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sont toujours hors d'eux-mêmes dans les objets de leur ambition , ou de leurs amusemens. Hélas ! comment entendroient-ils les vérités célestes ; puisque les vérités même terrestres, comme dit JESUS - CHRIST, ne peuvent se faire sentir à eux : ils ne peuvent concevoir ce que c'est que de rentrer en loi , par de sérieuses réflexions. Que diroient - ils , si on leur proposoit d'en sortir pour le perdre en Dieu ?

Pour moi , mon Créateur, les yeux fermés à tous les objets extérieurs qui ne sont que vanité,& qu’affliction d'efprit; je veux trouver dans le plus profond de mon cæur une intime familiarité avec vous , par JESUS-CHRIST votre Fils, qui est votre sagesse , & votre raison éternelle devenuë un enfant; pour rabaisser par son enfance', & par la folie de la Croix, notre vaine & fausse sagesse. C'est - là que je veux , quoi qu'il ın'en coûte , malgré mes prévožances excellives & mes réféxions inquietres, devenir petit , insensé , encore plus méprisable à mes propres yeux, qu'à ceux de tous les faux fages. C'est-là que je veux in’enyvrer du saint Esprit , comme les Apôtres , & consentir comme eux d'être le jouet

du monde. Mais qui suis-je pour penser ces choses ? Ce n'est pas moi vile & fragile créature , ame de bouc & de péché. C'est vous, ô JE s U s, vérité éternelle , qui les pensez en moi, & qui les accomplissez ; pour faire mieux triompher votre grace sur un plus digne instrument.

O Dieu, on ne vous connoît point, on ne sçait qui vous êtes , la lumiere luit au milieu des tenebres, & les ténebres ne peuvent la comprendre. C'est par vous qu'on vit , qu'on pense , qu'on goûte les plaisirs, & on oublie celui par qui on fait toutes ces choses. On ne voit rien que par vous , lumiere universelle, Soleil des ames, qui luisez encore plus clairement que celui des corps, & ne voyant

rien

que par vous, on ne vous voit point. C'est vous qui donnez tout, aux aftres leur lumiere, aux fontaines leurs eaux & leurs cours; à la terre ses plantes , aux fruits leur faveur , aux fleurs leurs parfums, à toute la nature la richesse & sa beauté; aux hommes la santé , la raison, la vertu. Vous donnez tout, vous faites tout, vous réglez tout : je ne vois que vous , tout le reste disparoît comme une ombre aux yeux de celui qui vous

à vû une fois, & le monde ne vous voit point. Mais hélas! celui qui ne vous voit point, n'a jamais rien vû ; il a palsé la vie dans Pillusion d'un songe ; il est comme s'il n'étoit pas , plus malheureux encore, car il eût mieux valu pour lui , comme je l'aprend de votre parole , qu'il ne fût jamais né.

Pour moi, mon Dieu , je vous trouve par tout au - dedans de moi-même. C'est vous qui faites tout ce que je fais de bien. J'ai senti mille fois que je ne pouvois par moi-même ni vaincre mon humeur, ni détruire mes habitudes, ni modérer mon orgueil, ni suivre ma raison, ni continuer le bien que j'avois une fois voulu. C'est vous qui donnez. certe volonté, qui la conservez pure'; sans vous je ne suis qu'un roseau agité par

le moindre vent. Vous m'avez donné le courage , la droiture , & tous les bons sentimens que j'ai. Vous m'avez: formé un cæur nouveau, qui désire votre justice, & qui est altéré de votre vérité érernelle. En me le. donnant vous ayez arraché le cæur du vieil homme , pétri de bouë & de corruption; jaloux, vain., ambitieux., inquiet, injuste, ardent pour les plaisirs. A quel le misere étois - je livre! Hélas , l'au.

B

rois-je jamais pủ croire , & espérer de me tourner ainsi vers vous, & de fe. coüer le joug de ma passion tyrannique!

Mais voici la merveille qui efface tout le reste : quel autre que vous pouvoit m'arracher à moi-même, tourner "toute ma haine , & mon mépris contre moi ? Ce n'est point moi qui ai fait cet ouvrage, car ce n'est point par soimême qu'on fort de foi. Il a donc fallu un foûtien étranger, sur lequel je pusse m'apuïer hors de mon propre cour, pour en condamner la misere. Il falloit que ce secours fût étranger, car je ne le pouvois trouver en moi lorfqu'il falloit combattre : mais il falloit aussi qu'il fût intime , pour arracher de moi les derniers replis de mon cour. C'est vous, Seigneur , qui portant votre lumiere dans le fond de mon ame impénétrable à toute autre , m'y avez montré toute ma laideur. Je sçai bien qu'en la voiant, je ne l'ai pas changée, & que je suis encore difforme à vos yeux. Je sçai bien que les miens ne peuvent découvrir toute ma difforinité, mais du moins j'en vois une partie, & que je voudrois découvrir le tout. Je me vois horrible ; mais l'espérance que j'ai en vous , me fait vivre en paix.

Car je ne veux ni flatter mes vices , .ni que mes vices me découragent. Je les vois donc, & je porte sans me troubler cet opprobre. Je suis pour vous contre moi, ô mon Dieu. Il n'y a que vous qui avez pû me diviser ainsi d'avec moi-même. Voilà ce que vous avez fait au dedans, & vous continuez chaque jour de le faire pour m'ôter tout le reste de ma vie maligne d’Adam , & pour achever la formation de l'homme nouveau : car c'est cette seconde création de l'homme nouveau qui se renouvelle de jour en jour.

Je me laisle, ô mon Dieu, dans vos mains. Tournez, retournez cette bouë. Donnez-lui une forme, brisez-la ensuite, elle est à vous, elle n'a rien à dire , il me suffit qu'elle serve à tous vos desseins, & que rien ne résiste à votre bon plaisir pour lequel je suis fait. Demandez , ordonnez , défendez. Que voulez - vous que je faffe, que voulez - vous que je ne false pas. Elevé, abaisse, confolé, souffrant, apliqué à vos euvres , inutile à tout, je vous adorerai toujours également, en sacrifiant toute volonté propre

à la vôtre. Il ne me reste qu'à dire en tout comme Marie , Qu'il me soit faia selon votre parole.

Bij

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