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irreprochable. On ne le considéra plus ni comme un Apostat , ni comme un homme dont la doctrine avoit été suspecte. Alphonse , Comte de Toulouse le regarda comme un Saint, & lui donna la confiance. L'heretique alors exempt de la crainte qui le fetenoit auparavant, joignit an rare talent qu'il avoit pour la Chaire un air d'Apôtre fi capable d'imposer, que S. Bernard avoue lui-même qu'il n'étoit pas surprenant qu'on y fût trompé , & de là vint qu'en peu

d'années on vid un renversement general dans la Religion , sans qu'on se fût presque aperçû des ressorts qu'on avoit fait jouer pour le causer.

Le Pape Eugene III. ne fut pas plûAnn. de-tôt informé de la révolution qui se Cift. faisoit à Toulouse, qu'il y envoya

le Cardinal Alberic, Evêque d'Ostie, avec ordre de prendre la route par Clairvaux pour

consulter avant toutes choses l'Oracle & le Taumaturge de fon fiecle le fameux Bernard. Le

génie de ce faint Abbé lui fournissoit plus de lumiere que l'étude & l’experience n'en donne aux autres hommes. Le peuple , les Prélars, les Princes l'obligeoient malgré lui d'être leur

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conseil & leur arbitre ; & ce qu'il y a de plus étonnant, c'est que ni la grandeur des occupations dont les Papes & les Rois le chargeoient, ni les marques de la plus extraordinaire confidération qu'il recevoit par tout , ni la guerre qu'il eut à soûtenir contre les hérétiques de son tems , n'altererent jamais en rien le recueillement profond & l'humilité de cet admira: ble solitaire,

Aufli-tôt que l'Abbé de Clairvaux eut'apris du Cardinal le sujet de son voyage ,

il concerra avec lui toute l'entreprise , & il écrivit cependant en ces termes au Comte de Toulouse Quel defordre , Seigneur, l'hérétit . que Henry n'a-t'il pas causé dans l’E ? : glife : Ce loup ravissant contrefait la «s. brebis dans vos Etats : mais aprenez à " le connoître par les effets que ses prédications produisent. On ne voit plus ! personne dans les Eglises du Langué-!? doc, on n'a plus de respect pour les " puissances Ecclesiastiques, on raille's des Sacremens , on meurt fans peni- " tence, on ne baptise plus les enfans ; " l'auteur d'un si grand mal peut-il être « Letun homme de Dieu ? Non certes', &". cependant on l'écoute. Ce faux Doc-Bern.

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5, teur a fçû perfuader que nos peres fe

font trompez ; que nous vivons tous

dans les tenebres ; que la mort de » JESUS-CHRIST n'einpêchera pas la

more des Chrétiens , & qu'il n'y aura

de fauvez que ceux qui embrassent l'a », nouvelle doctrine, Voila ce qui m'o

blige à me mettre en voyage malgré j, mes grandes infirmitez; je parts poar

le pais où ce monftre fait le plus de » favage, & où personne ne fui refifte.

Çar quoi que son impieté loit connue

dans la plupart des Villes du Royaur», me ; il trouve auprés de vous un azite

où fans crainte & à l'abri de vôtre
» protection il déchire le troupeau de
3; JESUS-CHRIST. Je l'avoue toute--.
3 fois, il n'est pas étonnant que ce fer-
s, pent vous ait trompé , puis qu'il a les

dehors de la vertu ; commencez à le
connoître. C'est un Apoftat , qui a
fecoué le joug des Superieurs de fon

Ordre; il a d'abord demandé l'aumô»; ne, & il a prêché ensuite pour avoir

dequoi vivre. Ce que les rétributions

lui pouvoient fournir au delà du ne», ceffaire, il le dépenfoit au jeu., ou à », des plaisirs plus criminels , courant »s pendant le jour aprés l'aplaudiffement », des Auditeurs, & passant la nuit chez

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les Courtisanes. Informez-vous des e
raisons qui l'ont contraint de quitter
Poitiers & Bordeaux, & vous apron-
drez qu'il n'ose y retourner , parce
qu'il y a laissé des marques trop hon-"
teuses de fon libertinage. Vous espe-
riez , Seigneur , qu'un tel arbre pro-
duiroit de bon fruit , & il n'en est for-
ti qu'une corruption capable d'infec-.-
ter vos Provinces. Je ne vais point à ce
Toulouse de mon propre mouve-"
ment , ce sont les ordres de l'Eglise “s
qui m'y envoyent pour arracher, s'il
est possible , la pernicieuse semence
tombée dans le champ du Seigneur,
Ce n'est pas moi qui l'arracherai , je
ne fuis rien, ce font les Prélats que “s.
j'ai l'honneur d'accompagner , &“
dont le plus confidérable est le Cardi- ro
nal Légat Alberic Evêque d'Oftie.

Le mal étoit encore plus grand qu'on ne le faisoit connoître à l'Abbé de Clairvaux , car les Albigeois qui ne sembloient attaquer que le culte exterieur de l'Eglise & les Sacremens cachoient dans un silence impenetra-ble des dogmes horribles. Ces impies, qu'on doit plûtôt nommer payens qu'hérériques , non seulement poloient, comme je l'ai déja dit, pour

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fondement de leur systéme, qu'il y avoit deux Dieux ; l'un infiniment bon , l'autre infiniment méchant : mais en dévelopant le premier article de leur extravagante doctrine, ils se', communiquoient: les uns aux autres comme des veritez certaines une infinité de blafphêmes & de folies capa- .. bles d'irriter contre leur fecte tout homme de bon sens.

Ils disoient que les Dieux n'avoient pas créé la matiere, & qu'elle étoit comme eux un être necessaire ; que le Dieu bon ayoit fait un monde invisible, & que le méchant avoit formé celui que nous voyons ; que chaque Dieu avoit les femmes & ses enfans; que

le diable étoit fils du Dieu mé

chant, & que JESUS-CHRIST étoit Luc de fils du Dieu bon. Tuy. Ils ajoûtoient que l'un de ces Dieux Reinier, ne pouvoit faire que du bien dans son

monde , & que l'autre ne pouvoit Evêques des Al- faire que du mal dans le fien; qu'ils bigeois

. avoient tous deux une égale puissance Pierre pour se former mutuellement des obde Vau- Itacles dans l'execution de leurs defCernay seins, & que par une necessité fatale Domi- qui suivoit de cette égalité de

pou. nicain. yoir, le bien & le mal étoient mélans

un des

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