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S AUL
Eft-ce aînfi que pion Fils eft prêt à m'obéir?
Puisque malgré les foins que j'ai pris pour le taire,
Vous cherchez à percer un funefte myftere ,
Je ne vous prefle plus d'accepter mes adieux;
Mais fâchez à quel prix je vous laifle en ces lieux.
Sçachez à quels efforts vous devez vous attendre.

JONATHAS.
Parlez, me voilà prêt ; je puis tout entreprendre.
A vos ordres , Seigneur , ici tout m'alTervip.

S AUL.
Hé bien,il faut....

JONATHAS.
Quoi donc?
S AUL.

Immoler...;
JONATHAS..

Qui?
SAUL.

David.
JONATHAS.
Ciel! qu'eft-ce que j'entends?
SAUL.

Apprenez tout le reftei
Des volontez du Ciel l'interprète funefle,
Samuel, en un mot , m'en a prefcrit la loi.

JONATHAS. , S.muel!

SAUL. Oui, mon Fils, jugez de quel effroi Mon ame à fon afbeét a demeuré laifle. A des charmes puiflans fa grande Ombre affervie, M'efi apparue au fond d'un antre ténébreux. A peine on l'évoquoit, O prodiges affreux! Le Ciel a vainement fait gronder fon tonnerre. Tout l'Enfer obéit ;& du fcin de la terre,

Non point comme ces morts au fortir des tombeaux ,
Pâles, meurtris , plaintifs & couverts de lambeaux i
Mais formidable , il fort. Préfâgc de ma perte,
D'un ornement facré la tête étoit couverte.
Tel que vengeant l'oubli des arrêts immortels,
Son bras du (ang d'Agag arrofa nos Autels,
Du meurtre de ce Prince il dégoutoit encore,
Trifte & fatal auteur des maux que je déplore,
Quels éclairs, quelle flâme ont parti de fes yeux,
Qui feuls perçoient l'horreur de ces funeftes lieux!
Ce n'eft point un phantôme ou des chimères vaines i
C etoit lui. Tout mon lâng s'eft glacé dans mes veir
nés.
Pourquoi m'appelles tu f quel deflein criminel
Te fait rompre des morts le (ilmce éternel?
Dans la nuit du tombeau quelle fureur me trouble i
A-t-il dit. A ces mots ma frayeur Ce redouble.
Une nouvelle horreur le répand parmi nous.
Immobile, long-tems , je tombe à fes genoux.
Je demande à fçavoir ce que je crains d'apprendre.'
J'implore fà pitié. Que m'a-t-il fait entendre?
Grand Dieu ! de quels malheurs fommes-nous me-
nacez?
Que devins-je à ces mots que l'Ombre a prononcez î

N'attends de moi ni pitié ni reproche.
Le Sceptre va bien-tôt fortir de Benjamin ,
Et de ton ennemi le B.e^ns enfin s'approche.
Tel efi le décret fouverain.
Du Dieu vivant la colère t'affiegei
Rien à fes châtimens ne peut te iérobsr:
Et cefang qu'épargna ta pitié facrilege,
Sur lefang innocent doit même retomber:
Far toi de tous les Juifs la race efi criminelle.

Il dit, & fbudain rentre en la nuit éternelle *
Et par un %ne affreux qui me glace d'effroi y
Semble en ouvrir la route, & m'appeiler à foi»

JONATHAS.

Ciel ! de combien d'horreurs vous venez me confondre >.- •

Que faut-il que je penfè , & que puis-je répondre J

Ah , Seigneur ! fi le Ciel déclaré contre nous ,-
x.Veut aujourd'hui...

S AUL.
Mon Fils , prévenons Ion courroux.
JONATHAS.

Mais quel eft l'ennemi que votre ariie redoute?

S A U L. 1 Quoi.' votre coeur fur lui forme encor quelque dout«î

Dans fes foupçons encor peut être balancée

Et ne reconnoît pas la race de Jefle?

Voyez enfin à qui votre amitié vous lie.

Du moins en m'accablant, le Ciel me juftifie.'

Je vous l'avois prédit, il falloit le prévoir.

Quoi qu'il en foif, David eft en notre pouvoir;

Et de quelques malheurs dont le fort nous menace i

Si le perfide meurt, tout peut changer de face. .

Du trône fon trépas vous rvouvre les chemins.
-Puis-je le confier en de plus, fûres mains?

Ah Dieu! combien de fois l'occafion offerte
-Auroit dû prévenir vos malheurs & ma perte!

Il en eft tems encor. Détournez dans forrfang

Le coup qui me menace , & cherche votre flanc.

II va fe rendre ici. Que rien ne vous arrête.

Ne vous montrez à moi qu'en apportant fa tète;

Et tandis que du Camp je cours calmer l'effroi,

Sauvez l'Etat,vous même , un pcre & votre Roi.

SCENE III.

JONATHAS feul.

IL me Iaiffe. Ah grand Dieu! qu'eft-ce donc qu'g efpere? Qurmoi, contre lui-même embraflant fa colère , Que d'un ami fi cher j'aille percer le flanc , Et ne m'offre à fës yeux que couvert de fon fangî Que tout à coup fidelle à Tordre qu'il m'adreife , 'J'étouffe ma raifon , ainfi que ma tendrefle? Que fur la foi d'un fpeâre enfant de fa terreur, Complice de fes maux, j'en redouble l'horreur l Ah ! (auvons en effet la gloire & la Patrie,

• Sauvons David ; d'un Père arrêtons la furie. Mais c'eft peu de manquer à fon ordre inhumain* 11 peut contre (es joursarmer une autre main. Tout eft à redouter de là fureur extrême.

Allons, ne tardons plus.... Mais le voici lui-même;

<■>& CE N E iV. .:..i.DAVID^JO N AT H A S. .. DAVID.

HE quoi, Seigneur? envain de momens ît%
mo'mens
J'attens l'ordre du Roi. Par quels retardemens?
Sur quels nouveaux projets ,,& par quelle maxime:?
Déjà de'Gelboé l'Aube a blanchi la cime ,
Déjà le jour plus grand eft venu nous frapper..
JONATHAS.

• D'un.foin bien différent ilfajut vous occuper,. „.ij J'ai vu le Roi, Seigneur: tout a changé de face» .Du Ciel plus que jamais il reflent «le difgrace: Son defefpoir s'aigrit ; & de nouveaux foupçons Renverfènt (es deffeins, confondent no* railbns; De ce Camp rnalheureux,Seigneur, tout vous écarte.' Que vous dirai-je enfin, partez, • -. DAVID.

Moi ? que je parte? Quand tout implore ici le fecours de mon bras , Qu'une indigne terreur précipite mes pasî Puifqu'après tant d'efforts mon entremife eft vainc i Je voi combien d'horreurs, Seigneur, ce jour entraî

Jamais péril plus grand, ni combat plus cruel • •
Ne parut menacer le deftin d'Ifraél.
Aujourd'hui de ce Camp , Ciel ! quel confeil m'exile?
Ah! fbngez dans quels lieux m'eft offert un azile.
Quoi d'un Barbare encore embraflant les genoux..

JONATHAS.
Vos jours en fureté , bien plus que parmi nous,
- 'Au Camp de ce Barbare...
- DAVID.

Ah ! que voulez-vous dire? JONATHAS. Du péril qui vous preffe il faut donc vous inftruire. LeRof veut....

D A V I D.

Que veut-il}

J ON AT HA S. v

Que fervanf fa fureuf,' Cette main Vous immole à fa noire terreur. •Un efprit éternel de trouble & de ténèbres , Sans celle offre à fes yeux mille images funèbres. Mais qu'un oubli profond , qu'une éternelle nuit Enveloppe à jamais l'erreur qui le féduit, J.a fource des tranfports dont fon ame eft fàilîe,

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