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ASSER.

Seigneur, Dans ces antres profonds qu'ouvrent ces monts fertiles , De vos Juifs éperdus autrefois les aziles , Quand l'altier Philiftin inondoit vos Etats; Dans l'ombre de la nuit conduit par deux Soldats, Prefcjue au fortir du Camp , la fortune m'adreilé, "Une femme d'Endor, fameufe Enchanterefle. Nous gagnons fa demeure, après quelques efforts» Redoutable chemin de l'Empire des Morts , Sejouraffieux où femble expirer la nature. J'entre, non fans horreur. Là.d'une lampe obfcure, La lueur à nos yeux n'offre de toutes parts, Que funèbres objets, que des membres épars Des reptiles impurs. Pleine d'un trouble extrême, Du pouvoir de ion art frémiffant elle-même, La Pythonifle femble , arbitre alors du fort, Tenir entre-fes mains & la vie & la mort. Je ne vous dirai point combien à notre vue Elle a paru faifie , interdite, éperdue... »

SAUL. Où donc eft-elle , Affer f

ASSER.

Seigneur, j'ai crû devoir Sans elle dans ces lieux quelques momens vous voir. Auprès de cette Tente elle attend ma réponfe. Je crains que trop d'éclat encor ne vous annonce; Que tant d'auguftes traits, en trahiffant ma foi, A fes regards troublez ne découvrent le Roi.

Qu'elle n'apprenne point quec'eft lui qui l'implore;
Pour quelque teins au moins il faut qu'elle l'ignor«.

S AU L.
Et lui pourrai-je, Affer, cacher la vérité?

ASSER.
Elle n'en peut, Seigneur, percer l'obfcurité , .

Que l'Enfer conjuré ne daigne l'en infrruîre.

SAUL.
Dans ces lieux en fecret prends foin de la conduire.
Va , je brûle de voir mon deftin éclairei.

ASSER.
J'obéis , & bien-tdt vousl'allez voir ici.

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SCENE V L

SAUL fiul.

E mon cœur tout-à-coup quel mouvement s'em--
pare?

Quelle horreur me faifït ! par quel deftin bizarre ,
Par de nouveaux objets à toute heure emporté,
Redoutai-je de voir ce que j'ai fouhaité:
Ah ! qu'ïfrael touché du courroux qui t'opprime ,
Pleure lùr tes malheurs fans détefter ton crime.
Sauve ta gloire au moins de ce dernier éGueil,
ït retire tes pas fut les bords du cercueil.
Mais quel ordre invincible , & quel arrêt funefte
M'attache à des delîêins que mon amfc détefte f
Un pouvoir dont le mien ne peut me dégager,.
M'entraîne dans l'abîme où je cours me plonger.
Ah ! que dis-je ? & que craindre après ce que j'endure!
Sans doute mes malheurs ont comblé la mefitre.
Dans l'état où du Ciel m'a réduit le pouvoir,
11 ne me reftc plus que mon leul defefpoir ,
Allez Se trop long^tems fbnfilence m'accable.
Un nouveau crime enfin foulage un cœur coupable:
Ce cœur de tous cotez fi long-terris combattu,
Même de fa fureur le fait une vertu.
C'en eft trop, ârrachorts un fecret qu'on me celé-
D'unJéfàûre prévu l'atteinte eft moins cruelle.
Hâtons-en le fuceès, & ians perdre de tems,

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SCENE VII.

SAUL, LA PYTHONISSE.
LA PYTHONISSE.

MAlgré tous les fermens & la foi de mon guide,
Tremblante dans ces lieux je porte*un pas timide.
Mon courage fur moi ne fait qu'un vain effort.
Je crois que chaque pas me conduit à la mort.
Aux charmes de mon art la Nature aûervie ,
De la rigueur des loix ne fauve point ma vie.
Arbitre des mortels dans ce terrible effroi,
Quand je puis tout pour eux, je ne puis rien pour moi.
Téméraire , eft-ce toi de qui la violence
Vient malgré moi d'ofer m'arracher au filence?
Quoi ? la Terre m'ouvrant un azile en fbn fèin ,
N'a pu me garantir d'un fi hardi defTein!
Mais fjais-tu de Saiil quelle eft la loi fanglante?
Que dis-je ? la Judée encor toute fumante
Des feux que fa fureur par-tout fit allumer,
Du fort de mes pareils n'a donc pu t'informer?
Toi-même enveloppé dans la même difgrace 4
Quel fruit efpere-tu de ta coupable audace?
Dans le lâng innocent trop prompt à fe baigner,

Crois-ta

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J'en attelle vos Dieux, Un éternel oubli

Va tenir ce fecret dans l'ombre enfeveli.

Quoique par une injufte & ttifte deftinée

La foi d'un malheureux foit toujours foupçonnée,

Soyez fùre pourtant de trouver dans ma foi _

\jri gage aufli facré que le ferment d'un Roi.

LA PYTHONISSE.
Parle. Que me veux-tu ?. de cet ennui fi fombre
Queleft....

S A U L.
D'un mort illuftre il faut évoquer l'Ombre.
Sa perte m'a jette dans un trouble cruel.
LA PYTHONISSE.
Et cet illuftre mort quel eû-il.'
S A U L.

Samuel. LA PYTHONISSE. Qu'entens-je , Samuel ! Quoi ce fameux Prophète, Du grand Dieu d'Ifraè'l le fîdcle interprète , Qui des jours de Saul par fa main confacré, Pour ne pas voir la fin femble avoir expiré? Qui fans crainte à lès yeux prodiguant les menaces , Ofa lui retracer de fanglantes dilgraces , Le Ciel redemandant le fang d'Achimelec, Et tout prêt à venger le pardon d'Amalec , Se repentant du choix qui dans le rang fiiprême, De l'état le plus vil feut.... SAUL.

Hélas îc'eft lui-même.

Daignez le rappeller.

LA PYTHONISSE.

Hé bien, tu vas le voir. De qui fert ta fureur , refpefte le pouvoir. Ecarte-tôi, prophane , & pour cette entrevue Laiflè à mes pas du moins une libre étendue. O vous, de qui je tiens mes lècrets fouverains, prit dont la puiflance eft remife en mes mains;

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