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S A L O M E.
Hé ! quoi ne fçais-tu pas, fans que je te le die ,
Quels troubles inteftins déchirent l'Arabie;
Qu'elle a gémi long-terns, & qu'un fer aflaffin
Du dernier de fês Rois a tranche le deflin ï
Elle demande un maître, & Rome en délibère.
Son choix peut regarder Silleùs , ou mon frère.
Par-là le diftinguant des autres Potentats ,
Non contente d'avoir reculé fes Etats,
Rome pour digne prix des travaux de fa vie ,
A la Judée encore uniroit l'Arabie:
Mais dans tous nos delfeins l'un à l'autre oppofez,
Nos plus grands intérêts fe trouvent divifez....
Cet ennemi d'Hérode & puuTant & funefte ,
Ce même Silleiis que Solune détefte,
Qui jufques dans fes murs a répandu l'effroi.

PHEDIME.
Eh bien ï

S A L O M E.
S'il monte au Trône il me donne fà foi»
PHEDIME.
De Rome ainfï pour lui vous briguez le fuffrage?

S AL O ME.
Salome une autre fois t'en dira davantage.
Antipater paroit.

SCENE VIL

SALOME , ANTIPATER , PHEDIME. ANTIPATER.

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Adame , c'en eft fait,
De vos boritez pour moi je n'attens plus l'effet t
Le retour de mon frère affure fa conquête;

Four couronner fes feux je vois que tout s'aprête; La tendreffe , l'amour, Solime, les Romains , Tout remet aujourd'hui Glaphira dans fes mains.

S A L O M E. Quoi déjà fon retour trouble Votre courage? Antipater ainfï s'allarme au moindre orage? Alexandre à Solime à peine eft arrivé , Etjufqu'au moindre efpoirtout vous eft enlevé? Songez que le deffein que votre orgueil embrafle , Même dans le malheur, veut encor plus d'audace: Et craignez que malgré tant de fecours promis , Votre trouble en ces lieux ne glace vos amis. Ah ! fi l'événement, démentant l'apparence, Dans Ton cœur de il loin ramené l'efpérance , Dans vos juftes deflèins encor plus affermi, Prince , fans reculer, perdez votre ennemi. Rendons-lui les périls qu'il en falloir attendre r Ce n'eft pas l'opprimer, c'eft plutôt vous défendre; C'eft rejetter fur lui fes cruels attentats. A N "F I P A T E R. Hé bien , Madame, allons , difpofez de mon bras. Dans mon jufte transport il n'eft rien qui m'arrête*. Parlez, mon defefpoir vous répond de fa tête. Parmi de grands rivaux, entre les fils des Rois , La haine devient jufte, & le crime a fes droits.

S A L O M E. Je conçois vos douleurs ; il fufrtt, le temps preffe. Je vais trouver Kérode, allez voir la Princefle. Sur tout à fes dédains- laiflez un libre cours; Ecoutez, votre efpoir, & non point fes difcours^ Allez , & fi le Ciel vous offre une couronne , Que vous importe-t'il quel moyen vous la donne ?. Tout foin frivole ici, Prince, eft à dédaigner i Pour être fur de plaire ilfùrKt de régner.

Fin du premier Afte.

ACTE II.

» ■— «"

SCENE I.

GLAPHIRA , PHENICE.
P H E N I C E.

MAdame , enfin le Ciel touché de vos allar-
mes;
Va tarir pour jamais la iburce de vos lar-
mes;
Alexandre lui-même à vos defîrs rendu ,
Va prefTer nn hymen fi long-temps attendu;
Par fes derniers malheurs fa faveur affermie....

GLAPHIRA.
Phenice , connois mieux fa cruelle ennemie.
Les careffes du Roi , l'appui de l'Empereur,
Tout ce qui t'a flattée, irrite fa fureur.
Ne crois pas qu'elle rompe un projet fàngninaire >
Qu'elle n'ait accablé le fils après la mère;
Qu'elle ne règne feule en écartant le bras
Qui pouvoit la punir de tous fes attentats.

PHENICE.
Madame, je fçai trop que la faveur de Rome y
Que fon retour aigrit la haine de Salome;
Mais en vous fon deftin trouve un nouvel appui;
Contr'elle dans ces lieux vous pouvez tout pour lui.
Vous allez écarter les pièges qu'on lui dreffe.
Vousfçavez que le Roi vous aime avec tendrefTe;
Que fbuvent plus farouche, & noyé dans fes pleurs,
Votre feule prefence a calmé fes fureius.

II eroit revoir en vous tous les traits de la Reine»

GLAPHIRA. Hé quoi ! ne fçais-tu pas quel caprice l'entraine? Qu'au plus léger foupçon facile a s'allarmer , Il cède à des tranfports que rien neoeut calmer; Que toujours inceitain, quelqu'effort que l'on fafle,' Il peut perdre Ion fils, prêt à lui faire grâce? Mais on entre ; quelqu'un adrefle ici lès pas. Ciel! c'eft Antipater.

S°C E N E II.

GLAPHIRA , ANTIPATER , PHENICEJ ANTIPATER.

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Ous ne m'attendiez pas, Je le vois; mon abord a paru vous furprendre , Madame, vos regardsdemandoient Alexandre. Vous veniez dans ces lieux dans un efpoir plus doux». Pour lui les mêmes foins....

GLAPHIRA.

. Et fur quoi penfez-v«ms> Prince, que fbn retour ainfï que fbn abfence, Ait dans mes fentimens mis quelque differencef Liée à fesdeftins par une étroite loi, Ses malheurs n'ont fèrvi qu'à confirmer ma fcâ. J'ai partagé fa crainte; & parmi mes allarmes ,, Je ne connoiflbis rien de plus doux que mes larmes i Luifetil par fa préfeace en arrête le cours, Et me retrouve encor ce que je fus toujours.

ANTIPATER. Je fçai que de Juda defcendu par fa mère, Son fang l'appelle au Trône , où s'éleva mon père; Mais de ce même fang que fèrt; en lui l'éclat,

Si j'ai pour moi, Madame, Augufte & le Sénat?

GLAPHIRA. Que dites-vous, Seigneur , du Sénat & d'Augufte î Quel appui s'offre à vous fous un régne fi jufte? Qu'en peut craindre Alexandre l Arbitres feuls des ■

Rois En voudroient-ils en lui violer tous les droits? Mais non, Rome elle-même en prendra la défenfe; Et lorfque pour le Trône élevant fon enfance; Lorfqu'au métier des Rois, foigneux de l'exercer , Augufte....

ANTIPATER. ° Hé! quoi, Madame, avez-vous pu penfêr j Que de tant de Rois Rome & rivale & makrefle , S'afferviffe en efclave à tenir fa promefle! Ah ! plutôt elle attend que dés droits plus certains D'un Prince fans Etats relèvent les deftins.

SCENE III.

GLAPHIRA, ALEXANDRE^ ANTIPATER , PHENICE.

ALEXANDRE A ANTIPATER.

P Rince , je vous entends. Votre ame ambitieufë
A nourrir fon erreur toujours ingenieufe ,
Prévoit des Potentats tous les confèds fecrets ,
Et de Rome à fon gré règle les intérêts.

ANTl'PATER.
Vous-même comptez-vous fur la faveur de Rome?

ALEXANDRE.
Plus que vous ne comptez fur l'appui de Salome.

ANTIPATER.
Le Roy pour traverfer lui-même vos defleins r
Peut avoir fes raifons ainiï que les Romains»

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