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nois, une troupe d'Arabes & de Villageois Sujets de l’Emir ; vinrent m'assieger dans ma Tente, crians tous à la fois, Seigneur, Sei. gnenr , jettez vos regards sur nous , pauvres gens , par votre vie ; par votre barbe benite , que Dieu veisille conserver, asistez-nous dans nos befoins : ils entroient én foule,chacun vouloit être le premier à conter son affaire ; l'un vouloit me baiser. la main, l'autre la robe, ignorant la plûpart que j'étois Chrécien. Ils faisoient un bruit étrange, & s'interrompoient l'un l'autre, d'une maniere à ne pouvoir comprendre ce qu'ils demandoïent. Je leur fis un ligne de la main pour leur imposer silence , & je leur dis de parjer l'un aprés l'aute.

Un vieillard qui étoit plus avancé vers moy, me dit, Seigneur, il y a tantôt quinze jours que nous sommes aprés l’Emir pour avoir des ordonnances, nous perdons tout notre tems à aller & venir, nos affaires ne se font point , parce que

le Secretaire , à qui Dieu ne fasse jamais misericorde, étoit malade, & il est mort presentement : i ous vous demandons la grace de nous écrire deux lignes à chacun , afin que nous ne loïons pas plus longtemps dans cette misere."

Je consentis à ce qu'ils vouloient, à condition qu'ils n'entreroient que l'un aprés l'autre : ils sortirent d'abord, & s'assirent tous en rond, autour de ma Tente, & à mesure que l'un étoit sorti, il en entroit un autre, avec un petit morceau de papier, car chacun d'eux en avoit apporté grand comme une carte à jouer : j'ecrivois dessus l'ordonnance de l’Emir, comme si la demande étoit accordée, parce qu'en ce cas le Prince y imprime son cacher , ou il la rend déchirée à celuy qui la luy presente, lors qu'il a

refusé la chose demandée ; en voi» cy à peu prés la formule. Nous or„donnons à coy Abou Mehemed, qui „es le Cheik' d'un tel village , de „donner à Muft.ifa , porteur de la

presente , quatre charges de blé ou « d'orge &c. que nous luy avons accorde : tu n'y feras donc faute, ci finon tu fçais. Ce billet eft fans a date, il y a seulement au dessous le Parafe de l'Emir, ou son chiffre, comme j'ay dit, qui ne signifie autre chose que ces mots. Le pauvre , l'abject , Mehemed, fils de Turabeye..

J'emploïai toute la matinée à me debarasser de ces gens-là, qui me fatiguoient plus par leurs remercîmens, & par leurs céremonies, que je ne l'avois été de plus de cins quante ordonnances que je leur écrivis ; il n'y avoit rien de si aisé pour moy, que de leur donner ce contentement; ils furent tous si heureux qu'aucun d'eux ne fût refusé ce jour là, & ils s'en retournerent en me donnant des benedictions & des louanges sans nombre.

Je paffai environ un mois dans cer exercice : je voïois venir tous les matipsune quantité de ces pauvres gens avec un morceau de pàpier dans une main, & un present

dans l'autre, pour avoir deux ou trois lignes d'écriture , que je leur donnois sur le champ. L'un m’apportoit du Tabac, 1 autre un peu de Café, d'autres un mouchoir, un Agneau, du fromage, du miel, & du fruit, chacun lelon son pouvoir, & selon le merite de la chose qu'ils vouloient obtenir du Prince: si j'avois reçu tout ce qu'ils m'apportoient; il y auroit eu de quoy te nir un marché abondant devano ma Tente : mes gens prenoient quelquefois, un peu de Tabac ou de fruit ; pour moyzje refusois generalement tout , leur faisavt cont noître que ce n'est pas la coûtying des François de servir leurs amis par interest, que je n'avois pas bea loin de ces choses-là, ny chez l'E4 mir, ny ailleurs, que je leur fais fois un present de mes droits par la consideration que j'avois pour leur Maître, & que je les servirois de bon cour; en tout ce que je pour rois faire pour leur satisfaction, C'est de cette maniere que je les

renyožois à tous momens; ils me quittoient en faisant retentir par leurs cris dans tout le Camp leurs remercîmens, & leurs prieres pour ma prosperité. Ils s'attroupoient ensuite', &f disoient tous ensem, ble : nous étions bien mal heu reux avec ce chien de Secretaire, nous n'avions pas assés de bien pour assouvir son avarice; s'ilavoit pù nous dévorer , il l'auroic fait; ce pourceau marchandoit avec nous un jour entier, pour avoir de luy ce que nous desirions, Dieu nous a fait une grace singuliere de nous délivrer de la tyrannie , & de nous enyoïer ce Franc à sa place ; on nous disoit que les gens de cette Nation étoient de mauvaise foi, des . voleurs & des Corsaires; nous voïons bien le contraire, & plût à Dieu que nous eussion's l'ame aussi blanche , & la conscience aulli nette qu'ils l'ont. I

On ne parloit plus que de cela dans l'étenduë du Gouyernement de l’Emir , & du refus que je fai

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