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Comme on ne parle que peur Ce faire entendre, il eft donc une modulation au deflous de laquelle on ne peut jamais defeendre , parce qu'alors on parleroit M. Re. en pure perte. L'élever jufqu'au plus haut moad. ton, ce ne feroit plus .parler, mais crier. Ce feroit imiter ces Orateurs qui reirem'blent, felon Ciceron, à ces boiteux quï montent à cheval, parce qu'ils ne peuvent point aller à pied. Ils crient, parce qu'ils ne fçavent point parler. * La con.nonTance de la Mufique faifoit partie des exercices des jeunes Orateurs qui le dif- . pofbient à parler un jour dans le Senat Romain, ils la croyoieht néceflaire pour éviter cette monotonie, & connoître les ions & les inflexions dont la voix' eft fufceptible, & le rendre maîtres de lui faire prendre toutes' les modifications . •, propres à la nature de leur fujet. Quoique la voix ne fè régie point en tout par cet art, il faut néanmoins avoir un fen- p. G»chif«. 'timent naturel des tons. La monotonie eft dans l'ufage de la voix ce qu'eft le défaut de varièté dans le ftvle. Elle aflou- pit, & ne parvient guères a la perfuafion: le ton de déclamation ne l'évite guères; le ten de converfation la corrige.

* Acmè qnidcm & gra- ! nere, mufîci habitîls efl'e . vifïïmè loqui eft facile ;' v:detur. ijidorus Pdufiota, . piedicciitatcm «item te- ! /. 3. Efift.

V- tbs. . Difi-rimina quœ vox

Ne/bit, in obfcurum exiemo fub fine canorem
Degenerat pif rumquè. Mtlos non triftiusillo cfi,
Nec quo lucifugus fuga territat avia bubo,
Nec malt quajjat inersjuncos quo rana palu-

fins.

La voix doit donc être variée; mais

cette variation eft telative aux penfées,

& non pas précifément aux termes &

,3ux fyllabes. C'eft fur l'expreffion qu'elle

doit principalement rouler. La voix claire

& agréable cache en partie le vice de

Vantr la .l'uniflbn : naturellement mélodieufe elle

*•"' .plaît, mais elle ne fait fur le coeur aucune

de ces impreffions touchantes qu'operent

JEûrlui.ces inflexions qui expriment le (èn

timent. Ce font de belles cloches dont

le fon eft clair, doux & agréable; mais

M. De Fe- après tout, des cloches .qui ne fignifient

neton. Dia- rien, qui n'ont point de varièté, ni par

*V• .conféquent d'harmonie & d'éloquence.

Se fervir toujours de la même action

comme de la même mefure de voix,

c'eft agir en Médecin qui n'auroit qu'une

même formule de médecine pour tous

{es malades.

L'étendue de l'auditoire eft la mefure Etendue de de la voix. Il fuffit de l'élever d'un tpn Uvnix. Je converfation jufqu'à la portée de p. Gautift."!'auditeur le plus reculé. Il eft à fouhai- ter qu'elle foit afTez pleine, pour remplir le vaïfleau 'fans effort.

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Ménageant de ta voix la force & l'étendue ,
Fais que par tout fans peine elle {bit entendue. VdUeru

Confidérez le nombre de vos auditeurs, la grandeur ou la petitefle du lieu où vous parlez , & réglez enfuite votre voix. * Vous parlerez en vain, fi vous n'êtes point entendu. On ne demande point de vous la voix de Trachallus , cwi, felon Quintilien, fe faifoit entendre des quatre chambres affemblées dans la Bafilique Julienne. Polfedez-vous ce don naturel; ufez-en avec modération. Si les organes de la langue , du gofier, des poulmons font chez vous en rhauvat(è difpoiîtion, fi le bégayemtnt, ou une ihéutaition fréquente vous ôtent la clarté ;& la force de la voix, le public vous difpenfe de l'ennuyer : reirez dans le filence. Imitez Ifocrate, qui reconnoiffant que les qualités propres à la prononciation lui manquoient, fe contenta d'écrire dans fon cabinet ces harangues délicates & fleuries qu'il ne pouvoit produire de

vive voix.

Une obfervation qui n'efl: point à négliger, c'eft que le Prédicateur pour fe Faire entendre de tout un auditoire, doit •fe tenir le plus qu'il peut dans le point milieu de fa Chaire, fans voltiger de . côté & d'autre. Ces mouvemens qui rendent le (on incertain, le partagent & le diiïipent. Dans les grands vaifieaux, 8c . particuliérement quand la voix eft un peu foible, on doit, pour ainfi dire, Ce tenir attaché au pilier qui fait face à la Chaire: directement frapé par la voix, il en réfléchit les fons & les inflexions dans tout l'auditoire. .On fe fait ainfi entendre plus facilement, & on fatigue moins pendant une longue carriére. Cette remarque n'eft point à négliger, quand on eft un peu jaloux de fa famé comme du luccès.

* Sine pro menforâ aoditores. Vocis modam » aadieimum necciîius ipft definit. D. MafU,

j,# £ac, Siprxtereà bentclaufo Vingua palato ,

Nec fit (cabra rtimis, nec pinguior; eia age ,

vinces >
Scu tibi confultis replenda eft curïa verbis
Orantl caufas: rtgali fplendida luxu
AElorem feu feena , vel ahior exedra pofeit
Pontificumquc libros , & D'wûm arcana le-

gentem.
Quidquid erit ,fpondet curfus naturafecundos.

Si te autem venu cloqua meliori beatum
Vemofo invitat fuccedere gloria curru
Quo fuggefla pet as : populi expe fiante coron â ,
.Si jam pro foribus pennaios fama jugales
Sternit agens , crepitamque rota temone te-

duelo;
Ne Pkaetonteus mancat te deniqve cafus ,
Sifte y precor : pauca hxc , & qwis le demoror,
audit

Ante

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