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OEUVRES

DE

FONTENELLE

ÉTUDES SUR SA VIE ET SON ESPRIT

PAR

VOLTAIRE, LA MARQUISE DE LAMBERT, GRIMM, GARAT,

SAINTE-BEUVE, ARSÈNE HOUSSAYE.

PARIS
EUGÈNE DIDIER, ÉDITEUR

6 - RUE DES BEAUX-ARTS - 6

MDCCCLII

1791

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On peut regarder Fontenelle comme l'esprit le plus universel que le siècle de Louis XIV ait produit. Il a ressemblé à ces terres heureusement situées qui portent toutes les espèces de fruits. Il n'avait pas vingt aris lorsqu'il fit une grande partie de Ja tragédie-opéra de Bellérophon, et depuis il donna l'opéra de Thétis et Pélée, dans lequel il imita beaucoup Quinault, et qui eut un grand succes. Celui d'Enée et Lavinie en ent moins. Il essaya ses forces au théatre tragique ; il aida mademoiselle Ber nard dans quelques pièces. Il en composa deux, dont une fut jouée en 1680, et jamais imprimée. Elle lui attira trop long. temps de très-injustes reproches; car il avait eu le mérite de reconnaitre que, bien que son esprit s'étendit à tout, il n'avait pas le talent de Pierre Corneille, son oncle, pour la tragédie.

En 1636, il fit l'allégorie de Méro et d'Énegu : c'est Rome et Genève. Cette plaisanterie si connue, jointe à l'Histoire des Oracles, excita depuis contre lui une persécution. Il en essuya une moins dangereuse, et qui n'était que littéraire, pour avoir soutenu qu'à plusieurs égards les modernes valaient bien les

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anciens. Racine et Boileau, qui avaient pourtant intérêt que Fontenelle eût raison, affectérent de le mépriser, et lui fermėrent longtemps les portes de l'Académie. Il firent contre lui des épigrammes : il en fit contre eux, et ils furent toujours ses ennemis. Il fit beaucoup d'ouvrages légers, dans lesquels on remarquait déjà celle finesse et cette profondeur qui décèlent un homme supérieur à ses ouvrages mêmes. On remarqua dans ses vers et dans ses Dialogues des morts l'esprit de Voiture, mais plus étendu et plus philosophique. Sa Pluralité des mondes fut un ouvrage unique en son genre. Il sut faire, des Oracles de Van Dale, un livre agréable. Les matières délicates auxquelles on touche dans ce livre lui attirèrent des ennemis violents, auxquels il eut le bonheur d'échapper. Il vit combien il est dangereux d'avoir raison dans des choses ou des hommes accrédités ont tort. Il se tourna vers la géométrie et vers la physique avec autant de facilité qu'il avait cultivé les arts d'agrément. Nommé secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences, il exerça cet emploi pendant plus de quarante ans avec un applaudissement universel. Son Histoire de l'Académie jette très-souvent une clarté lumineuse sur les mémoires les plus obscurs. Il fut le premier qui porta cette élégance dans les sciences. Si quelquefois il y répandit trop d'ornement, c'était de ces moissons abondantes dans lesquelles les fleurs croissent naturellement avec les épis.

Cette Histoire de l'Académie des sciences serait aussi utile qu'elle est bien faile, s'il n'avait eu à rendre compte que de vérités découvertes; mais il fallait souvent qu'il expliquât des opinions combattues les unes par les autres, et dont la plupart sont détruites.

Les éloges qu'il prononça des académiciens morts ont le mérile singulier de rendre les sciences respectables, et ont rendu tel leur auleur. En vain l'abbé Desfontaines et d'autres gens de celte espèce ont voulu obscurcir sa réputation ; c'est le propre des grands hommes d'avoir de méprisables ennemis. S'il fit imprimer depuis des comédies froides, peu théâtrales, et une apologie des tourbillons de Descartes, on a pardonné ces comédies

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