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selle de Rosoi? Elle est, comme moi, permettez-moi de le dire, la victime de votre injustice. Hélas ! fa soumission à vos ordres cruels, mon respect pour vous ne vous ont-ils jamais reproché tant de rigueur ? Vous ordonnez à Mademoiselle de Rofoi de renoncer à notre union : sa doulleur, ses larmes, mon désespoir, n'ont pû vous attendrir. A qui donc, Madame, me sacrifiezvous ? Quel est l'heureux mortel que vous me préferez , àu mépris de vos engagemens & du bonheur d'une fille unique? Ah! Madame , ajoutai – je, pouvezvous ne pas écouter la pitié, la nature', & votre gloire ? Serai-je enfin assez infortuné, pour ne plus trouver en vous Madame de Rosoi: Qu'est-elle donc devenuë, cette femme si respectable & sijaJouse de 'fes devoirs ? Parlez,

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Madame ; prononcez

prononcez fi je dois vivre ou mourir. Je ne sçaurois me plaindre, me répondit-elle , des moiens que vous avez emploïez pour voir ma fille , & je sens que je

dois lui pardonner sa foiblesse. Tout ce que je craignois vient de m'arriver , s'écria-t'elle! Vous voilà instruit que je m'opposoisseule à votre bonheur, que ma fille vous aime, que je vous trompois : vous voilà enfin muni contre moi, des seules armes que je redoutois. Elle garda un moment le silence , les yeux baissez & remplis de pleurs ; puis, me regardant fixement, elle me dit : Comte , soïez assez généreux pour m'épargner les reproches que ma fille vous a mis en droit de me faire ; je ne pourrois les soutenir, vous m'en avez déja. trop accablé : j'espere qu'ils feront leur effet. Oüi ; je sens qu'ils

rappellent

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feul peut

rappellent dans mon ame les fentimens de la nature, & ceux de ma gloire, à qui vous demandez compte, avec raison, de mon injustice: ce ne sera pas vainement; mais j'ai pris des engagemens qu'il me faut rompre , & ce n'est pas l'ouvrage d'un jour ; le tems

surmonter les obstacles qui s'opposent à votre bonheur. Ne me répondez rien , poursuivit-elle, voiant que je voulois lui parler ; retirez-vous, esperez, fiez-vous au défir extrême que j'ai de réparer tous mes torts. Oüi, je les réparerai , dit-elle d'un ton animé ! je ne vous dis rien de plus ; attendez de mes nouvelles, dans peu vous aurez des preuves de ce que je veux faire en votre faveur. Après ces mots, elle me quitta, & paffa dans fon Cabinet.

Je ine retirai chez moi plus
Tome I.

T

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agiré que jamais : je n'ofois me
flatter que les sentimens géné :
reux, & des remords dont Mada-
me de Rosoi venoit de se parer,
fussent sinceres. Je tremblois que
sous l'espérance d'un retour sur
elle-même, elle ne me cachât
quelque nouveau trait, que ses
détours & ses foins ne me per-
mettroient ni de prévoir ni de
parer.
Mais

que devins-je le lendemain ! J'avois envoie Clouville à Chelles ; il revint, & m'apprit que Mademoiselle de Rosoi & Mademoiselle de Rocheville n'étoient plus dans l'Abbaïe; que Madame de Rofoi étoit venuë les chercher la veille , & même assez ayant dans la nuit. Je suis perdu , m'écriai-je ! je n'ai plus d'espérance ! C'en est fait : Madame de Rosoi vient de me porter le coup mortel. Alix n'est plus à Chelles : jufte Ciel : Où

l'a-t'elle menée: Où la trouverai-je ? Comment découvrir le lieu qui me la dérobe ? Ah! ma chere Rochieville, nous abandonnerez-vous? Quoi ! Madame de Rosoi triomphera: La perfide ne m'a montré une ame sensible à la pitié,& capable d'un effort de vertu, que pour exécuter plus surement un projet effroiable. J'étois agité de tous ces mouvemens , lorsqu'un Page de Madame de Rosoi vine me prier de fa

part, nir chez elle: j'y volai, & j'y volai dans la résolution del'accablerdes reproches les plus outrageans.

J'entre avec un air farouche; mais quelle fut ma surprise, lorfque je vis Alix & Mademoiselle de Rocheville à côté de Madame de Rofoi : Voïez , Comte, me dit-elle en me montrant sa fille , voiez le premier pas que je fais en votre faveur ; je ne le fais

pas

de ve

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