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Cléante. Ouy, mais il donne de bonnes raisons pour faire voir qu'il n'a pas tort.

Ariste. Il est vray, et pour se justifier d'avoir parlé d'eux en ce tempslà, il se sert du Portrait du Peintre, qu'ils ont joué longtemps après, et leur reproche comme une chose infâme d'avoir dit qu'ils ne se mettoient pas en peine de ce qu'on pourroit dire de cette comédie, pourveu qu'ils y gagnassent de l'argent, sans examiner qu'à la fin de sa Critique il en a dit autant en parlant de luy-mesme '.

Clarice. Je vois bien que cette querelle ne s'apaisera pas facilement; mais enfin l'on doit toujours donner le tort à ceux qui commencent.

Orphise. Peut-estre que l'Hostel de Rourgogne les contrefera à son tour.

Ariste. J'y trouve un obstacle invincible : c'est que les comédiens de l'Hostel de Rourgogne ne sçauroient jouer si mal qu'eux ».

Alcipe. Si l'on vouloit contrefaire le Peintre, il faudroit puiser jusque dedans la source et s'attaquer aux Italiens, dont il n'est qu'une méchante copie 3.

Orphise. Il est vray.

Alcipe. Pour moy, je ne trouve pas que ceux de l'Hostel le doivent contrefaire : il diroit encore que l'on retourne ses habits, et que l'on se sert de la mesme invention pour le jouer.

Orphise. Il y a de certaines choses qui demandent absolument que l'on y réponde de la mesme manière que l'on est attaqué; et lorsque l'on examinera bien cellecy, l'on trouvera qu'elle en est une. Je ne dis pas que les comédiens de l'Hostel contrefassent toute la troupe du Peintre, mais le Peintre seulement, qui, en les

1 Pas précisément. Molière dit seulement, par la bouche de Dorante, qui est son défenseur : « Je voudrais bien savoir si la grande règle de toutes les règles n'est pide plaire, el si une pièce de théâtre qui a attrapé son but n'a pas suivi un bon chemin. » Et il développe cette idée, qui n'est pas tout a fait, comme on voit, celle que lui prèle de Villiers. — Mais elle fournissait un prétexte facile aux déclamations, et ses ennemis ne s'en tirent pas faute : « Son avarice ne contribue pas peu a échauffer sa veine contre la religion, dit le sieur de Rochemont (p. 22). Je connois son humeur; il ne se soucie pas qu'on fronde ses pièces, pourveu qu'il y vienne du monde. • C'est Uranie, protectrice de Molière, qui dit cela dans la scène 7 de la Critique. On comprend très-bien le sens de la phrase, surtout lue à sa place; mais Rochemont feint de la comprendre ainsi: ■ Il ne se soucie pas que ses pièces toieol mauvaises, pourvu qu'elles lui rapportent de l'argent. »

'Sont-ils assez méchants pour le bien contrefaire ?{Impr. de l'Hostel de Coude, se 4.

* Voir Vlmpr. de l'Ilost. de Condé , p. 2r.n, note 4- C'est la aussi ce que veut dire Lidamon, dans te Panégyrique de VBcole des femmes, quand ii avance que f /."(le (Molière) renouvelle la coustume des anciens comédiens, dont les représentations ne consistoient qu'en perspectives, en grimaces el en gestes. ■■

contrefaisant, et disant que l'on retourne ses habits, a cru leur

oster le moyen de le contrefaire, se persuadant que l'on diroit

encore une fois la mesme chose. Ariste. Vous avez raison, et il seroit bien payé, car il se croit le plus

grand comédien du monde. Orphise. I l est si grand comédien qu'il a été contraint de douner le

rôle du Prince jaloux à un autre, parce que l'on ne le pouvoit

souffrir dans cette comédie, qu'il devoit mieux jouer que toutes

les autres, à cause qu'il en est autheur '. Ariste. Je ne sçnis s'il y a quelque comédien de l'Hostel qui le contrefasse bien. Lucile. Je sçais bien comment il le faut contrefaire: il n'y a qu'à

se boursoufler. ORPHIsE. C'est ainsi qu'il joue lorsqu'il contrefait les autres, mais il

est bien moins supportable dans son jeu naturel. Ariste. Si j'étois comédien, je le contreferois à merveille. Alcii'e. Dites-vous vray? Cléante. Voyons un peu, de grace. Ariste. Je le veux bien. Voicy comme il fait lorsqu'if joue dans

Pompér. {Ariste sort du théâtre, et rentre en marchant comme le Peintre,

et dit :)

Voyez-vous cette démarche, examinez bien s'il ne fait pas de

mesme. Voicy comme il récite de profil ■:

Coonoissez-vous César de lui parler ainsi ? etc.
(Après ces vers il dit ■•)

Examitiez bien cette hanche, c'est quelque chose de beau à voir.

Il récite encore quelquefois ainsi en croisant les bras, et en faisant

un hoquet à la fin de chaque vers3.

(Là, tous les acteurs rient.)

1 Molière avait été obligé, en effet, d'abandonner à un autre acteur de sa troupe le râle de don Garcie, où il avait été accueilli par les sifflets du parterre, mais ce changement d'acteur ne sauva pas la pièce (Taschereau, Histoire de Molière, 1825, in-H", p. 53). On ignore le nom de cet acteur, qui dut remplacer Molière dés les premières représentations, car Don Garcie ne fut joué que sept fois, et les derrières fois avec une autre pièce.

'Il y a de Porflle lians l'édition originale.

1 Comparez ce passage avec celui de Y Impromptu de Mortel de Condé (se 4 ). Le Roulanger de Chalussay se moque aussi beaucoup, dans son Élomire hypocondre, des prétentions de Molière au comique noble : « Quoy ! dans le sérieux tu crois faire iiurvejlles, • lui dit un de ses comédiens. Molière en est persua lé; il prend pour arbitres des gens de qualité qui entrent, et se met a déclamer successivement devant CONTEMP. DE VOLIERE. — 1. 21

CLaRICE. Il faut que j'avoue que je n'ay jamais tant ry.

Orphise. Vous le contrefaites à miracle.

Alcipe. Géante en est tout mortifié.

Cléante. Je sçnis bien qu'il n'est pas bon comédien, et je ne l'estime

. que pour son esprit '. Ariste. Il faut que je vous donne encore un divertissement, et que j'annonce comme luy*.

eux plusieurs morceaux de haut sljle, avec une grande abondance de gestes ridicules, si bien qu'un de ses auditeurs conclut:

...lie grare, tMi-tov; erois moy, rher Masrarllle,
Fais i..ni,.ut* le docteur, ou lais toujours le drille,
Car eullo H est temps de te desabuser.
Tu ne naquis jamais que pour tauulniser.

|IV,sC. 4.1

1 Il ne s'agit ici que du comédien « pour le sérieux, « ce qui précède le démontre; autrement de Villiers serait contredit par presque tous les ennemis de Molière, sans l'en excepter lui-même, comme on le voit par divers passages de linde et des l\ouviltes nouvelles. Le Mercure galant de 1673 entre à ce sujet dans des détails qui ne permettent pas le moindre doute. Tous reconnaissent, en outre, qu'il savait parfaitement dresser ses comédiens, tirer parti même de leurs défauts, et les ajuster avec tant d'art à leurs personnages qu'ils ne semblaient plus jouer des roles [Promenade de Saint-Cloud, à la suite des Mémoires de Rruys, p. 212; [\onvelles nouvelles , t. III, 234 ; Préface de La Grange à l'éd. de 1682; Perrault, Éloge des hommes illnslr. p. 79; Segraisiana, etc). Rien plus, nous avons déjà dit, dans une note de l'Impromptu de l'Hostcl de Coudé (se. IV, p. 250), que la lettre satirique en tète de la Critique du Tartufe, le sieur de Rochemont et entin Raillel, aussi bien que Montfleury, affectent de le regarder comme meilleur acteur qu'auteur, au rebours de ce que dit ici Cléante. Tout cela ne s'explique qu'en attribuant au mot comédien le sens particulier que nous venons d'indiquer. Sur cette incapacité de Molière dans Irs rôles sérieux, il y a donc accord à peu près unanime; mais presque tous aussi s'accordent, en le traitant de mauvais comédien, à le saluer bon farceur. Seulement ils ne font celte concession nécessaire qu'à contre-cœur, en s'efforçant de la reprendre en détail par toutes sortes de restrictions et de contradictions : en un mot, si l'on veut bien me passer ce terme trivial, mais expressif, ils pataugent à l'envi dans leur haine, qu'ils tachent de déguiser sous des airs de bonhomie et le sincérité. Ce qu'ils disent de son jeu, ils voudraient l'étendre à ses écrits, en tâchant de le présenter comme « ravalant la scène au gré des ignorants », retombant toujours dans la farce et incapable de composer autre chose. Le sieur de Rochemont, parlant à la fois de l'auteur et de l'acteur ; « Il est vray, dit-il, qu'il y a quelque chose de galant dans les ouvrages de Molière, et je serois bien fasché de luy ravir l'estime qu'il s'est acquise. Il faut tomber d'accord que, s'il réussit mal A la comédie, il a quelque talent pour la farce, et quoy qu'il n'ait ny les rencontres de Gaultier-Garguille, ny les impromptus de Turlupin, ny la bravoure du Capitan, ny la nalfveté de Jodelel, ny la panse de Gros-Guillaume, ny la science du Docteur, il ne laisse pas de plaire quelquefois et de divertir en son genre. «{Observai, sur le Fcitin de Pierre, 1665, p. 4.)Ce ton de bonne foi n'est-il pas admirable et tout à fait convaincant?

'Molière, en sa qualité de chef et d'orateur de sa troupe, était chargé de faire sur le théâtre l'annonce des pièces de la représentation suivante, et le petit discours qui l'accompagn.iit. « 1I faisoil un compliment de bonne grâce, dit Chapuzeau, et étoil à la fols bon poète, bon comédien et bon orateur, ie vray Trismagiste du

Obphise. Je vous eu conjure.

{.triste sort encor du théâtre, rentre et vient annoncer.) Ariste. Regardez bien comme il tient son chapeau. Obphise dit après l'annonce. Si l'ilostel de Rourgogne avoit un

comédien comme vous, elle seroit bien vengée. Ariste. Ah! Madame, vous me faites trop d'honneur. Alcipe. Je crois que l'ou riroit bien si quelqu'un contrefaisoit le dieu

de sa troupe. Cléante. Comment, le dieu de sa troupe! Alcipe. Hé quoy! le dieu Vulcau u'est-il pas de sa troupe'? Cléante. Je vous entens Ariste. L'on pourroit encore contrefaire ce gros porteur de chaise

des Précieuses, lorsqu'il joue un rôle sérieux. Obphise. Ce seroit quelque chose de bien divertissant : on ne peut

le voir sans rire, et il n'y eut que lui qui lit faire le brouhaha au

Prince Jaloux ».

théâtre. ■ [Le thédt. fhtnç., 1674, p. 196.) Grimarest nous apprend que Molière aimuit fort la harangue, et M'" Poisson dit la même chose dans le portrait qu'elle nous a laissé de lui {Mercure de France, I74u).

1 Celle allusion, malgré son air mystérieux et méchant, qui pourrait faire croire de prime-abord qu'elle s'adresse à Molière lui même et u ses infortunes conjugales, ne concerne peut-être, toutes réflexions faites, que la claudication de Louis Réjart. J'y soupçonne bien quelque chose de plus grave, mais sans pouvoir l'éclaircir nettement.

'Quel est ce gros porteur de chaise des Précieuses, qui lit faire le brouhaha au Prince Jaloux.J II est assez diflicile de le dire. Les éditions de Molière où est marqué, vis-a-vis de chaque personnage, le nom de l'acteur qui créa le rôle, ne donnent ces Indications que d'une manière fort incomplète ( quelquefois inexacte), et il en est de même de toutes les histoires de la troupe de Molière. Ni les unes ni les autres ne marquent les noms des deux comédiens qui représentèrent les porteurs de chaise dans les Précieuses. D'autre part, le registre de La Grange, qui noie avec soin les litres et les recettes des pièces, à chaque représentation, n'en indique pas la distribution; seulement, à la lin de chaque année théàlrale, c'està-dire à Pâques, il inscrit la liste des acteurs composant la troupe. Or la lr* représentation des Précieuses esl du 18 novembre 1659,et a Pâques 1660, d'après la liste de La Grange, la troupe ne comprenait que sept hommes: Molière, Réjart (cadet), Duparc, l'Espy, de Rrie, du Croisy et La Grange; elle n'avait pas changé en 1661. On conna(t les rôles remplis dans la pièce par Molière, l'Espy, de Rrie, du Croisy et La Grange : restent donc seulement Réjart cadet et Duparc. On ne peut dire que ce gros porteur de chaire dont parle de Villiers était peut-être un gagiste, une utilité sans nom, car alors a quoi bon eût-il pris la peine d'en parler a deux reprises et de s'attaquer spécialement à sa personne? On ne peut dire non plus que c'était peut-être un acteur qui avait quillé la troupe avant Pâques 1660, de manière a ne pas se trouver sur la liste de La Grange, comme Rrécourt, qui avait joué Jodelet dans les Précieuses, mais était passé au Marais depuis, car de Villiers ajoute que ce comédien joua encore dans Don Garde ( 4 février 1661 ). Il faut doue que ce gros porteur soil un des deux acteurs que nous avons nommés, et c'est probablement Duparc, dit Gros-René. Un Gros-René devait avoir nécessairement la physionomie matérielle indiquée par le titre de sou râle : d'ailleurs le Gros-René du Dépit amoureux, créé par Duparc, dit dés la I" scène qu'il est « homme fort rond de toutes les manières, » et il est question dans Élomire hypocoudre (se 2 du Divorce comique, à l'acte IV) des ah 1 ah .'qu'excita sa taille dans l'assemblée, à la première représentation du Dépit amoureux. Gros René devait être, en effet, assez plaisant dans les rôles sérieux.

Miistk. A propos du Prince Jaloux, que dites-vous de celle qui en joue la première amante? Le Peintre dit qu'il fant de gros hommes pour faire les Rois dans les autres troupes, mais dans la sienne il ne faut que de vieilles femmes pour jouer les premiers rôles, puisqu'une jeune personne bien faite n'auroit pas bonne grace '.

Cléante. Vous.... Mais que veut Ergaste?

SCENE VI.

ARISTE, ALCIPE, CLÉANTE, ORPHISE, CLARICE, LUCILLE, ERGASTE.

Ergaste. Monsieur, Philipin se fait tenir à quatre dans vostre garderobe :il veut mettre un de vos habits et une de vos perruques, et dit qu'il sçait bien que vous en demeurerez d'accord.

CLÉANTE. Dis-luy que je veux absolument qu'il vienne parler à moy.

(Ergaste sort.)

Ariste. Je gage que la comédie a fait devenir ton valet fou : il y va trois ou quatre fois la semaine avec toy ; juge après cela s'il en faut davantage pour faire tourner la cervelle à un homme qui n'a jamais été trop sage. Mais le voicy qui vient.

'La première amante dans don Garcic, c'est done Elvire. Ce rôle était rempli par M«* Duparc, et c'est de cette excellente actrice, gracieuse et majestueuse à la fois, assez jolie encore pour inspirer de violentes passions, et qui allait être engagée quatre ans après par l'Hôtel de Rourgogne, que de Villiers parle avec tant d'irrévérence, de même que, plus loin, il traite Madeleine Réjart de vieux poisson. Sans être une vieille femme. M"» Duparc ne devait plus être jeune en 1661 : on ignore la date de sa naissance, mais son mari mourut en 1664 et elle-même en 1668, ce qui est déjà une première présomption à l'appui de son Âge avancé. En outre, Molière l'avait engagée dans sa troupe dès 1663 à Lyon, et elle était déjà mariée à cette date. — Il serait encore possible que par ces mois : la première amante , de Villiers eût voulu désigner le rôle de done Ignés : on ne sait qui le remplissait. Les seules femmes de la troupe étaient alors, d'après le registre de La Grange, MUi» Réjart, de Rrie, du Parc, du Crolsy, Hervé, et M"« Réjartjouail la conlidenle Elise.

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