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être pas inutile, pour faire ma Cour я l'Emir. Le livre Turc intitulé Incha, qui eft une efpece de Formulaire pour écrire à toute forte de gens , felon leur rang, & leur dignité, & d'ailleurs ce que j'avois appris à Seyde du nommé Mehemet Cheleby Cherкes Ogli , un des Secretaires du Pacha , & le meilleur Ecrivain de toute la Syrie : tout cela , disje , m'avoit déja perfuadé, que je ferois auffi-bien une Lettre que le Secretaire de l'Emir: fon ignorance, & la neceffité ui pr eifoit ce pauvre Prince, me on nerent enfin aiTez de courage * pou r entreprendre de faire fa fonction.

Je priai Hyché de lui demander pour moi un moment d'audience en particulier, il me l'accorda d'abord , & il m'envoïa querir au même inftant. Je lui dis fans rien affecter , que j'avois fçu que fon Secretaire étoit malade, & que beaucoup d e gens attendoient aprés lui, que s'il me croïoic aiTez fidelle pour me confier fes Lettres, je me fenrois aflez fort pour y faire une réponfe , dont il feroit peut-être content. Il m'avoua alors que c'étoit la feule caufe de fon chagrin » mais que comme il lui étoit difficile de comprendre qu'un Franc pût écrire ni en Turc ni en Arabe , il ne pou voit qu'accepter ma bonne volonté d'auffi bon coeur qu'il me confieroit fes penféesles plus fecretes , fi par quelque bonheur extraordinaire je venois à executer l'offre que je lui faifois.

Comme je vis que l'Emir ne rebutoit pas l'intention que j'avois de le foulager, je pria une plume dans fon écritoire , SC j'écrivis devant lui quelques lignes en Turc & en Arabe, que ce Prince lut, & trouvafort à Ion gré : je le priay de me donner une Lettre que le Pacha de Damas lui avoit écrite , & je lui en demandai la réponfe , que j'écrivis d'abord en François fur un morceau de papier » je la mis enfuite en Turc dans le ffcyle ordinaire, j'allai la montrer au vieux Secretaire, que l'Emir conlideroic beaucoup » il la trouva bien , & vint avec moi pour la faire voir à l'Emir ; ce Prince ne fçavoit point trop la Langue Turque; mais il admira le ftyle , & les termes dont la Lettre étoit compofée , lorfque le vieux Secretaire lui en eut expliqué le contenu :j'avois fait un chiffre de fon nom, & de íes titres , où toutes les lettres étoient entrelacées avec art; je le mettois en chef, ou au bas des Lettres, felon la qua'lité de celui à qui il écrivoit, avec desqueiies, ou des traits de plume tirés d'un côté & d'autre pour lui donner, à la maniere des Orientaux , quelque marque de grandeur.

Le Secretaire ordinaire, qui ne fçavoit point écrire en Turc, écrivoit en Arabe indifferemment à tonte forte de perfonnes, il lui falloit tout un jour pour faire le brouillon d'une Lettre ,l'Emir en mettoit autant pour la corriger, & ce qu'il lui falloit de temps encore pour la mettre au net , traînoit toutes les affaires dans une longueur prodigieufe j de forte que ce Prince fe voïant fervi fi promptcment3& confiderant la maniere dont je faifois fes Lettres, en grand papier, d'un caractere qu'il n'étoit pas accoutumé de voir, & avec des magnificences qui lui étoient jufqu'alors inconnues, il nageoit dans la joïe , fon chagrin fut diffipé , & il revint dés le même jour à ion humeur ordinaire.

Je priai l'Emir de me donner les autres Lettres, avec un memoire de ce qu'il falloit répondre à chacune , & je lui promis d'achever fes dépêches pour le lendemain au foir, à quoy je ne manquai point j car aïant commencé à y travailler dés la pointe du jour, tout fut prêt à midy, que j'allai lui porter mes expeditions à fa Tente d'Audience: tandis qu'il felesfaifoit lire, je les accommodois dans de petits facs de tafetas de diverfcs couleurs , ce qu'il n'avoic pas accoutumé de fai- 1 re j & lorfque tout fut en état, il fit venir les Envoïes l'un aprés l'autre, leur, donna leurs dépêches , & leur laiffala liberté de s'en aller quand ils voudroient, ce qu'ils firent tous avec joye.

On apprit enfuite que le Secretaire étoit mortice Prince n'en futpas beaucoup fâché, voïant que je pouvois faire fa fonction, en attendant qu'il en eût un autre , & que je ne cherchois qu'à l'obliger.

L'Emir faifoit valoir les petits fervicesque je lui rendois dans cette occafion, & il me prônoit par tout comme le meilleur Ecrivain qui fut au monde : je n'aurois pas pafle pour tel parmi des gens plus fçavans & plus delicats i mais j'étois avec des Arabes du defert, naturellement fort ignorans j &c ce que je faifois , quoique tres-mediocre, étoit encore aiTez bon pour des Bedouins , fans façon, & fans politefle.

Le lendemain comme je déjeu

nois)

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