas ! que veus dirai-je »
Je crains Agag , je crains cette main fâcrilege ,
Qui ;adis au mépris des ordres immortels ,

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