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pofent un difcours méthodique, ont une telle union entr elles ,!que vous ne pouvez rien ôter ni ajoûter» fans que vous vous en apperceviez auffi-tôt. Une cornyofition exacte peut donc beaucoup. Car les chofes qui font bien écrites , guident la mémoire par leur enchaînement. Une profe bien lièe, bien coulante, s'apprend plus facilement que celle qui eft découfue & négligée.

Le grand art pour la mémoire & l'unique fecret, c'eft le travail & l'exercice. Beaucoup apprendre, beaucoup méditer tous les jours. L'exercice l'augmente & la fortifie, comme la négligence l'aflbiblit id. & la perd. Quelqu'âge que vous ayez,

fi vous voulez cultiver votre mémoire, il faut vous réfoudre à dévorer le dégoût & la peine de repafler fans cetïè ce que vous avez lû^ ce que vous avez écrit. Il en eft comme des viandes , qu'il faut mâcher & remâcher pour en rendre la digeftion plus aifée.

Pour rendre ce travail plus leger, il faut en commençant, fe propofer une tâche médiocre, èi choifir ce qui plaît davantage à l'efprit, l'augmenter chaque jour de quelques lignes pour fe dérober le fentiment de la peine par un progrès imperceptible. L'habitude nous rendra capables de plus grands efforts. On commencera par des poé.fies, on paflera enfuite à quelques endroits. tirés de nos Orateurs. On s'eflayera enfin fur d'antres qui font moins liès , moins nombreux, Se par-là plus éloignés du ftyle oratoire. Plus les chofes qui fervent à nous exercer font difficiles, plus celles en vue defquelles nous nous exerçons deviennent ailees. L'expérience nous montre que pour les perfonnes qui n'ont pas l'efprit extrêmement vif , les idées les plus fraîches ne font pas celles qui fe retiennent le mieux. Il eft étonnant combien une nuit d'intervalle affermit ces mêmes idées j foit que la mémoire fe repofe durant ce temps-là, foit qu'elle acquiére un degré de maturité Se de perfection qui lui manquoit, foit enfin quelle confifte pour la plus grande partie dans la reminifeence. Ces idées qui nous échapoient d'abord, fe trouvent arrangées & le préfentent .d'elles-mêmes le lendemain.

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Ceux qui ont l'efprit fort vif, apprennent aifément 8c oublient ordinairement de même. Vous diriez que leur mémoire contente de les avoir fervi fur le champ, fe tient quitte envers eux; & comme u elle ne leur devoit rien davantage, elle prend.congé d'eux Se les abandonne. Il n'eft pas plus furprenant que ce qui nous a coûté à apprendre & qui n'eft entré qu'à

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force dans notre efprit , s'y imprime au flî plus avant & y demeure plus longtemps.

On peut demander à Foccafion de cette diverfité d'efprits , fi un Orateut qui doit parler en public, doit apprendre mot pour mot ce qu'il a écrit, ou s'il fufEt qu'il poflede la fubftance 8c l'ordre des chofes. On peut décider cette queftion par une réponfe générale. Car n j'ai la mémoire aflez bonne pour cela , & que ie temps ne me manque pas, je veux que rien ne m'échappe de ce que j'aurai ii, écrit, pas même une fyllabe; autrement

il feroit inutile d'écrire, H faut même dès nos premiéres années aflTijettir notre mémoire, par le moyen de l'exercice , à ne point fuir la peine; à éviter par-là d'écouter une certaine parefle, qui fait qu'on fe contente de fçavoir les chofes à demi.

Je ne puis foufrrir qu'on ait befoin de fouffleur, & que l'on regarde dans fon papier en récitant. Cette mauvaife coûtume autorife la négligence. On s'imagine fçavoir furKfamment fon Difcours, quand on compte pour rien de manquer. Comme on ne le poflede pas parfaitement, l'action en fouffre; on n'a point ce feu , cette rapidité que l'auditeur attend:on '''*&•-heure, on cherche, on paroît étudier fa piéce, & la réciter. Ainfi les chofes les mieux écrites perdent leurs graces , par cette raifon-là même qu'entes cherchant', on donne trop à connoîrre qu'elles fone écrites. Une mémoire qui ne chancelle point , pafle pour vivacité , prélènee d'efprit. Il femble qu'un Orateur parle fur le champ, quand il eft bien maître de ce qu'il dit; & fon Difcours, quelque médité qu'il foit, acquiert un air de facilité qui eft infiniment avantageux pour l'auditeur, comme pour lui. Un auditeur qui peut croire qu'un Difcours n'eu: nullement étudiè , loin d'être fait pour Te furprendre , l'admire davantage & s'en méfie moins. Cela eft fi vrai, qu'une des principales- attentions que ^Orateur doit avoir, c'eft de prononcer de maniére que fou Difcours ne paroi (Te pas avoir rien de médité \ de s'énoncer même en certains endroits, comme fi les ehofes qu'il dit n'avoient point de liaifon , quoïqu'en eftet elles en ayent, & de paroître chercher quelquefois ce qu'il fçair Te mieux, ce qu'il a le plus préfent à l'efprit. Il n'y a- donc perfonne qui ne voye qu'il eft mieux d'apprendre par cœur mot pour mot ce que l'on doit réciter.

Mais fi la mémoire fe refufe abfolusment, ou que le temps nous manque , il; eft inutile de fe rendre efclavedes mots «.

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