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Quand votre bouche enfin faifant fortir fa

voix, D'un ton de Précurfeur feroit trembler les

Rois,
( Ne prenez point ceci fur le pied d'hyperbo-

le: )
Si l'on voyoit toujours de parole en parole
Sur le pivot du cou votre tête tourner,
Ces trois talenscju'en vous je viens d'imagi-
ner ,
Cette voix fi terrible au plus fier auditoire ,
Ces yeux où Dieu feroit un effai de fa gloire ,
Ce front fcellé du fceau de la Divinité,
Tout cela n'auroit plus qu'une vaine beauté.
Il ne faut pas aufli, gravites Efpagnoles ,
Qu'une tête. immobile énerve vos paroles.
On a de l'air d'un fat , quand on eft trop

Caton.
Que ceux qui dans leur fein enfoncent leur

menton,
Ne mettent plus ainfi leur con à la torture;
L'art ne permet jamais de forcer la nature.
Pour ceux de qui la tête affecte un air pen-
ché.
Tartufe eût fait camme eux , s'il eût jamais

prêché.
Mais vous de qui les mains & la tête branlante
Forcent chaque fyllabe à devenir tremblante,
Vous deviez autrefois avoir été choiûs
Pour faire les trembleurs a l'opéra d'I/îs.

ï. Luc. $* quando , magnâ populi [peflante coronâ ,

Verba. facis ; fit prima caput compontre cura.
Nepronum in terrain & devexo pondère prejfum
Pendeat, atque pedes dejeclo lumine figat.
Ardua ne cervix , colloque ereila repando ,
Sublimes auras & cœlifidera femper
Sufpiciat ; veluti numerata recenjiat Acier

Vgna

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fois plus efficacement que le Difcours le plus éloquent. Il prévient en faveur ou contre l'Orateur, félon la premiére impreffion que l'auditeur en reçoit. Heureux celui qui a une phyfionomie noble & fpirituelle; il a déja obtenu une partie du fuccès qu'il peut attendre. Image de refprit & du cœur, le vifage peint en grand toutes leurs paffions. Il eft comme une toile fur laquelle la nature exprime les fentimens de l'ame ( a ).

Un vifage qui a un air de probité, & qui porte le caractere de la pudeur Se de la modeftie inferit fur le front, nous concilie le refpeit & l'attention ( b ). L'Orateur intelligent l'accommode à toutes les afrèctions qu'il reflent & qu'il doit exprimer. Dans les panégyriques, les traits en font allez uniformes & conftans; alors il prend un air grand, plein d'une joie prudente & modérée. Dans les fujets triftes il paroît comme obfcurçi par la douleur; dans la repréhenfion des vices, ! il «ft -vif & animé , & comme en feu. Dans les myfteres, il eft noble, majeftueux. Toujours doux, affable & .«ranquile au commencement du Difcours,

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il ne s'anime que par degrés, loin d'imiter cette fougueufe impétuofité de ces hommes qui ne paroi fient jamais qu'avec un air menaçant & terrible, à qui l'on peut dire ce mot d'Horace : Deme fupercilio £^',1 ** nubem ; femblables à ces nuages ténébreux qui font fortir du même coup la foudre & la lumiére de leur fein enflammé. Tel étoit le Tribun Rullus que Ciceron raille fi finement (a). Il ne faut en Chaire ni un air trop févere, ni un fburcil trop philofophique (h). Un vifage trop Caton m'indifpofe. Je (çai que le Prédicateur a droit de me reprendre , de m'inftruire; mais je ne veux point qu'il me fafle fentir Ion autorité juiques dans fon air & dans Ces maniéres. C'eft à moi à Ravoir ce qu'il eft à mon égard, & non pas à lui à me le dire. Il peut avoir un vifage c*e Prophete, menaçant & rerrible, quand il invective contre le crime, qu'il s'éleve contre les profanations de la Loi; mais au milieu de cet air fulminant, il doit lui échaper de ces traits, qui en intimidant le pécheur, lui montrent l'efpérance du pardon, & lui infpirent, avec la crainte

( a ) Obfoletiore redira, corporeinculio&horrido, cipillaticrquàm antcàbarbaquc majore , ut oculis Si afpeûu dermntiare omnibus yim tsibunitiaja &

minitati Rcipubli'cœ videretur. Agr.

[ b ) Necf»stferat trificm & iinpcxamantiquiratem, Quintd.

des jugemens de Dieu , la confiance dans

fa misericorde.

V. lue. Proteus in varias folitus fe ventre formas

Dicitur i ut jubitbfieret, vel arnica luto fus
Ex hominis facie, vel in altum prxpete pennâ
Ferretfe volucrem, vel pronâ raderet alvo
Anguis humum , aut qu&vis de fe miracula

rtrum
Fumumque, ardentemque rogum , fluviumque

liquentem
Fingeret t attpnitis diverfo è littore nymphis ,
Humida dum cogitpingues inpafcua phocas.
Scilicèt hxc olim primi cecinêre Poè.tœ,
Credula pofteritas dociles cantantibus aures
Addidit : ex Mo fecit fibi fabula nomen.
Et jam facrafidem potuit fancire vetuftas ,
Nec temeranda. At tantarum printordia rerum
Si mens nojfe tibi, & veris fecernere falfa i
Hiftorici quee. veridicis fcripfêre libellis
Accipe. Quem proprio dixerunt nomine Graii
Protea , mimus erat nul/» difcr'mine ad

omnes
'" F&rtunarum habitusfacilisjîbifingere vultum ,
Atque oculos : jugi lacrymas det currere rivo
Zelephe, velPeleu,veftrumfi nomen habeb.u:
Si perfona hilaris fortitb obvenerit, idem
Feflivos oculis afflet rutilantibus ignes;
Et diffuta joco qua funt tibi labra perenni ,
Democrite , induerit, Sed enim , quia faites

Atrides
Jmperio dignum celfa modb fumere norat
Frontefupercilium ; fervus modo fafllis UlyJJîs
Et tremere & nutum norat fpeRare jubentis
Lumine follicito : dittus nunc repere ferpens ,
Nunc ko terribili teftigia figere planta.
Et nunc diQus aqutejimilis , fiammaque qubd
omnes

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