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leur pour nous. Il y aura dans Jupiter des Aftronomes, qui après avoir bien pris de la peine à composer des Lunettes excellentes , après avoir choisi les plus belles nuits pour observer , auront enfin découvert dans les Cieux une très - petite Planete qu'ils n'avoient jamais vûë. D'abord le Journal des Sçavans de ce Pays-là en parle ; le Peuple de Jupiter, ou n'en entend point parler , ou n'en fait que rire ; les Philosophes dont . cela détruit les opinions, forment le dessein de n'en rien croire ; il n'y a que les Gens très-raisonnables quien veulent bien douter. On observe encore, on revoit la petite Planete; on s'assure bien que ce n'est point une vision; on commence même à soupçonner qu'elle a un mouvement autour du Soleil ; on trouve au bout de mille observations, que ce mouvement est d'une année; & enfin,grace à toutes les peines que se donnent les Sçavans, on sçait dans Jupiter que nôtre Terre est au Monde. Les Cu

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rieux vont la voir au bout d'une Lu-
nerte , & la vûë à peine peut-elle en-
core l'attraper.
· Si ce n'étoit, dit la Marquise, qu'il
n'est point trop agréable de sçavoir
qu'on ne nous peut découvrir de de.
dans Jupiter qu'avec des Lunettes
d'approche , je me réprefenterois
avec plaisir ces Lunetes de Jupiter
dressées vers nous, comme les nô-
tres le font vers lui , & certe curio-
Gité mutuelle avec laquelle les Pla-
netes s'entreconfiderent & deman-
dent l'une de l'autre , Quel Monde
eft-ce ? Quelles Gens l'habitent?
Cela ne va pas fi vîte

que vous pensez, repliquai-je. Quand on verroit nôtre Terre de dedans Jupiter, quand on l'y connoîtroit , nôtre Terre ce n'est pas nous ; on n'a pas le moindre foupçon qu'elle puisse être habitée. Si quelqu'un vient à se l'imaginer, Dieu sçait comme tout Jupiter se mocque de lui. Peut-être même sommes-nous cause qu'on y a fait le Procés à des Philosophes qui ont

voulu foûtenir que nous étions. Cependant je croirois plus volontiers que les Habitans de Jupiter sont af sez occupez

à faire des découvertes sur leur Planete, pour ne songer point du tout à nous. Elle est fi grande , que s'ils navigent, assurément leurs Christophles Colombs ne sçauroient manquer d'emploi. Il faut que les Peuples de ce monde-là ne connoissent passeulement de réputation la centiéme partie des autres Peuples; au lieu que dans Mercure, qui est fort petit, ils sont tous voisins les uns des autres ; ils vivent familierement ensemble, & ne comptent que pour une promenade de faire le tour de leur Monde. Si on ne nous voit point dans Jupiter ; vous jugez bien qu'on y voit encore moins Venus qui est plus éloigné de lui, & encore moins Mercure qui est & plus petit & plus éloigné. En récompense ses Habitans voyent leurs quatre Lunes, & Saturne avec les fien

nes & Mars. Voilà assez de Planetes pour embarasser ceux d'entre eux qui font Astronomes; la Nature a eu la bonté de leur cacher ce qui en reste dans l'Univers.

Quoi, dit la Marquise, vous comptez cela pour une grace? Sans doute répondis-je. Il y a dans tout ce grand Tourbillon seize Planetes. La Nature, qui veut nous épargner la peine d'étudier tous leurs mouvemens, ne nous en montre que sept, n'est-ce pas là une assez grande faveur Mais nous, qui n'en sentons pas le prix , nous faisons si bien que nous attrapons les neuf autres qui avoient été cachées; aussi en sommes-nous punis par les grands travaux que l’Aftronomie demande presentenient.

Je voi, reprit-elle, par ce nombre de seize Planetes qu'il faut que Saturne ait cinq Lunes. Il les a aussi, repliquai-je, & avec d'autant plus de juftice , que comme il tourne en trente ans autour du Soleil , il a des Pays

où la nuit dure quinze ans , par la mê me raison que sur la Terre qui tourne en un an, il y a des nuits de fix mois fous les Poles. Mais Saturne é tant deux fois plus éloigné du Soleil que Jupiter, & par consequent dix fois plus que nous, ses cinq Lunes si foiblement éclairées , lui donneroient-elles assez de lumieres pendant ses nuits ? Non, il a encore une ressource singuliere & unique dans tout l'Univers connu. C'est un grand Cercle & un grand Anneau assez large qui l'environne, & qui étant assez élevé pour être presque entierement hors de l'ombre du Corps de cette Planete, réfléchit la lumiere du Soleil dans des lieux qui ne le voyent. point, & la refléchit de plus près , & avec plus de force que toutes les cinq Lunes, parce qu'il estmoins éle-vé que la plus basse.

En verité, dit la Marquise, de l'air d'une personne qui rentroit en eller même avec étonnement, tout cela

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