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M I C H O L.

Je vous aime , Seigneur, & je connois mon Père.
Je crains quelque retour d'un cœur toujours jaloux,
Je'crains ce Camp nombreux trop déclaré pour vous-,
Leur révolte, leurs cris , la publique allegrefle ,
Sur-tout de Jonathps le zèle & la tendreiie ,
L'ennemi remettant fon fort entre vos mains ,
Votre gloire, mes pleurs, voilà ce que je crains:

DAVID.
Ah! Madame! Saiil triomphant & tranquile ,
A fe laitier furprcndre , il eft vrai, trop facile,
M'a pu loin de vos yeux forcer à me bannir.
Mais enfin fes malheurs vont tous nous réunir.
Le péril m'occupant d'un plus noble exercice ,
Fera pâlir l'envie , & taire l'injuftice;
Et j'ai ,-quelque courroux qu'il gardât contre moi ,
Son falut pour garant au deffaut de fa foi,
A vos pieas dans ce jour c'eft lui qui me ramené ,
Madame , & je bénis la fortune inhumaine,
Quinoûs a rapprochez par cent périls divers.-
Voilà ce qu'annonçoient ces Oracles couverts ,.
Dont la promeffe encor prefente à ma mémoire ,,
Oufem de mes malheurs devoit tirer ma gloire.

M I C H O L. Helas'.fi quelque efpoirnouseft encor permis, Si loin de vous compter parmi fes ennemis , Mon Père vous remet fes droits ou la vengeance , D'où vient à vous revoir fi peu de diligence? Pour de fi hauts defleins , quoi ? ne devroit-il pas ,', Ou vous fuivre.de près, ou devancer vos pas? Où fommes-nous enfin f d'où vient que cette tente Ne nous présente plus cette pompe éclatante, Cet appareil guerrier, ces brillans monumens, Delà grandeur des Rois terribles ornemens?. Que dw-je , en tous ces lieux rien ne s'offre à la vue.Des Gardes dilperfez, une Cour difparue....

D

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SCENE II.

DAVID.MICHOL.ASSER. M t C H O L.

LE Roi vous fuit fans doute, & doit ici fe ren~ dre.

A S S E R.
Par fon ordre je viens le chercher ou l'attendre.
Seigneur, il ne croit pas vous trouver dans ces lieux;
Je crains que votre afpeft ne blefle encor (es yeux.
Prenez pour lui parler un tems plus favorable,
Et donnez ce relâche au tourment qui l'accable.

DAVID.
Et qu'a donc mon afpeft qui puiffe l'offenfèr?
Parlez j expliquez-vous.

A S S E R.

Daignez m'en difoenfèr. Son de/Tein cependant n'a rien qui vous regarde. Par fon ordre déjà j'ai difperfé fa Garde, Ecarté tout le monde ; & Saiil par mes foins Croit pouvoir dans ces lieux me parler fans témoins.

DAVID. J'ignore les fecrets dont trop dË*connance Va bien-tôt dans vos mains remettre l'importance * Mais je ferai furpris, vous ayant confuîté ,. Si le foin de là gloire efl le foui écouté.

A S S E R. Contre un pareil foupçon ma foi «e juftifie. Du moins, Seigneur, du moins il faut que je le Se, Jamais jufques ici contre mon Seuveiain

Siceleg ne m'a vu les armes à la main;

DAVID. Moins encore a-t-on vu l'ardeur qui vous excite, Chaffer loin de'fès murs le fier Amalecite; Sur lui, non fur les Juifs, s'enrichir de butin , Et même en le fervant tromper le Philiflin. Près d'Achis pour Saiil mon zélé égal au vôtre....

A S S E R.
Les ménager tous deux, c'eft trahir l'un & l'autre.

DAVID,
Je me trompe, & fans vous Ifraèi confondu, .. .

A S S E R.
J'en ai fàuvé l'honneur.

DAVID.

Dites plutôt vendu;
Et d'un crédule efpoirtrop fou vent la victime..;
Mais je dois retenir un courroux légitime r
Et ma julte fierté que bleflënt vos difcours,
D'un fi long entretien devroit finir le cours.
Mais je veux voir Saiil. Sa volonté connue

Par lui-même

MICHOl. Ah! daignez vous fouftraire à fâ vue T Seigneur ! vous connoiflèz fes tranfports furieux.

DAVID. Hé bien, vous le voulez , je vous laine en, ces lieux.. Heureux lui-même enfin, que fon fàng l'attendrillê» Ma gloire dépend peu d'un indigne caprice. Je relpecte un courroux à lui-même cruel, D'où peut-être dépend le dëftin, dlfraël.

SCENE III.

MICHOL, ASSER.

MICHOL

w Eigneur...'

ASSER.

Dans ce moment je n'ai rien à vous dire, Madame, à vos fouhaits puiffe Saiil foufcrire. Suivez votre deflein: mais fouffrez que pour moi, Me dégageant des (oins confiez à ma foi...

MICHOL. Ah '. laiffez-vous toucher d'un foin plus légitime. Si jamais votre cœur jaloux de mon eftime A quelque noble effort a voulu s'élever, C'eft maintenant, Seigneur,qu'il me le faut prouver; C'eft en (ervant David que je pourrai vous croire; Et ne fuffit-îl pas pour ménager là gloire, Quel que puiffe être en vous ce courroux affermi, Qu'il ait quelques vertus, & foit votre ennemi.

ASSER. Madame, (ans raifon votre ame eft allarmée. "Pour lui votre Epoux voit & le Peuple & l'Armée. Leur zélé dans le Camp vient de (e (îgnaler. Mais enfin le Roi vient, vous pouvez lui parler.

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SCENE IV.

SAULJMlCHOL,ASSER.

MICHOL

DE vos deflêins , Seigneur, que faut-il que j'aur
gure?
Quand d'un Père attendri la bonté me raffure ,
Quel changement fenfible à mon cœur étonné
Suftend un entretien par vous-même ordonné i

SAUL
Chargé de milJe foins dans mon inquiétude y
Ma fuie, j'ai befoin d'un peu de folitu de.
Votre prefence même irrite mon tourment.
Laifi.~ez.-moi, retournez dans votre appartement»
Votre Epoux informé de ce que je délire ,
Va bien-tôt...

MICHOL.
Il fuffit, Seigneur, je me retire.
Puifle le Ciel lui feul vous inipirer ici.

SCENE V.

SAUL,AS S ER.

SAUL.

HE bien, tes foins, Affer, auroient-ils réufli f
Dis-moi, quel eft le fruit que je dois en atten-
dre î
Un fi foud'ain retour a droit de me furprendrev
Sans doute le fiiccès a trahi ton ardeur.
Tout enfin fereftfe à mes défirs. v »

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