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tiques. Les uns disent que la cause des maux est dans les humeurs, les autres dans le sang. Quelques-uns, par un pompeux galimathias, l'imputent aux atomes invisibles, qui entrent par les pores. Celuy-cy soutient que les maladies viennent du défaut des forces corporelles; celuy-là, qu'elles procèdent de l'inégalité des élémens du corps, et de la qualité de l'air que nous respirons, ou do l'abondance, cruditévet corruption de nos alimens '. Ah ! que cette diversité d'opinions marque bien l'ignorance des médecins, mais encore plus la faiblesse ou la témérité des malades qui s'abandonnent aux agitations de tant de vents contraires!

Pluton, aux médecins. .Messieurs, hé?

Molière. Ce qu'ils ont de plus unanime dans leur école, et où ils s'entendent le mieux, c'est que tous tant qu'ils sont vous asseurent que, dans la composition d'une médecine, une chose purge le cerveau, eelle-cy échauffe l'estomac, celle-là rafraischit le foye, et font partir un breuvage à bride abattue , comme si, dans ce mélange, chaque remède portoit son étiquette, et que tous n'allassent pas ensemble séjourner au mesme lieu. Il faut que ces Messieurs soient bien asseurés de l'obéissance et de la sagesse de leurs drogues; car enfin, si par mégarde l'une- alloit prendre le chemin de l'autre, et que la partie qui doit estre échauffée vint par méprise à estre refroidie, voyez un peu où le pauvre malade en seroit'.

Pluton. Messieurs, hé?

sioliERE. Mais quoy! ces imposteurs,abusant de l'occasion, usurpent effrontément une authorité tyrannique sur de pauvres ames, affaiblies et abattues par le mal et par la crainte de la mort. Ils prennent si bien leur avantage de nos faiblesses, que, de nostre aveu mesme, dans ce dangereux moment, ils bazardent effrontément aux dépens de nos vies toutes les épreuves que leur suggèrent leurs ambitieuses imaginations. Les scélérats osent tout tenter, sur cette confiance que le soleil éclairera leur succès, et que la terre couvrira leurs fautes3.

1 Ceci est un résumé assez exact des principales doctrines physiologiques du temps, de la théorie des étéments et tempéraments, des humeurs, des esprits, etc. On peut consulter à ce sujet M. Raynaud : Les Médecins an temps de Molière, ch. VII.

1 Dans l'art très-compliqué de la purgation, telle que l'entendait la médecine oflicielle du dix-septième siècle, chaque purgatif était un spéciliquequi agissait d'untfaçon particulière, restreinte et localisée. Il y avait des purgatifs distincts, non-seulement pour chaque affection et chaque maladie, mais aussi pour chaque partie du corps, et pour chaque humeur dans chacune de ces parties. !W. Raynaud, Les Mrdnius au temps de Molière, ln-8°, p. 370.)

5 .i Sr.ANAflELLE. Le bon de cette profession est qu'il y a parmi les morts uni!

COHTEMPT. DE MOLIERE. — I. 3.'i

Pllïtox. Messieurs, lié?

Molikhe. 11 me souvient icy, avec quelque douleur, de la foiblesse d'un de mes amis, qui s'étoit sottement confié par leurs noires séductions à l'expérience d'un remède. Deux heures après l'avoir pris, le médecin qui l'avoit ordonné luy en vint demander l'effet, et comment il s'en étoit trouvé : « J'ay fort sué, luy répondit le malade. — Cela est bon, dit le médecin. » Trois heures ensuite, il luy vint demander comment il s'étoit porté depuis: « J'ay senty, dit le patient, un froid extrême, et j'ay fort tremblé. — Cela est bon », suivit le charlatan. Et sur le soir, pour la troisième fois, il revint s'informer encore de l'état où il se trouvoit : « Je me sens, dit le malade, enfler partout comme d'hydropisie. — Tout cela est bien », répondit le bourreau. Le lendemain, j'allay •voir ce pauvre malade, et lui ayant demandé en quel état il étoit: « Hélas! mon cher amy, dit-il, en rendant le dernier soupir, à force d'estre bien, je sens que je me meurs'. » Ah! m'écriay-je alors, tout percé de douleur, qu'heureux sont les animaux que la simple nature sçait guérir sans le secours de leurs consultations! Que l'estre brutal seroit à souhaiter quand on devient malade! Mais aussi qu'il seroit à craindre, s'il se trouvoit autant de médecins parmy les bestes, que de bestes parmy les médecins.

Fluton. Messieurs?

Molièhe. Qu'ils se plaignent maintenant de inoy ; et que ton équité, grand monarque, paroisse dans tes jugemens'.

honnêteté, une discrétion la plus grande du inonde; et jamais on n'eu voit se plaindre du médecin qui l'a tué. » (Medcc. malgré lui, III, se. I )

1 Brécourt a pris ce mot à Cyrano de Bergerac. « Et cependant, à force de me liien porter, je Une meurs, » dit celui-ci dans sa Lettre contre les médecins, où il liiiurlmicture de pied en cap un docteur Tant-mieux, proche parent de celui de La Fontaine,et encore plus de celui de Brécourt.

'Celte furieuse diatribe est un échantillon des aménités qui se débitaient habituellement contre les médecins dans les satires, les épigrammes et les comédies; car il ne faut pas croire que Molière fut l'auteur de cette guerre : il n'eu fut que le continuateur le plus acharné et le plus vigoureux. On peut voir VEuphormion de Barclay, la lettre de Cyrano citée dans la note ci-dessus, le Mariage de rien, comédie de Monlfleury (se. 8), plusieurs passages du Roman comique de Scarron, des satires et des épigrammes de Boileau, des fables de La Fontaine; La Bruyère, dans son chapitre De quelques usages, ele, etc. Les médecins mêmes donnaient l'exemple en se maltraitant entre eux, comme on s'en convaincra par les lettres de Guy Patin, el les principes ou les résultats ordinaires de la médecine officielle n'avaient pas de quoi relever ceux qui l'exerçaient.

SCÈNE DERNIÈRE.

CARON, LES OMBRES, PLUTON, RADAMANTE, MINOS, MOLIÈRE.

Caron. Oh ! je n'y puis plus tenir. Depuis que je conduis la barque, je n'ay jamais tant veu de morts pour un jour; et, si vous n'y venez donner ordre, je ne sçais pas ce que nous en ferons.

Pluton. Comment ? Nous avons donc bien des gens?

Cabon. Tout crève à la porte.

Pluton. Puisque nous avons tant de morts icy-bas, il faut qu'il y ait encore bien des médecins là-haut. Mais qu'ils attendent à un autre jour : je ne juge d'aujourd'huy, et voici ma dernière sentence. Retirez-vous un peu, que je prenne les opinions. Minos, qu'en dis-tu?

Minos. Moy? Que cette Ombre est de bon sens, et qu'elle mériti bien quelque jugement avantageux.

Baoamante. Il n'y a qu'honneur à juger en sa faveur.

Pluton. J'en demeure d'accord ; mais aussi les obligations que nous avons à ces Messieurs m'embarrassent, et je crois qu'un arbitrage conviendroit mieux à cette affaire qu'unjugement dans les formes. Ne trouvez-vous point à propos de leur proposer un accommodement?

Minos. Hé! ouy-dà, car il est vray que nous avons quelques mesures à garder avec la Faculté.

Badamante. Je suis de cet avis.

Pluton. Je m'en vais leur parler. Ça, Messieurs, qu'est-ce? N'y a-t-il pas moyen de vous rapatrier? Je vois de part et d'autre que les raisons peuvent subsister : d'accord; mais à les bien peser, entre nous, la balance penchera de son costé; et, sans l'alliance jurée entre nous, franchement, Messieurs, vous seriez tondus. C'est pourquoy, si vous m'en croyez, taschez de vous accommoder ensemble; et pour faciliter l'affaire, j'aime mieux relascher de mes intérests, et consentir que vous m'en envoyiez quelques milliers de morts moins qu'à vostre ordinaire.

Les Médecins. Quoy? Nostre ennemi juré! Non, non...

Pluton. Oh, oh! Messieurs, si vous n'estes contens, prenez des cartes. J'y perds plus que vous, et si1 je ne me plains pas.

LES MÉDECINS. Quoy, Pluton!...

1 Pourtant.

Pu Ton. Quoy! vos Ombres téméraires m'osent répliquer, moy qui

puis vous faire évanouir d'un souffle seulement? Les Médecins. -Nous demandons justice, justice. Plvton. Encore? Ah! je m'en vais souffler. Fu, fu. , Mais il est tenu de prononcer En quel endroit je dois placer Ton ombre aveccue ta mémoire: Que la postérité t'en choisisse le lieu; Et, tandis qu'elle ira travailler à ta gloire, Entre TERENCE et PLAUTE occupe le milieu. On fait un carillon avec des cloches qui s'accordent avec les violons '.

Caron. Messieurs, Pluton se va coucher, son bonnet de nuit l'attend. Vous avez ouy la retraite. Ronsoir.

'L'édition originale porte simplement : Le carillon »e fait.

FIN.

CORRECTIONS ET ADDITIONS.

P. 105. Boursault a reproduit cette dédicace, avec quelques variantes, dans ses Lettres de Babel (éd. de Lyon, 1715, in-12, p. 76), où l'on voit qu'elle est adressée « à M. de Quanteal, médecin de Mmc la Princesse ». On écrivait aussi ce nom Canleal, ce qui est d'accord avec l'initiale placée en tête de la dédicace. C'est sans doute par allusion à ce personnage que le médecin de sa pièce s'appelle Canteas.

P. 109-159, supprimer Acte I" au titre courant.

P. 110, note l. La conjecture de cette note est confirmée par un passage du Ballet de la My-Caresme (1655), qui met en scène un maistre cuisinier, représenté par Vinot (3e entrée, p. 4).

P. 148, note 2, ajouter : Dans son Enfer burlesque (Cologne, .1. Le Blanc, 1677, in-12, p. 22-3), Jaulnay répète la même chose:

On voyoit près de sa personne, dit-il en parlant de Molière,

In grand nombre de courtisans
Port bien faits et très-complaisaiis...
Qui plioient le genouîl en terre
Devant ce marmouzet hideux
Qui se moquoit eucore d'eux
Avec leurs sottes complaisances
Ht leurs profondes révérences...
... Ceux qu'on voit autour de Iuy
Sont les Turlupins d'aujourd'huy,
Que ce comédien folaslre
A ioiié (joué?) dessus son théâtre ,
Et quoy que ce fou, leur amy,
Les faquine eu diable et demy,

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