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vers. « Vous n'êtes faits; vous autres, con« tinua M. Colbert, que pour nous incom« moder de la fumée de votre encens. — « Monseigneur, dit'Poissnn, je vous assure « que celui-ci ne vous feia point de mal à la « tête. »

M. de Maulevrier et toute la compagnie, impatients de voir les vers de Poisson, prièrent instamment M. Colbert de les lui laisser dire; ce qu'il permit, à condition qu'il n'y aurait point de louanges. Poisson commença ainsi:

Ce grand ministre de la paix,
Colbert, que la France révère,
Dont le nom ne mourra jamais...

a Poisson, dit M. de Colbcrf, vmis ne me « tenez pas votre parole, ainsi finissez » La compagnie insista, et Poisson le pria de si bonne grâce qu'il permit d'achever. »

Eh bien! tenez, c'est mon compère:
Fier d'un honneur si peu commun,
On est surpris si je m'étonne,
Que de deux mille emplois qu'il donne,
Mon fils n'en puisse obtenir un.

M. de Colbert accorda sur-le-champ à Poisson, pour sou (ils, un emploi de contrôleur général des aides.

En i633, M"" Beaupré élait actrice de la troupe du Marais; c'était une ex cliente comédienne quia joué aussi dans les commencements de la grande réputation de Corneille. Elle disait, en parlant de cet illustre poète : « M. Corneille nous a fait un grand « tort : nous avions ci-devant des pièces de « théâtre pour trois écus, que l'on nous fai« sait en une nuit; on y était accoutumé, et « nous gagnions beaucoup; présentement « les pièces de M. Corneille nous coûtent « bien de l'argent, et nous gagnons peu de « chose. Il est vrai que ces vieilles pièces « étaient misérables, mais les comédiens « étaient excellents, et ils les faisaient valoir « par la représentation. »

DAZmCOURT.

Un des meilleurs comiques dela ComédieFrançaise, Dazincourt, homme fort fin et spirituel, jouant le Pasquin de l'Homme à bonne fortune, exécutait un lazzi qui est devenu tradition.

Au moment où Pasquin fait sa toilette, il vide sur son mouchoir un flacon d'eaude Cologne, et le tord ensuite sur la tête du souffleur. Un rigoriste lâcha un coup de sifflet éclatant. Dazincourt, sans rien perdre de sa contenance, s'avança sur le bord du théâtre, et s'adressant au parterre: « Messieurs, dit« il, lorsque Préville jouait ce rôle, il fai« sait ce que je viens de faire', et il était « applaudi par tout ce qu'il y avait de mieux «en France. » Cette petite justification, qui censurait indirectement le parterre d'alors, fut bien reçue, et de nombreux applaudissements accueillirent Dazincourt.

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- iJÈSÉèSiRTS.

I) jouait le rôlede financiers à la ComédieFrançais et était si puissant qu'on l'appelait l'éléphant. Son cainan.de Dugazon, premier comique alors, s'était fait une joyeuse tâche de le mystifier ; ou en jugera par l'anecdote qui suit, qu'oui rapportée tous les mémoires du temps.

Lorsque l'éléphant de la ménagerie du roi mourut, Dugazon alla prier Débessarts de venir avec lui chez le ministre, pour y jouer un proverbe dans lequel il avait besoin d'être aidé. Désessarts y consent, et s'informedu costume qu'il doit prendre. «Mets-, toi en grand deuil, lui dit Dugazon ; tu représenteras un héritier. » Voilà Désessarts qui passe un habit noir complet, avec des crêpes, des pleureuses, etc. On entre chez le ministre, qui avait grande compagnie . « Monseigneur, lui dit Dugazon, la « Comédie-Française a été on ne peut plus « affligée de la mort du .bel éléphant qui fai« sait l'ornement dela ménagerie du roi, et

« je viens, au nom de mon théatre, vous'de« mander pour notre camarade la survivance « de l'éléphant. » Qu'on se figure les éclats de rire des auditeurs , et l'embarras du pauvre Désessar's! Il sort furieux et provoque Dugazon eu duel. Arrivés au bois de Boulogne, les deux adversaires se mettent en garde. « Mon camarade, lui dit Du« gazon, j'éprouve un frissonnement! je « crains de te tuer. Tu me présentes une sur« face énorme; j'ai trop d'avantage, laisse« moi égaliser la partie. » A ces mots il tire de son gousset un morceau de blanc d'Espagne, trace un rond sur l'énorme ventre de Désessarts. « Écoute-moi, ajoule-t-il, tout « ce qui sera hors du rond ne comptera « pas. » Ce duel boufloti fut terminé par un déjeuner copieux.

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