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sie , le restaurateur de la Religions un nouveau Maçhabée, un David: Les laïques le regardoient comme un Godefroy de-Bouillon , comme un Rolland , comme un Charles Martel. Tous parloient différemment, &: tous disoient au fond une mesme chose: Les Prélats, dit un Historien de ce tems-là ,. n'eussent pu êtred'acord s'il eût fallu choisir unEvesque, &c ils ne purent être partagez quand il fallut élire un Comte. '. Bertrand Archevesque d'Ambrun porta les vœux du Concile au Pàpe. G'éroit encore Innocent III. qui regardoit depuis long-tems Montfon comme fa créature;,'son ami> & le protecteur de son Siège. Le Saine Pontife répondit avec plaisir aux intentionsdu Concile, & il fit expédier un Bref du 2^ d'Avril ,dans lequel, aprés avoir témoigné" au Comte qu'il le recohnoît un véritable Soldat dè Jésus -christ , St úrí défenseur invincible de la Foy, qui a combattu pour l'Eglise avec un zélé désintéresse , uneame toujours droite, un courage infatigable, un sttecez qui a rempli la terre de fbn nora, il le prie de fournir glorieusement le reste de

■£i carrière, &: il lui recommande err particulier la Comté de Toulouse, dont par provision il lui abandonnoil les revenus , jusqu'à ce que dans, le Concile gênerai, qui devoït se tenir à; Latran le premier de Novembre de la mesme année il pût , avec les Pères du Concile, juger de la manière dontr ils dévoient disposer des Conquêtes faites par les Croisez au nom de toute l'Eglise.

Un Bref si avantageux au Comte de Montfort n'étoit point encore arrivé dans le Languedoc , quand les Croisez y reçurent un honneur qui leur fut fort sensible. Ils virent venir au nombre des Pèlerins qui accouroient à leur secours- l'heritier présomptif de la'Couronne, Louis, qui fut le huitiemedecenom , & que ses belles qualitez faifoient1 égalemene aimer de Dieu & des hommes. Vainqueur des ennemis de l'Etat, il étoit encore plus maître de íui-mesme. Je donnerai en peu de mots une juste idée de ce Prince , si je dis que la gloire de fês actons & la sainteté de ses mœurs brille dans l'Histoire , quoi qu'il s'y rrouve placé entre Phïlipe-Auguste fdn Pere tk. Louis IX. son Fils,, dont, le premier a été un Conquerant fi heureux , & le fecond un Saint diftingué par fes vertus éminentes.

Louis avoir voulu venir au Languedoc il y avoit déja trois ans, 8c deux difficultez avoient rompu (pn voyage. J'ai parlé de la premiere, qui étoit la Ligue formée entre l'Empereur Othon 8c Jean Roy d'Angleterre, pour envahir la France : defû'm frivole , dans un tems où les François avoient Philipe-Augufte à leur tête. La feconde raifon avoit été la foiblefTc de la (anté de Louis, que Philipe fon pere avoit voulu ménager. Je ne fçai toutefois fi cette foiblefle avoit été pour lors un veritable empefchement, puisque la premiere difficulté ceflant par la Viitoire de Plilipe fur les Allcmans , 8c par celle de Louis fur les Anglois, rien n'empefcha plus le Prince de voler au Languedoc pour y éteindre l'herefie. Louis étoit fuivi des Evefques de Beauvais & de Carcaflbnne , du Comtede S. Pol, de Gaultier Comte de Ponthieu , de Robert Comte d'Uûz 8c d'Alençon, de Guifcard, de Beaujeu , de Mathieu de Montmorency , du Vicomte de Melun , 8c de

iriille autres qui tenoient à honneur «le marcher fous les auspices d'un Prince si sage & si heureux.-. • ■ - Le seul: Cardinal Renevenr étoit» embarrassé du voyage de Ldiiis, qui faifoit naître la joye, Fesperance Sc ra sécurité dans le cœur de tous les autres Catholiques : il aprehendòit que le Prince, soûrènu des droits du Roy íôn Pere, ne voulût disposer souverainement de la Comté de Toulouse , danr un jtems^òù Raymond ne pouvoit plus la poffedér; Pour arrêter cet acte de Souveraineté, le Cardinal disoitquc puisque leRoyn'avoic point détruit lui-mesme l'heresiedans le Languedoc , & que le Pape au contraire avoit de son consentement' formé une Croisade, dont les suites avoient été si avantageuses au Royaume de France & à la Religion , c'était à l'Eglise à disposer des Conquêtes que les Croisez avaient, faites, 8c à nommer pour cette fois celui à qui le Roy donneroit rinvestíture de la Comté de Toulouse , pour en jouir de la mefme manière & aux mesmes conditions qu'avoknt fait les autres Comtes de Toulouse. Mais on disoit eaFrance que quoi que le Roy n'eût pu faire la Guerre en perfonne dans fe Languedoc , il ne perdoit rien de fes' droits : qu'il avoit follicité la publia cation de la Croifade ; qu'il avoir entretenu des Troupes contre lesAlbi^ geois , & fecouru Montrort de toutes manieres; que Raymond étoir déchu de fa Comté, ou ne l'étoir pas ; que s'il l'étoit j c'étoit au Roy'àfedonner quelqu'autre. Va (lai, s'il le jugeoit. à propos ; & que s'il ne l'étoit pas, l'E-t gli(e n avoit aucun prétexte pour en-' trer dans cette A fHire. if.:';.

Une telle opofition an roi t eu des fuites , fi la Cour de France & lr Cour de Rome ne fe fuflent trouvéesdans des conjonctures, où pleines d'eftime l'une pour l'autre , elles fe' tàtfbient un plaifir de iè prévenir mu-^ tuel lement. Le Saint Pers -, en .conference des follicitations de la France,: avoit donné- des foins- lî continuels' aux Guerres de Languedoc , & le Royne trouvoit pas mauvais que la Cour de Rome fe donnât l'autorité demettre Touloufeen déport dans les mains du Comte de Montfort. Louis de fon côté fçut fi bien fe ménager avec le Legat, & fe faire demander .par ce Miniftre l'execution des chofes

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