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ïe l'ai entrepris pour la gloire de Dieu , le falut des ames, & pour l'utilité des jeunes Winiftres qui fe difpofent aux fondions de la Chaire. Qui fuis-je pour donner des leçons à ces Orateurs célebres que tout Paris admire, qu'il reconnoitra dans ces préceptes, eux que je relpeûe comme mes Maîtres* f^^^^^Ê

J'ai choili dans les bons Auteurs, qui «mt écrit fur cette matiere, ce qu'ils nous offrent de plus utile. Je les cite avec fidelite ; & un homme de lettres connoîtra toujours, fans que je l'en averrifie par des guillemets trop fréquents , où je commence à faire parler un Auteur , & où je m'arrête. Mon ftyle eft fi inférieur à celui de ces fçavans Ecrivains, qu'on ne peut s'y méprendre. En indiquant à la marge leurs noms & leurs ouvrages , je leur rends ce qu'ils m'ont prêté , & j'évite la qualite odieure de plagiaire. Je fuis decidé plutét à palier pour un geai, fi je le fuis, qu'à me coovrir des plumes du paon. L'exterieur du petit-maître & le ton du pédant font des ridicules egale• ment à éviter dans le pays des fciences, comme dans la fociété.

Les jeunes Prédicateurs trouveront ici dans un feul volume, les maximes & les régies des plus refpeftables Orateurs de tous les fiécles. Qu'ils les étudient avec foin, qu'ils s'y exercent dans le particulier , s'ils font jaloux de mériter la gloire que les premiers ont acquife. Erreur, que de s'imaginer , en recevant la million de fEvèque, recevoir par le même caradere l'éloquence de la Chaire. Qu'il y en a qui fe perdent pour trop fe hâter, qui étouffent des talens naturels par le defaut de la connoiffance des regies de l'Adion ; qui fe perdent par une adion contrainte, ou par une imitation feiiile 1 La plupart croient être Ora

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tecrs > dès qu'ils font Prêtres. Sans levure de-
l'Ecriture fainte & drs Peres , fans exercice?
la lecture des ouvrages badins & legers , Se
peut-être même des Romans , forme leur
goût, leur donne le brillant de la diction, i
qu'ils Soûtiennent par une action de théatre ,
qui degenere fouvent dans un comique qui
plaît a. l'homme, du monde, de qui fcandaliie
le Chretien-

Je connois des Lecteurs qui regardent l'art de conduire'la voix & le gefte, comme indigne de la (ainteté du miniftere que nous exerçons. Les uns ont un goût gothique, qu'ils ce peuvent aflTujettir aux véritables régies. Les autres ennemis de toute méthode qui demande de la reflexion , les croient inutiles ; ces hommes ne font point nes pour penfer. S. Chr-yfoitome dans fes livres du Sacerdoce a repondu a ces dévots bizarres & ignorans, qui condamnent tout ufage de l'éloquence comme de l'élocution. Quelques-uns fuperfHtieux dans leur piété regardent avec fcandale tout ce qui peut donner du plaifrr aux Cens, quoiqu'il (oit joint avec l'utilité del'ame. C'efl Coaiaic un fcandale de puhllanimite. Il eft des homme,s graves , fçavans, refpectables à tbus égards , qui difent qu'il ne convient point à des Miniftres qui ne doivent être occupés que de la gloire de Dieu, du falut des peuples, d« s'amufer à compofer leur voix & leurs gelres $ que de prétendre perfuader la verité par les graces de la prononciation , c'efl faire dependre k Religion toute Spirituelle des chofes fenfiblesi que ces regies ne conviennent qu'au théâtre; que les Apôtres vpour les avoir ignorees, n'en ont point eu un fucecs moins glorieux. On a fi fouvent répondu à ces objections, qu'il (eroit inutile de m'y arrêter. L'homme cil un corrn

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Et>(è r ce n"'eft que par les fens que l'a vérité ; prefente à l'elprit, & pénetre jufqu'au cœur; & comme les maximes de la Religion font contraires à lès inclinations qu'elles combatent, il ne les écoute, ilneles goûte qu'autant que l'on fçait les lui préfenter d'une manièrequi plaife à fon elprir, & qui les lui fafle aimer» Les vérités de la Loi font pour l'ame commeles médecines à l'égard du" corps r il faut accorder quelque chofe à la foiblefle du malade r en dcguifer l'amertume fous une douceur extérieure & apparente.

Djfie que les Apôtres n'ont jamais parle avec art,c'ett avancer ce qu'on ignore, pour ne rien dire de plus. Que dis-je? Hft-ilpoflible de l'ignorer, quand on eft un peu familier avec leurs Ecrits-? Dire qu'ils n'ont point appris par principes cette aûion que nous recommandons ici, qu'ils n'ont point étudiè de méthode , j'y" confens ; mais dans l'inftant même qu'ils reçurent le don des langues, ils reçurent auflî la manière de parler, ceft-à-dire fa force & les agrémens propres à chaque langue dans laquelle ils devoient in(truire les differents peuples. Quel feu ! quelle véhemence !quelle douceur !quel fublimeUans leurs Ecrits ! Pouvoienrils donc les prononcer fans ornement & fan» aétion > qualités extéritures qui coulent néceffairement de leurdietion. Jacques & Jean les enfans du tonnerre, parloient-Hs avec une voix foible, (ans la véhémence & la force que préfente cet augofte nom î Un S. Paul qui répandoit tant de larmes dans fes exhortations t pleuroit-il d'un air froid &infenfible ? Devenus Apôtres par un miracle , animés par la vertu de l'Ffprit faint, ces premiers doéteursont été inftruits par le Seigneur de toutes les fciences^ Ils. reçurent l'éloquence comme l'efgrit de leuî

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aiiniftere, par infufion. Dieu qui devoir ce: prodige à l'Univers pour manifefter fa divinité 5ar la foiblefle apparente de fes Miniftres , ne e doit plus à leurs fuccefleurs. La Religion établie n'a plus befoin de miracles. Nous ne Maillons ni éloquents , ni Aporr.es. Nous acquérons le preoaier titre par l'étude , & la Religion nous communique l'autre par le caracïere.. Quand on dit prêcher en Apôtre, pour dire prêcher avec une groffiére (implicite comme on l'entend communément , c'eft parler enignorant, & manquer de refpeâ à la Religiondont ils font les hérauts. Les Apôtres cfar éte plus éloquents , plus doctes , & plus prédicateurs que tous les Peres & tous les Prédicateurs de tous les ficeles. Quand on cherchera avec des yeux d'une éloquence profane ces avantages dans leurs Ecrits , on ne les y trouvera jamais. Nos Difcours, dît S. Paul, ne fontpoint ceux de la prudence & de la fogejfe du fiècle. Ils ne nous onrlaifTé dans leurs Ouvrages que ce qui devoir fervir à l'interaction & à. rétabliflement de la Foi. Mais que d'excellents, de pathétiques, de fublimes Difcours qu'ils nenous ont- point tranfmis , & qu'Hs débitoient chez les peuples les plus barbares comme cliez^ les plus polis ! Dans Athènes , au milieu dél'Aréopage, eût-on écoute avec plaifir le Docteur des nations, fi par les agrémens Se las force d'une action exterieure jointe au fublime de fes paroles, il n'eût point fçû captiver l'attention d'un peuple Orateur , en traitant ces myfteres qui devoient révolter une République fi fçavante & fi fuperftitieufe?

Ajoûtez, qu'une belle prononciation, qu'une aftion éloquente, font des dons , qui quoique naturels, defeendent de l'Auteur de tout don; Si loin de condamner celui qui s'en 1ère pour

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