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A MONSIEUR C",

MEDECIN DE MON PAIS.

Monsieur,

Soit par coustume ou soit par générosité, je n'ay jusqo'icy dédié aucune pièce que l'onne m'ait fait quelque préseut ', et, à dire vray, l'on m'attraperoit bien, si on venoit à perdre une si bonne habitude. Cependant je vous dédie le Médecin volant, qui assurément n'est pas le moindre de mes ouvrages, à condition seulement que, si jamais je vais au païs,et que je sois assez heureux pour y devenir malade, vous aurez assez de bonté pour moy pour ne me pas faire languir longtemps. Remarquez, s'il vous plaist, Monsieur, que je ne veux pas dire que vous aurez la bonté de m'expédier le plustost qu'il vous sera possible, et souffrez que je vous avertisse, de peur d'équivoque, que je n'estime la médecine qu'en ce qu'elle peut estre utile à la conservation ou au recouvrement de ma santé, parce que je mourray bien sans le secours de personne, et particulièrement de vostre Faculté, pour qui j'ay trop de vénération pour ne pas lui en épargner la peine. Il meurt plus de monde en ces quartiers par la faute des médecins que vous n'en ressuscitez par vostre capacité; et Paris est si misérable pour les malades, que l'on prend plus de soin pour les faire mourir que vous n'en prendriez pour les faire vivre. Je vous proteste que si l'on m'appeloit à la police j'y donnerois si bon ordre qu'il ne seroit plus permis d'assassiner impunément un homme; et ces Messieurs, qui ne sont médecins que par la soutane ', seroient obligés, durant quelques années que je limiterois, de faire l'épreuve de leur science sur les animaux qui ne sont plus propres au travail '. Si cela étoit, les habiles comme vous n'en seroient pas plus mal, et les malades en seroieut beaucoup mieux; vous en auriez plus de pratique, et ceux qui meurent avec tant de précipitation entre les mains de ces ignorans ne mourraient peut-estre pas si viste entre les vostres. Enfin, Monsieur, j'ay tant d'estime pour vostre personne et tant d'inclination pour le pais ', que si jamais il me prend envie de sortir du monde, j'ayme mieux mourir de vostre main que de pas uue autre, quand ce ne seroit qu'à cause qu'il y a de mes parens qui eu sont déjà morts, et que par conséquent je suis obligé d'estre,

1 Le tlidecin valant est la première pièce connue de Roursaull, mais elle ne fui imprimée qu'en leab, après le Mort vivant, les Cadenals, Us Méandres et le Purtrait du peintre.

'Comme le Crispin de sa pièce:

...Médecin, ma sontane le montre.

| Scène s. i

• En recevant la rohe et le bonnet de médecin, vous apprendrez tout cela, dit Réralde à Argan. — Quoi.' l'on sait discourir sur les maladies quand on a cet habilla? — Oui, l'on n'a qu'à parler avec une robe et un bonnet, etc. • ( Malade itnaqinaire, III, se. 22 ) Les vieux auteurs sont remplis de railleries a l'adresse de cette pédantesque soutane, qui, complétée par le rabat, la perruque et la barbe majestueuse, constituait un appareil imposant auquel la plupart des médecins tenaient beaucoup. Aussi, dans la grande querelle entre les médecins et les chirurgiens (1657-1660!, les premiers demandaient-ils qu'il fut formellement interdit aux seconds de porter la robe et le bonnet, et Ils obtinrent gain de cause par arrêt du parlement. La soutane restait donc l'insigne particulier et triomphant du médecin, à l'époque de cette farce. (V. aussi M. Raynaud, les Médecins au temps de Molière, p. 79-811.

Monsieur,

Vostre très-humble et affectionné serviteur,

Boubsault.

1 Celte boutade contre les médecins trouve son commentaire naturel dans les pièces de Molière elles lettres du médecin Guy Patin. Nous en rencontrerons bien d'autres! C'est un des lieux communs de la littérature comique et satirique du dixseptième siècle. Voir plus loin deux de nos notes sur la treizième scène de l'Ombre de Molière, comédie de Brécourt.

- Mussy-l'Êvéque, bourgade de Champagne, actuellement cheMieu de canton du département de l'Aube.

SCENE PREMIERE.
LISE, CLÉON.

Use. N'insultez point, de grâce, au malheur de Lucresse:

Je scais qu'elle a pour vous une forte tendresse;
Mais enfin de son père elle craint le pouvoir,
Et ne peut se résoudre au plaisir de vous voir.
Une fille bien née a toujours de la crainte...

CLÉoiN. Que veux-tu ? la douleur dont mon âme est atteinte

Rend ma plainte équitable, et me fait murmurer
Contre un objet charmant que je dois adorer.
Mais, Lise, à sa fenestre une prompte escalade
Peut m'ouvrir une voye...

Lise. Elle fait la malade,

Monsieur, et le vieux reistre est party du matin
Pour chercher par la ville un expert médecin.
Sans rien escalader, pour voir une maistresse,
Un amant dans sa manche a toujours quelque adresse:
Mettez tout en usage, et puissance, et sçavoir;
Sans choquer son honneur, essayez de la voir.
Il n'est point de moyens que l'amour n'autorise.
Surtout... mais du vieillard je crains une surprise;
Adieu, pensez à vous, et vous ressouvenez
Qu'il n'est rien d'impossible aux cœurs passionnes.

SCÈNE II.

CLÉON seul.

Aux cœurs passionnés il n'est rien d'impossible,
Je l'avoue; et je trouve un moyen infaillible
De donner à mon âme un moment de repos:
Il faut... mais, ô Crispin, que tu viens à propos!

SCENE III.
CRISPIN, CLÉON.

Crispin. Je vous cherche partout pour vous rendre réponse,

Monsieur. Cléon. Si tu sçavois ce que Lise m'annonce,

Cher Crispin... Crispin. Il m'a dit que tantost sur le soir...

Cleon. Quand on a de l'amour, et qu'on a de l'espoir...

Crispin. Je vous dis et redis qu'il m'a dit de vous dire...

Cléon. Pour des charmes si doux lorsqu'une âme soupire...

Crispin. Vous plaist-il que je parle, ô babillard maudit?

Ou ne dirai-je mot? Cléon. Tu m'en as assez dit;

Le temps m'est précieux, et ma flamme me presse.

Raisonnons entre nous : je me meurs pour Lucresse. Crispin. Mourez-vous?

Cléon. Son visage a des attraits puissans ,

Klle asservit mon âme , elle charme mes sens;

•Kn un mot je l'adore, et son père me l'oste,

Tu le vois. Crispin. Il est vray; mais ce n'est pas ma faute.

Cléon. D'accord, de mon malheur je ne puis t'accuser;

Mais tu connois son père, il le faut abuser.

Qu'en dis-tu? Crispin. Moi, Monsieur? abusez, que m'importe?

Cléon. Il la tient enfermée, et je veux qu'elle sorte:

Mon cœur pour cet effort ne s'adresse qu'à toy,

Car enfin... Crispin. A présent il m'importe, ma foy!

A moy, Monsieur? Cléon. A toy; rends mon dme charmée.

Crispin. Ne me dites-vous pas qu'il la tient enfermée?

Cléon. Ouy.

Crispin. Je n'y puis que faire. Eu quel lieu du logis?

Cléon. C'est dessus le derrière.

Crispin. Ouy?

Cleon. Ouy.

Cbispin. Ouy?

Cléon. Ouy.

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Tant pis.
Je t'ay dit ma pensée ; instruis- moy de la tienne.
Elle est enfermée?

Ouy.

Que la belle s'y tienne,
Voilà ce que je pense.

Ah! c'est trop s'amuser.
Écoute: sans scrupule il te faut déguiser.
Me déguiser, Monsieur; et pourquoy?

C'est pour cause.
Je veux bien en ce lieu l'informer de la chose:
Pour faire pleinement réussir mon dessein,
Il faut estre aujourd'huy médecin.

Médecin?
Rons dieux!

Sans perdre icy d'inutiles paroles,
Ce service rendu te vaudra six pistoles.
Si le gain t'encourage, avise, les voilà.
Examine.

Mon Dieu! ce n'est pas pour cela.
Médecin!

Médecin ; je n'ay point d'autre ruse.
Mais il faut de l'esprit, et je suis une buse;
Et de plus...

C'est à tort que tu prens de l'effroy:
Le père de-Lucresse a moins d'esprit que toy.
Ce vieillard chassieux connoist peu ton visage.
Et tu sçais... Il avance, il me voit, j'en enrage;
Je le vais aborder ; va m'attendre chez moy,
J'auray soin de m'y rendre aussi viste que toy.
Mais à moins de m'instruire, apprenez...

Va, te dis-je,
Je te suis '... (Il sort.)

SCÈNE VI.

FERNAND seul.

En mon âge, ô bons dieux! que de peines, Et que dans mes vieux ans...

Je supprime 1(s scénrs 4 et 5, tris-courtes et inutiles.

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