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autres, en courant à toute bride, pour apprendre l'exercice de la lan. ce, & pour dresser leurs cavales.

Ce passe-temps dura deux heures entieres ; ils se féparerent ensuite : chacun se rangea du côté de fon Emir; on mit pied à terre, & les Emirs s'étant reposés quelque temps à l'ombre des arbres, sur le bord d'un petit ruisseau, ils prirent du Café, aussi bon & aussi proprement servi que dans la meilleure maison du païs; & aprés s'être baisés reciproquement, ils s'en allerent l'un & l'autre à leur quartier, & moi je retournai au Camp de l'Emir avec mes gens : nous trouvâmes la cousine Hyché dans l'impatience de nous voir de retour , pour nous donner le souper qu'elle avoit préparé avec son zele ordipaire.

Dés que nous eûmes soupé , j'al. lai à la Tente de l’Emir; que je trouvai fort chagrin contre la de France d'aller luy faire des Complimens led sette perte.

coûtume : il me parut en colere contre quelqu'un de ses gens, qui l'écoutoient attentivement , & perlonne n oloit lui répondre ; je me contentai pour ce soir-là de lui faire une réverence, & de me montrer à lui ; aprés cela je me retirai chez moi, attendant que quelqu'un pît me dire la cause de cette mauvaise humeur.

Hyché qui me vit revenir quafi fur mes pas, voulut m'entretenir le . reste de la journée , & sçavoir le

fujet de mon retour, que je lui contai en peu de paroles ; la parenté prétenduë, & son amitié ne lui permirent pas de me faire un mystere de ce qui s'étoit passé pendant mon absence: elle me dit donc avec une fincerité fort naïve, que le Secretaire de l'Emir étoit tombé malade d'une fievre continuë, dans un village à quatre lieuës de-là , où il l'avoit envoïé en Commission, & qu'il n'avoir plus personne auprés de lui pour écrire: il pouvoit bien en envoser querir un chez les autres

Emirs ;

Emirs ; mais que comme il y avoit quelque jalousie secrete entre eux, il ne vodloit pas se confier à leurs Domestiques i qu'il y avoit dans le Camp plusieurs Agas, envoïés par des Pachas,, & par d'autres Seigneurs voisins , avec sept ou huit personnes chacun,& autant de chevaux, sans les mulets de bagage, qui ne le chagrinoient pas tant pour la dépense qu'il faisoit à les nourrir, comme par l'empressement qu'ils avoient à recevoir leurs dépêches pour s'en retourner , & que ces gens-là le faisoient enrager depuis trois jours à force de demander leurs réponses. Il y avoit bien chez l’Emir un vieux, Secretaire, natif de Damas , qui sçavoit fort bien les Langues Orientales , & qui autrefois avoir peint merveilleusement bien toute sorte d'écritures; mais il trembloit si fort de la tête & des mains, qu'à peine pouvoit-il tenir la plume, & il ne servoir plus que de Truchement aux Turcs qui ne sçavoient point l'Arabe;ainfi

il ne pouvoit être à l'Emir d'aucun secours : d'ailleurs toutes les affaires de ses Sujets étoient arrêtées à un point que rien ne s'avançoit ni au Camp, ni dans les villages', ne fçachant par qui faire écrire leurs Placets, & leurs Requêtes; comme l’Einir ne pouvoit pas aussi faire expedier Ordonnances; tout cela joint aux effers contraires de la Conserve de Berge, contribua fi fort à le mettre de méchante humeur , que c'étoit une pitié de le voir dans l'état où il fut reduit pendant quelques jours.

Ce Secretaire malade ne m'avoit pas paru des plus habiles en matiere d'écriture, aïant vû de les ouvrages quelques jours auparavant ; il n'avoit qu'un peu de routine., point d'Ortographe, & si ignorant pour tout le reste , que le même stile dont il se servoit pour écrire à un païsan , étoit emploié dans les Lettres que l'Emir écrivoit aux plus grands Seigneurs de l'Empire Ottoman ; c'étoit un style general

reites & G

done

qu'il mettoit à tout usage ; il faisoit pourtant fi bien valoir le talent,qu’il prenoit de toutes mains : les pauvres Arabes achetoient cherement deux ou trois lignes d'écriture,qu'il leur grifonnoit sur un petit morceau de papier, qu'il faisoit encore païer. Il n'y en avoit pas un dans le Gouvernement de l’Emir , qui ne desirât de le voir pendu , & qui ne lui donnâc mille maledictions 3 mais avec tout cela ils ne pouvoient fe paller de lui. On vint dire à l’Emir que son mal empiroit tous les jours, & qu'on ne pouvoit pas le transporter: il en étoit si fâché qu'il étoit continuellement chez les femmes , pour se délivrer des importunités dont on l'accabloit à tous momensi personne aussi n'auroit osé l'approcher.Je fis comme les autres , & je tâchai de m'en consoler avec les carresses & la bonne chere de la cousine Hyché. Cependant il me vint en pensée, que le peu de Ture & d'Arabe que je sçavois alors, ne me seroit peut- :

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