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Allez vous repolèr dans mon appartement;
Que feulavec Affer on me laifle un moment;

SCENE VII.

SAUL, ASSER.
SAUL.

DE fon retour, Affer , que faut-il que je penfe?
Et dans quel tems le Ciel nous rend-t'il là pre-
fence?
Lorfque de tout un camp prêt à le révolter ,
Le murmure dëja commence d'éclater;
Que du cœur de nos Juifs la foi vaedifparoître;
Quand il peut fe venger, Iorfqu'il le doit peut-être;
Et s'il ne faut enfin rien cacher à ta foi,
Quand l'effroi s'emparant de l'ame de ton Roi. ..
Mais tu ne me dis rien. Trop plein de ta fùrprifè,
Je vois... -

A S S É R.
Que voulez-vous, Seigneur, que je vous dilê?
SAUL.
Ce que je veux, Affer ? eft-ce à toi d'en douter?
Ton zèle maintenant ne peut trop éclater.
Laiffe un déguifement que ton relpeâ; affecte.
Ofe parler, ta foi ne peut m'être fulpeéte.

ASSER. Continuez , Seigneur ,,un fi noble deffein., Et recevez David jufques dans votre lèin. J'ai vu couler pour lui de véritables larmes. Mais quoique contre vous, vous lui donniez des ar

r, meS'

Que peut-être ébloui par des prétextes vains,

Vous le rendiez vous - même à Fefpoir des mutins,
Quoique puifle ordonner enfin la deftinée,
Tout vous lie à la foi que vous avez donnée.

S A U L.
A fon nom fèul, Affer, je pâlis, je frémis;
Seul il m'occupe plus que tous mes^ennemis.
Au bruit de fes exploits mon ame eft éperdue.
Mais li-tôt que le Ciel le ramené à ma vue,
J'écarte les foupçons que j'avois pu former,
Et contre moi pour lui je fuis prêt à m'armer.
De mon aveuglement telle eft la violence...

A S S E R.
Ah! Seigneur, s'il faut rompre un dangereux filence,
Si mon coeur à fon tour doit s'ouvrir à vos yeux, ,
Croirai-je que David, ardent, ambitieux ,
Et peut-être touché d'une jufte colère ,
Pour votre gloire encor montre un zèle fincere?
Pourriez-vous le penfer? Quoi ! ne voyez-vous pas
Son efpoir, fes defleins marquez dans tous fes pas i
Croit-on dans le péril qu'en aveugle il fe jette i
Il laifle Siceleg ouvert à fa retraite,
Il paffe aux ennemis, où même à notre afpecl
Suivi de tant de Juifs David n'eft point fufped;
Il quitte enfin leur camp fur fà foi, fans otage;
Pour vous défàbufer en faut-il davantage?
Ah! perifle le jour qu'il trouva votre appui,
Quelle foule de maux trainoit-il après lui!
En vain dans votre Cour produit par la fortune ,"
La faveur le tira d'une foule importune ,
Seul coupable du fàng que vous avez verfé ,
De ce jour vos malheurs, Seigneur, ont commencé;
Comme fi Samuel par un ordre fuprême
Eût dès-lors ceint fon front de votre Diadème.
Et quel eft dans ces lieux l'appareil qui le fiiit î
De fes faufles vertus Jonathas eft féduit.
Pe yos peuples chéri, tout votre camp l'adore-j

Et p»ur le condamner qu'attendez-vous encore ï

S A U L. Oui, c'eft trop, cher Afler , abufer de tafoi. Mais pardonne une erreur qui n'accabloit que moi Prêt à l'abandonner au zele qui t'anime, Mais fans ceflè agité fous la main qui m'opprime, Dans le trouble ou je fuis, je veux exécuter Ce que tantôt mon cœur venoit de projetter. Mon malheur n'admet plus que des moyens extrême* Viens , & fondons encor les volontez fuprêmes, Fallut-il les combattre ou fléchir-les genoux , Rompons un voile affreux entre le Ciel & nous. ASSER.

'Quoi donc, ignorez-vous qu'aux cris de nos Prc
phêtes
Le Ciel eft toujours fourd ? que leurs bouches mueti
tes...

S A U L.
Ah! quoique jufqu'ici le Ciel ait pu celer,
Par d'autres voix, Afier, il pourra nous parler;
Et pour feavoir quel fort me garde (a juffice ,
Il Faut de l'enfer même employer l'artifice.

ASSER.
Ciel!

S AU L. Sans vouloir moi-même encor te retenir; Cherche un de ces Mortels qui percent l'avenir; Je veux de Samuel interroger la cendre.

ASSER.
Un tel deflêin, Seigneur, a de quoi me forprendrei
Et quel que foit le fort de ces efprits heureux,
Efl-il un art enfin qui puiffe agir for eux!
D'un pouvoir qui du Ciel perce tous lesmyfteresi
Quoi ! d'aveugles mortels feroient dépositaires?

S A U L.
Ah! foit que de leur art le charme dangereux

Contre le Ciel agiffe, ou bien le Ciel par eux;

Au feul bruit de leurs voix on fent trembler Ja terre

L'onde arrête fon cours au lit qui la refferre,

le Ciel s'ouvre , dit-on, & Ce laine entrevoir,

Par eux enfin, Afler admire leur pouvoir,

les jours les plus fereins deviennent des nuits fom

bres, Et du fein de la mort ils évoquent les Ombres.

A S S EU. Ordonnez , je fins prêt ; mais ne fongez-voas pas Qu'un ordre de vos mains en purgea vos Etats Et que par une loi feverement fuivie, Nul ne peut s'y montrer qu'aux dépens de fa vie? Ah! duirfoins retenu par votre propre loi , Daignez en d'autres Foins difpofcr de ma fou v '

S A U L. ■Et quel eft, cher Afler , cet effroi qui t'infpire? Un Prince, de lès loix reconnoît-il l'empire? Ce pouvoir fouverain d'où partent tant de droits, En vous les impofant en affranchit les Rois. Montre enfin que pour moi ton zèle s'intereffe, Et découvre quelqu'un par force ou par adreflè. Mais fur tout en ces lieux conduis-le fans témoin*; Va, pars, j'attens bien tôt le fuccès de tes foins. Par là de nos deflins dévoilons le myftere, Et que l'Enfer s'explique, où le Ciel veut fe taire.

Fin du fécond ACii.

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ACTE III

SCENE I.

DAVID, MICHOL

DAVID.

'Eft donc ici , Madame , où le Roi dans mes mains Doit remettre aujourd'hui fes ordres fouverains? Mais quoi ? lorfqu'à Yos yeux fon changement éclat-:

te, Lorfqu'après tant de maux la fortune nous flate, Que la terre & le Ciel pour nous font déclarez. Quel effroi vous faifit f que dis-je ? vous pleurez. O Ciel ! de quel accueil ma tendrefTe eft fuivie!

MICHOL. Trille effet des malheurs dont je fuis pourfuivie? Mon cœur d'un nouveau trouble eft fans cefle agité,'

DAVID. Que craignez-vous?

MICHOL.

Je crains ce que j'ai fbuhaité»' D'Ifïaël en vos mains le Ciel met la deffenfe, Je vous revois, Seigneur, enfin ; votre prefence Diffipe les foupeons qui m'a voient pu troubler; Mais en me raffurant, vous me faites trembler.

DAVID. Qu'entens-je ? quel langage ! Hé quoi! lorfque j'eft père....

MICHOL'

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