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Cher Soëlme , aussitôt tranche le cours fatal ,
Sauve à mon Ombre encor la honte d’un Rival:
Mon ame fans horreur ne conçoit point l'idée
Que dans les bras d'un autre elle en soit, poffedée.
J'exige de ta foi cet effort éclatant.
Je pars sûr de ton zele, & je mourrai content.

MARI A M N E.
Et qu'est-ce qu'a produit ce discours sur votre ame ?
Que lui promites-vous ?

SO ESME.

Je promis tont, Madaine.
A cet ordre cruel tout sembloit-in’allervir,
Et je ne l'acceptai que pour mieux vous servir.

M ARI-A MNE.
Jusques ici comment avez-vous pù-vous taire ?

SO ES M E.
Je cacherois encor ce funeste mystere
Mais fi le Roi n'est plus , Madame , j'ai jugé
Que d'un ordre pareil un autre étoit chargé ,
Et j'ai besoin de vous contre cette entreprise.
Le Ciel soutient l'ardeur dont mon ame est éprise.
Heureux ! fi dans ce jour vous observant de près ,
De tout autre complot j'écarte les apprêts.
Sans doute un droit facré dégage ma promesse.
Mais Alexandre vient , Madame , je vous laisse.
Ne, blamez point mon zéle, & daignez recevoir
Pour garands de ma foi vos pleurs & mon devoir.

SCENE II 1. MARIA MNE, ALEXANDRE.

MARIAMNE. Mon fils vient. S'il se peut , renfermons dans mən Le trouble dont je suis agitée.

ALEXANDRE.

Ah! Madame , Permettez que mon cœur percé de mille traits Vienne dans votre sein repandre fes regrets. Mon Pere n'est donc plus ? La fortune ennemie En retranchant ses jours les couvre d'infamie? Ainsi le fang des Rois ne se respecte plus. D’Auguste tant vanté sont-ce là les vertus ? Jufques là souille-t'illa gloire de ses armes ? J'entrevois vos conseils, & je sens que vos larmes Réchauffent dans inon cæur ces fiers ressentimens Qu'une vengeance illustre irrite à tous momens ; Qu'enfin tout doit ceder aux douleurs que j'éprouve.

MARIAM NE. Calmez, mon fils, calmnez un transport quej'approute Moi-méme encor du Roi j'ignore le destin: On n'a fait de la mort qu’un rapport incertain. Que sçai-je ? plus heureux il respire peut-être, Mais Auguste eft vainqueur , respectez un tel maître. Peut-être un jour mon Fils vous en aurez besoin, Ne pouffez point ici vos murmures plus loin. Et qui sçait li l'effort d'une main sanguinaire. ...

ALEXANDRE. Ciel !

MARIA MNE. Mon Fils, votre aspect me rappelle mon frere. La nature se joue en de vivants portraits. Il étoit votre image , ou vous avez ses traits. Les graces, la douceur des vaillans Machabées Brilloient encor en lui du Ciel même tombées. Que la tête charmante, & la noble pudeur De fa Tiare encor relevoient la splendeur ! Quand sur ses pas en foule accouru dans le Temple, Avec avidité le peuple le contemple, Et qu'il admire en lui le reste de fes Rois. Ce fut pour la premiere, & la derniere fois.

Hélas ! de ma maison j'ai vû tomber la gloire.
Ce jour, ce cruel jour frappe encor ma mémoire,
Où plongé dans les eaux par de perfides mains ,
A peri devant moi le plus cher des humains.
L'horreur sur son visage est tout-à-coup einpreinte;
Et de ses yeux ouverts la lumiere est éteinte,
Il n'offre plus qu'uin corps meurtri , defiguré.
Le Temple en fut émů, le voile dechiré,
Le Ciel gronda , le jour se couvrit de nuages ,
Et le Jourdain fanglant inonda ses rivages.

ALEXANDRE.
Ciel! où votre douleur va-t'elle s'égarer ?
Quel souvenir encor vient de vous déchirer?
Oubliez les malheurs de votre auguste Race.
Songez aux maux présens, & qu'une autre disgrace
Affaillit votre cæur déja

trop abattu , Et plus cruelle encor s'offre à votre vertu. Mon ame à ce transport ne s'est point attendue. He quoi! vous ne pouvez dérourner votre vûë Des objets éloignés qui viennent vous frapper, Quand l'interéť d'un Fils doit seul vous occuper? Ciel ! à qui dans mes maux faut-il que je m'adrelie ?

MARIA MNE. Mon Fils, vous devez mieux juger de ma tendrese. Ne me condamnez point. Vous sçaurez tôt ou tard Ce qui cause inon trouble & d'où ina douleur part. Mais sçachons quel avis Phædime nous apporte.

S CE N E IV.
MARIAMNE, ALEXANDRE
SALOME, PHOEDIME,

PHOE DI ME.
M
Pour vous en informer je devance ses pas,

MARI A MNE.
Tu peux la prévenir, je ne la verrai pas.

Tu ne connois que trop l'accueil qu'elle merite,
Tu Içais jusqu'à quel point sa présence m'irrite.
Voudrois-tu dans mon trouble,avec un nouveau soin,
De fes perfides pleurš me rendre le témoin?
Phædime, jusques-là je ne puis me contraindre.
Allons, mon Fils rentrons.
Mariamne dr. Alexandre fortent!

PHOEDIME.

Ah! que j'ai lieu de craindre D'un mépris trop marqué les retours éclatans !

SCENE V.

SALOME, PHOE DIME, ELISE..

PHOEDIME.

L A Reiste s'eft fouftraite à nos yeux.

SALOME.

à part.

Je t'entens. Je sçai de ses chagrins la cause déplorable, Et prendrai pour la voir-un moment favorable. Díais qu'elle sçache au moins que dans mes déplaisirs, Je venois joindre ici mes pleurs à ses soupirs, Et dans le bruit public d'un changement funefte De mes foibles secours offrir tout ce qui reste,

PHOED IME. Madame, c'est assez.

SCENE VI.

SALOME, ELIS E.

nous,

SALOME.

D.

E tes cruels mépris Avec usure encor jeste garde le prix, Reine trop orgueilleule, & tu vas me connoître. As-tu crû qu'à l'outrage infensible peut-être, Esclave comme un autre , & timide à mon tour, De ta vaine faveur j'attendrois le retour? Que je la briguerois ? Avec quelle insolence Tu m'as fait mille fois rougir de ma naissance ? Si la splendeur du sang n'est point donnée à tous, La gloire pour le moins ne dépend que,

de Elle éleva mon Frere au Trône de Judée.

ELISE. Que dites-vous, Madame ? Et quelle est votre idéel Quel tems votre courroux prend-il pour éclater? Dans quels périls vous-même allez-vous vous jetter? Si le Roi ne vit plus', que devient votre haine? Et pouvez-vous douter qu'Alexandre, la Reine, Ne trouvent bien-tôt grace auprès de l'Empercur?

SALOME. Elise, il en est teins , sors toi-même d'erreur. Au gré de mes defirs aujourd'hui tout conspire. Herode yit encor. Mais c'est peu qu'il respire, Les soupçons devant lui d'abord sont disparus, Sa gloire est confirmée & ses honneurs accrus. Que te dirai-je encor ? soit prudence, ou caprice; Le Roi doit à Cefar offrir un sacrifice. C'est ce qu'en arrivant lui-même il s'est promis.

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