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Quels sont ces prodiges, devoient dire les Payens ? Quel est ce renversement les biens & les maux ont-ils changé de nature les hommes en ont-ils changé eux-mêmes: Cet étonnement fut sans doute d'autant plus grand , que l'on voyoit les Philosophes, qui jusques-là avoient paru être en possession de toutes les vertus & des veritez, confondus & dans leur speculation, & dans leurs pratiques, par de nouveaux Philosophes incomparablement plus parfaits. Ce furent ces derniers Sages, ou plûtôt ce fut leur Maître celeste qui détruisit les fausses especes de patience établies par des Sages trompeurs, & plus vicieuses peut-être que l'impatience naturelle aux hommes qui n'ont que leurs passions pour guides.

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AMAIS la raison humaine n'a

fait éclater tant d'orgueil , & n'a laissé voir tant d'impuissance , que dans la Secte des Stoïciens. Ces Philosophes entreprirent de persuader aux hommes que leur propre corps étoit

pour eux quelque chose d'étranger, dont les interests leur devoient être indifferents, & que les douleurs qui affligeoient ce corps étoient ignorées par le Sage, qui se retranchoit entierement dans la partie spirituelle de lui-même. Ainsi le Stoïcien regardoit les maux avec dédain, comme des ennemis incapables de lui nuire , & il se paroit d'une patience faftueuse, fondée sur l'impassibilité dont la Secte le flattoit. Souffrir avec constance, eût été quelque chose de trop humain , il ne souffroit point, semblable à Jupiter même dont il n'avoit lieu d'envier ni les perfections , ni le bonheur.

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Jusqu'où vous égarez-vous, foibles esprits des hommes , quand vous êtes abandonnez à vous - mêmes ? Quoi ! il s'agit de foulager les blessures que nous recevons, nous en gemissons, & on n'y trouve point d'autre remede que de nous soûtenir que nous fommes invulnerables ? Trop heureux encore , fi nous pouvions entrer dans cette illusion & en profiter; mais si ces vaines idées élevent pour quelques momens, & enflent l'imagination seduite, on est ausi-tôt rappellé au sentiment de ses maux par la nature plus forte & plus puissante, & si l'opiniâtreté du parti dont on a fait choix maintient encore dans l'esprit cette superbe fpeculation, le cæur qui souffre la dément & la condamne. Quand ce Stoïcien pressé par la douleur d'une maladie violente 's'écrioit en s'adrersant à elle; Je n'avvoucrai pourtant pas que tu sois un mal ; cet effort qu'il faisoit pour ne le pas avoüer, ce dé

faveu même apparent, n'étoit-ce pas un aveu & le plus fort & le plus sincere qui pût jamais être?

Loin du Chriftianisme une erreur si contraire aux sentimens naturels, & un orgueil si indigne d'une raison éclairée. La patience des Chrétiens n'est point fondée sur ce qu'ils s'imaginent être au-dessus des douleurs ; ils souffrent, ils avoient qu'ils souffrent; mais la foûmission qu'ils ont pour celui qui les fait justement souffrir , mais le prix qui est proposé à leurs souffrances, produit cette conftance, ce calme, cette joye qui ont si souvent arraché à leurs perfecuteurs de l'admiration & du respect. Ils ne rétiennent point leurs plaintes & leurs gemissemens par la crainte de deshonorer le parti qu'ils font profeflion de suivre ; mais la divine Religion qu'ils fuivent prévient en eux les plaintes & les gemissemens par les saintes pensées dont elle les remplit. Ils sont tels au dedans d'eux

mêmes que les Stoïciens avoient beaucoup de peine à paroître au dehors, tranquilles & vainqueurs de la douleur qu'ils endurent. Ils sont ce que toute la Philosophie ellemême ne sçauroit assez admirer , aufsi sensibles que tous les autres hommes à toutes les miseres humaines, plus satisfaits au milieu des plus grandes, miseres, que s'ils étoient les plus heureux des hommes.

Il n'y a rien où la patience éclate avec plus d'avantage que dans les injures. Un Stoïcien offensé ne conservoit un exterieur paisible , que parce qu'il s'élevoit aussi-tôt dans son coeur au-dessus de celui qui l'avoit offensé, & quelquefois même par un superbe jugement osoit le dégrader de la qualité d'homme : insulte qu'on fait sans danger à son ennemi , vengeance impuissante, qui ne laisse pas de consoler l'orgueil. Un Chrétien se met dans son cour au-dessous de tous les hommes, &

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