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CRISPIN.

RUFFINE.

CRISPIN.

(Ruffine sort, la coiffe baissée, et Crispin la tenant

par la robe, et en luy parlant met un pied sur

son ballot, ce qui fait une plaisante figure.) LISETTE, à son mary.

Il faudroit, pour la voir, qu'il fut d'yeux tout cousu. LA FLEUR. De par le diable, il a des yeux et des oreilles.

Découvrez donc enfin ces beautés nonpareilles.
Cette dame est bien faite, elle a le corps poupin';
Si c'étoit ma Ruffine! Ah! trop heureux Crispin !
On ne me verra point, quelqu'effort que l'on fasse,
Avant que de vos gens j'aye obtenu la grace;
Et de mes tristes maux vous serez si touché
Que vous ne pourrez plus contre eux estre fasché.
Bien , pour l'amour de vous, allez, je leur pardonne.
(Ruffine oste sa coiffe.)
Que vois je ? c'est donc vous, mon ange, má pouponne?

Quel bonheur impréveu de vous trouver icy?
RUFFINE. Ma surprise est égale , et j'en ay du soucy :

Plaidant contre un mary, je crains la médisance ;
Mais il vient de passer à la dernière offence,
Et comme en ma faveur tout se va terminer,
Le perfide tantost vouloit m'assassiner.
Je dois à la pitié de vostre jardinière

Le bonheur de jouir encor de la lumière.
CRISPIN. Ha! reine de mon cour, espérez tout de moy :

Ma maison est à vous, et mon coeur, et ma foy.
Laissons là , croyez-moy, toute la plaidoirie :
Qu'avocats, procureurs, tout aille à la voirie!
Le métier de plaider est un métier méchant.
Nous n'irons au Palais que pour voir le marchand,
Acheter le bijou , le roman , la nouvelle,
Et nargue des procès qui brouillent la cervelle!
Reposez-vous sur moy de tout vostre soucy,

Et, saus aller plus loin, vuidons l'affaire icy.
RUFFINE, bas. Mon dessein réussit.
LISETTE , à La Fleur.

Il en tient, le doux maistre !

Gentil, délicat, mignon comme une poupée. ? Les femmes se couvraient souvent alors la figure d'une coiffe qui la cachait entièrement, et tenait lieu du masque en velours : - « Eh, Madame, levez un peu votre coiffe. - Fi! je suis épouvantable. -- Montrez-vous... Résolument vous vous montrerez. On ne peut point se passer de vous voir, » (Impromptu de Vers., sc. 3.)

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RUFFINE. Tant de civilitez que vous faites paroistre

Me font rougir de honte, et je ne puis assez

D'un tel excez d'honneur.....
CRISPIN.

Ha! bel ange, cessez.
Charmé de vostre voix et de vostre visage,
Je veux pour vous servir mettre tout en usage;
Ouy, je m'y porteray de toute ma vigueur,
Et m'en acquitteray très-bien sur mon honneur.

Ces yeux, mes petits rois..... - RUFFINE

Je prens pour raillerie
Ce que sçait inventer vostre cajolerie :

Mille défauts que j'ay s’y doivent opposer.
CRISPIN. Entrons : le serain tombe, allons nous reposer.
Tiens , La Fleur, va, cours viste, et dis qu'on nous

[ apporte
Du prochain cabaret trois plats.
LA FLEUR.

Quels plats?
CRISPIN.

N'importe.
LA FLEUR. Grands , petits, vuides , pleins ?
CRISPIN.

Au diable l'animal !
LA FLEUR. Dieu soit loué ! l'amour l'a rendu libéral.

Trois bons plats de rosty, quelque bonne accolade',
Un dindon , deux poulets , avec une salade,
Et du vin du meilleur, s'il veut s'achalander.
Va, ne demeure pas longtemps à marchander,
Afin que promptement le souper se prépare.

(La Fleur s'en va.) LISETTE

Dès qu'on est amoureux, on cesse d'estre avare :
Il n'est entré poulet icy depuis dix ans.
Entrons , mon ange, entrons , donnons-nous du bon

[temps.
Prens ce ballot, Lisette, et portons-le en ma chambre;

Ce sont de vieux papiers. RUFFINE.

Bon Dieu! qu'ils sentent l'ambre. CRISPIN, bas. L'ambre ! elle a le nez bon. Ne luy répondons mot.

Je te renonce , amour, s'il s'agit du ballot.

Que je vous aide.
CRISPIN.

Ho! non, Lisette est assez forte,
Passez devant, ma belle, et toy ferme la porte.
Quoy, déjà le soupé !

CRISPIN.

CRISPIN.

BUFFINE.

C'est-à-dire deux lapereaux joints ensemble. ( Dictionn. de Trévoux.

( La Fleur retourne avec un garçon de cabaret, et

portent chacun deux plats couverts, et Crispin re-
pousse rudement le garçon qui voulvit entrer.)

Tout s'est trouvé soudain.
Lisette , prens ces plats.- Viens les quérir demain.

LA FLEUR.
CRISPIN.

-ae2

ACTE TROISIÈME.

· SCÈNE PREMIÈRE.

PHILIPIN, LYCASTE.

PHILIPIN.

LYCASTE.

( Philipin entre, chargé d'un homme de paille couvert d'un man.

teau et d'un chapeau , qu'il appuye contre un des costez du

théâtre.)
PAILIPIN. Monsieur, plantez-vous là, contre cette muraille.
LYCASTE. Que veux-tu faire enfin de cet homme de paille?

Vous voulez tout scavoir, et vous ne sçaurez rien;
Souffrez sans dire mot qu'on vous fasse du bien.
Vous apprendrez bientost à connoistre Rulline :
De duper les plus fins nous avons la routine.

D'accord ; mais de cecy quel fruit dois-je espérer ?
PHILIPIN. Ha ! que d'impatience! il faut la modérer :

On n'a pas tout d'un coup les choses qu'on désire.
Vous estes en amour un terrible messire.
Les filles n'aiment pas un esprit pétillant;

Vous n'engendrerez point, vous estes trop bouillant.
LYCASTE. Tu me fais bien souvent de ces leçons jolies,

Et je me divertis de toutes tes folies,
Pourveu qu'au bout du conte , et pour fin de procez,
De mon ardent amour j'aye un heureux succez..
Enfin, pour couper court, vous aimez Isabelle;
Vous voudriez , sans façon , dormir avec la belle,
Sans luy donner cadeau', bijous, ny violons,

PHILIPIN.

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'Donner cadeau à une femme, c'était lui donner à l'improviste un repas, une

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LYCASTE.

PHILIPIN.
LYCASTE.

PHILIPIN. LYCASTE. PHILIPIN.

Et ne cherchez jamais les chemins les plus longs !
J'estime vostre humeur, ma foy, je vous en aime,
Et j'en connois beaucoup qui feroient bien de mesme;
Mais c'est estre en amour un peu trop échauffé :
Un seu trop violent est bientost étouffé.
Quand vous aurez été quatre jours en ménage,
Vous ne montrerez plus, ma foy, si bon visage.
Ay-je encore à souffrir longtemps de tes discours,
Et ne m'offres-tu point de plus puissant secours ?
A quoy doit aboutir tout ce beau stratagème ?
A rien. .

Ton insolence à la fin est extrême ;
Je ne veux pas icy te servir de jouet.
Moy, si vous vous faschez , je suis vostre valet.
Je te laisse donc faire.

Ouy, car, pour l'ordinaire,
Des maistres suffisans gastent toute une affaire :
Ce sont des étourdis, sans cervelle et sans soin ,
Et d’un sage valet souvent ils ont besoin.
.......................
J'enrage de vous voir une teste si dure.
Allons planter nostre homme, et le mettre en posture.
( Il ca le planter au-dessous des fenestres de Crispin.)
La lune éclaire un peu, c'est là ce qu'il nous faut ;
Écoutons. Le galant se réjouit là-haut,
Je l'entens; mais voicy de quoy troubler la feste.
Tiens-toy donc si tu veux. Peste soit de la beste !
Si tu ne te tiens droit, je te laisse tomber.
La donc , demeure ainsi , ferme et sans te courber.
Qui ne s'y tromperoit? Il en aura dans l'aisle',
Nous aurons le ballot, nous aurons Isabelle.
De cet archivilain il faut tirer raison.
Courage ! allons donner l’alarme à la maison,

féle, un concert, en un mot une surprise galante et inattendue. Le passage suivant de Moliére marque bien ce sens particulier : « Les déclarations sont venues ensuite, qui après elles ont trainé les sérénades et les cadeaux, que les présents ont suivis. » ( Bourg. gentilh., III, sc. 18).

Il sera vaincu , attrapé comme un oiseau qu'un coup de feu alteint à l'aile dans son vol. (Oudin, Curiosités françaises.)

SCÈNE II.

PHILIPIN, LYCASTE, CRISPIN, RUFFINE, LA FLEUR,

LISETTE.

( Philipin frappe à la porte de Crispin à trois diverses reprises,

de plus fort en plus fort, et se cache à chaque fois après avoir frappé; et Crispin vient au balcon autant de fois. )

PHILIPIN.
CRISPIN.

PHILIPIN.
CRISPIN.

PHILIPIN.

CRISPIN.

Cachons-nous promptement.

Qui frappe de la sorte?
Demain il fera jour; je n'ouvre point la porte.
Redoublons.

Quel maraut heurte de la facon?
Si je descens en bas, gare l'estramaçon'!
Je ne prens pas plaisir à tout ce badinage;
Retirez-vous, et viste , et si vous estes sage.
Courage ! le galant commence à se fascher :
C'est là tout mon souhait; heurtons sans relascher.
(Il paroist cette fois en chemise avec son bonnet de

nuit.)
Qui diable est l'insolent qui ne veut pas répondre,
Et prend ainsi plaisir à me faire morfondre ?
Personne ne paroist; on se moque de moy.
Mais n'est-ce point, là-bas, un homme que je voy?
Ouy, c'est quelque voleur, je n'en fais point de doute ;
Parlons des grosses dents. Qui que tu sois , écoute
Si tu t'obstines plus à me faire du bruit,
Je m'en vais te traiter comme un voleur de nuit ;
Retire-toy d'icy, crois-moy, sans plus attendre.
Le traistre fait semblant de ne me pas entendre.
Va-t-en, te dis-je encor. Point: il ne branle pas :
De ma longue escopette il fera plus de cas.
Ma foy, j'iray chercher ton ame dans son centre,
Et je t'en donneray tout au travers du ventre.
Bon, c'est où je l'attens. Pour la dernière fois,
Jouons bien du marteau.

PHILIPIN.

"Coup du trancbant d'une épée.

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