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avidité ne soit communément raffasiée que du faux, du ridicule, de l'incroyable répandus dans les contes, dont on amuse ce premier âge. Quel profit ne pourroicon pas faire de cette curiosité pour jetter dans ces jeunes esprits les femences du beau & de l'honnête; pour y graver, par la main du plaifir, des principes puisés dans cette religion toute divine , qui les reconnoît déja pour ses enfans ? Les fables de la Fontaine , qu'on leur met en main , font un excellent livre, sans doute. Mais l'expérience a dû nous apprendre, qu'elles sont au-dessus de leur portée , & que l'obligation qu'on leur impose de les imprimer dans leur mémoire ; sans les entendre, suffit quelquefois pour les dégoûter de les lire dans un âge plus formé, & plus capable d'en tirer quelque utilité. Ne feroit-il pas à desirer qu'une

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Cette inclination pour le récit n'est pas un privilége de l'enfance: elle nous accompagne pendant toute notre vie. Dans tous les états, l'art de raconter est un de nos aniu,

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même à la perfection de nos meurs, mérite une attention particuliere. Les défauts d'un ouvrage le rendent ordinairement stérile; & plus encore dans notre siécle, que dans tout autre. Souvent on y considere moins le sujet dont l'Auteur s'est occupé, que la maniere dont il est écrit.

On sçait assez quelle influence a sur les esprits, la maniere de raconter. L'art de présenter les faits d'un certain côté, d'affoiblir certaines circonstances & d'en fortifier d'autres , fans altérer essentiellement la vérité , enfin d'y insérer quelques courtes réflexions, fait voir aux lecteurs les objets revêtus des mêines couleurs sous lesquelles le préjugé ou l'entêtement les montre à l'écrivain lui-même. C'est ainsi que Rapin Thoiras (1) invec

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tive contre Laud, Archevêque de Cantorbéry, qui prêchoit l'Obéis sance paljive, sous le régne de Charles premier , & que l'Auteur du Dictionnaire Historique en fix yol. (1) se croit obligé d'excuser la résistance de S. Thomas, Archevêque de la même ville, aux entreprises de Henri II. Il est donc essentiel, même aux lecteurs, de ne pas ignorer les principes & les régles qui concourent à former un bon récit, soit pour éviter de semblables écueuils, lorsqu'ils sont obligés de raconter, soit pour ne point donner dans les piéges où conduit souvent la lecture. A l'aide de ces lumieres on découvre l'artifice, & l'on punit l’Auteur qui veut nous tromper , par le mépris qu'il mérite.

(1) Art. Thomas de Cantorbéry..

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