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ACTE II.

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SCENE I.

MICHOL, ELISE.
MICHOL.

ELifê , ce rapport n'était que trop fidèle;_
Et confirmant d'Affer la fanglante nouvelle,
Eliezer déjà de retour dans ces lieux,
A des pleurs plus cruels ouvre encore mes yeux.
On dit qu'avec Achis David d'intelligence,
Par des liens plus forts s'unit à fa vengeance:
Et le coup qu'à mon Père il âdreffe aujourd'hui,
Doit me percer le cœur pour aller jufqu'à lui.

ELISE.
Quel eft le fondement d'un difcours qui m'étonne!
O Ciel ! que dites-vous?

MICHOL.

Que l'ingrat m'abandonne) Par quel éclat trompeur d'amour & de vertu Au dernier des affronts, Ciel, me préparois-fa î Quelle honte pour moi, pour toute ma famille , Si de ce Roi barbare il époufè la fille! Ce bruit dont à tes yeux mon cœur eft éperdu, Dans toute la Judée eft déjà répandu. Aux filles d'Ifraèl mon malheur fe raconte, Tout 1 Univers bien-tôt fera plein de ma honte. Mais, cher» Elife, enfin tonnois-en tout l'excès»

tu Vols de tant de pleurs le funefle fiiccès.
Fille d'un Roi puàflant , fous qui trembla l'Ane ,'
Vil enfant de Jefle, David me facrifie,
D'un facrilege amour je.fçais (on cœur épris^
Et loin de l'en punir par un jufte mépris,
Ordinaire réflburce en de telles difgraces,
Je fêns que. mon cœur vole encore (ùr (es traces;
Que loin de s'indigner contre un perfide Epoux ,'
J'ai plus d'amour encor que je n'ai de courroux.

ELISE.
Quoi 1 (ans chercher, Madame, aucune autre lumière,
Votre ame au moindre bruit fè livre toute entière,
Et déjà croit David rangé fous d'autres Loix?
Ah ! fongez bien plutôt à quels brillans exploit»
Saiil de votre cœur attachant la conquête ,
De fîx cens Philiftins lui demanda la tête.
Après tous Ces efforts pour aller jnfqu'à vous
Quel foudain changement craignez-vous d'un Epoux?
Je vois dans fes dcfleïns Un fecreft que fignoreï
Mais (ans doute pour lui le Ciel agit encore.
Vous le verrez , Madame ; & loin de vous trahir.

MICHOL. En vain par tes difeours tu prétens m'ébloùir. Mais il faut détourner cet orage funefte. , C'eneft fait, commençons , le Ciel ferale refte; Je cours exécuter un iUuftre deflein , Que l'amour & la gloire oht formé dans mon fein; Il eft digne du fang dont le Ciel m'a fait naître: Allons trouver le Roi. Mais je le voisparoître. Quel eft le nouveau trouble, ô Ciel, ou je le voi?

SCENE II. SAUL , MICHOL , ACHAS , ELISE.

SAUL.

QUoi ! mes propres Sujets m'impoferont la loi?
Il ne vous manque plus , trop pleins de vos al-
larmes,
Qu'à tourner contre moi la pointe de vos armes,
Lâches , vous réfutez, de marcher fur mes pas.
Allez , Achas , allez qu'on cherche Jonathas;
Qu'il vienne , de fon Père embraflant la défenfë,
Et foutenir ma gloire, & punir leur offenfe.

SCENE III,

SAUL, MICHOL, ELISE:

SAUL.

MA Fille, vous voyez où me réduit le fort.
Au fortir de ces lieux , plein d'un jufte tranf-
port,
J'allois , vous le fçavez , par l'effort de'mes armes,
Ou périr , ou venger ma puiffance & vos larmes;'
Mais tout un Camp eft lourd à mon commandement,
Je n'ai trouvé que trouble & que frémiffement.
A quelle foi, grand Dieu, quelle fureur fuccedeJ

MICHOL.
Cédez , Seigneur, cédez au tems à qui tout cède.
Sçachez par t\n confèil prudent & généreux,
De leur propre fureur fauver des malheureux.
Sauvez ££tat « vous-même. Un fcul fecours von*
refte,

Détachez un Héros d'une Ligue funefte;
De fes engagemens rompez tous les liens,
Je puis vous en ouvrir d'infaillibles moyens.

SAUL.
Qui moi ! j'irois, frappé d'une crainte iervile,
Contre ma gloire encor prendre un foin inutile?

MICHOL
Non, non , c'eftà mes pleurs que ce foin eft permis.
Sourirez que j'aille...

SAUL.

Où donc?
MICHOL.

Au Camp des Ennemis.
SAUL.
Qu'entens-je , jnfte Ciel ! ma furprife eft extrême.
Ma Fille dans leur Camp ? Vous f
MICHOL.

Oiii,Seigneur, moi-même. Qui pourroit m'arrêter, & que redoutez-vous? laprefence, le nom , le rang de mon Epoux , la fplendeur de ce fang dont je fuis defeenduë; La majefté des Rois avec moi confondue; L'éclat de ce projet, tout paroît écarter Ce qu'un autre peut-être auroit à redouter. Ah [quelque affreux péril que vous puifliez me peindre , Mes malheurs m'ont appris , Seigneur , à ne rien

craindre. Toujours loin d'un Epoux, tremblante pour fes jours , Le fer jufqu'en mon lit en pourfùivit le cours. Un frère condamné dans les bras de la gloire, A prefque de fon fang racheté fa victoire. J'ofe vous l'avouer avec quelque pudeur , Je n'ai pu m'affranchir d'une trop vive ardeur. Plaignez mon infortune, & voyez fans colère

Mes foins pour un Epoux quand ils fàirreat un Pem

SAUL. Non, non, qu'un choix plus digne & de vous & de

moi, Ma Fille , en d'autres mains remette votre foi. Et qui feait fi du Ciel la haine redoublée Ne redemande point cette foi violée , Et d'Aflèr avec vous renouant le deftin , Ne veut pas vous contraindre à lui donner la main,?

MICHOLQue dites-vous ? ô Ciel! & que viens-je d'entendre? A quelque nouveau choix, moi, je pourrois prétendre^ Je mettrois dans mon lit l'implacable ennemi Qu'en fes reflentimens j'ai moi-même affermi î Au deftin de David votre fille attachée , Par aucune autre loi n'en peut être arrachée , Et contre un nœud fi faint quoi que l'on puiffe ofer j. Ce n'eft que par ma mort qu'on pourra le brifèr.

SAUL. Ah ! craignez d'irriter un Père qui vous aime. Oubliez un Epoux qui vous trahit lui-même; Qui maintenant peut-être à l'afpcd des faux Dieux + Lorfque pour lui de pleurs fe rempliflent vos yeux ,. Digne appui des Autels fa main facrifie, Forme les nouveaux nœuds de THymen qui le lie Ah ï du moins renfermez ces regrets odieux. Ne vous fouvient-il plus ....

SCENE IV.

SAUL , MICHOL , ACHAS , ELISE.

ACHAS.

J E rentre dans ces lieux ,; Seigneur, & tout le Camp par mille cris de joye

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