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milieu des travaux; mais il faut être à Dieu sans réserve.

Malheur à vous fi vous regardez en core l'homme dans l'euvre de Dieu ) Quand il s'agit de choisir un guide, il faut

compter tous les hommes presque pour rien. Le moindre respect humain fait tarir la grace, augmente les irrésolutions. On loufre beaucoup, &on dér plaît encore davantage à Dieu.

Ce qui nous oblige à aimer Dieu c'est qu'il nous a aimés le premier , & aimé d'un amour rendre comme un Pere, qui a pitié de ses enfans dont il connoît l'extrême fragilité, & la bouë dont il les a pêtris. Il nous a cherché dans nos propres voïes , qui font celles du péché. Il a couru comme un Palteur qui se fatigue pour retrouver fa brebis égarée. Il ne s'est de nous chercher ; mais après nous a voir trouvés, il s'est chargé de nous & de nos langıreurs. Il a été obéiffant jusqu'à la mort de la Croix. On peut dire de même qu'il nous a aimés jusqu'à la mort de la Croix, & que la mesure de son obéissance a été celle de son

pas contenté

amour.

Quand cet amour remplit bien une ane, elle goûte la paix de la conscien

ce, elle est contente & heureuse ; il ne lui faut ni grandeur, ni réputation , ni plaisir ; rien de tout ce que le tenis: emporte sans en laisser aucunes traces : elle ne veut que la volonté de Dieu , & elle veille inceflamment dans l'heureuse attente de son Epoux.

QU'IL NE FAUT JUGER: des vertus , ni des vices de foi on d'autrui selon le goût kumain.

N n'a point encore assez aprofonnéral, ni la sienne en particulier, quand on est encore surpris de la foiblefle & de la corruption des hommes. Si on n'attendoit aucun bien des hommes aucun mal ne nous étonneroit. Notre: étonnement vient donc du mécompte d'avoir compte sur l'humanité pour quelque chose , au lieu qu'elle n'est rien , & pis que rien. L'arbre ne doit: point surprendre , quand il porte

ses fruits. Mais on doit admirer Jesus. CHRIST, en qui nous sommes anrés, comme dit saint Paul', lorsque nous autres sauvageons, nous partons

en lui, à la place de nos fruits amers, les plus doux fruits de la vertu.

Délabusez-vous de toute vertu humaine, qui est empoisonnée de com

plaisance & de confiance en soi-même; Luc XVI. 15. Ce qui eft grand aux yeux des hommes , dit

le faint Esprit, est en abomination devant Dieu.C'est une idolâtrie intérieure dans tous les momens de la vie. Cette idolâtrie, quoique couverte de l'éclat des vertus , eft plus horrible que les meurtres. C'est elle qui les commet quand notre orgüeil est irrité.

Il n'y a qu'une seule maniere de bien juger , qui est, de juger coinme Dieumême. Devant Dieu les crimes inonstrueux commis par foiblesse, par emportement , ou par ignorance , font moins crimes que les vertus, qu'une ame pleine d'elle-même éxerce pour faporter tout à la

propre

excellence, comme à sa feule divinité : car c'est le renversement total de tout le deffein de Dieu dans la création.

Ceffons donc de juger des vertus, & des vices par notre goûr , que l'amour propre a rendu dépravé , & par nos fausses vûës de grandeur. Il n'y a de grand, que celui qui se fait bien petit devant Dieu , l'unique &

souveraine

souveraine grandeur. Voilà ce qui me fait tant désirer une piété de pure

foi, & de mort sans réserve , qui arrache l'ame à elle-même, à ses complaisances, sans espérance d'aucun retour, & qui l'aplique à contempler la grandeur de Dieu.

On trouve cette perfection trop hau . te & impraticable. Hé bien! qu'on retombe donc dans cet amour propre qui craint seulement Dieu,& qui va toujours tombant & se relevant jusqu'à la fin de la vie. Tandis qu'on s'aime, on ne peut être que plein de miseres. On fait meilleure nine que les autres, quand on est plus glorieux & plus délicat dans sa gloire ; mais ces dehors n'ont aucun véritable foûtient. C'est cette dévotion mélangée d'amour

propre, qui infecte toutes les vertus. C'est elle qui scandalise le monde , & que Dieu même vomit. Quand est-ce que nous la vomirons aussi , & que nous irons jusqu'à la source du mal

Quand on pousse la piété jusques-là les gens en sont éfraïés ; ils trouvent qu'elle va trop loin. Quand elle ne va point jusques-là, elle est molle, jalouse, délicate , intéressée. Peu de

gens ont assez de courage & de fidélité pour

R

se perdre en Dieu, & s'anéantir ellesmêmes ; par conséquent peu

de

per sonnes font à la piéré tout l'honneur qu'elles lui devroient faire.

Il y a des défauts de promptitude, & de fragilité que vous comprenez bien, qui ne sont pas incompatibles avec une piété fincere. Mais ne comprenez-vous pas aussi clairement, que d'autres défauts qui viennent de foiblesse , d'illufion, d'amour propre & d'habitude, pourvû qu'ils ne soient

pas

considérables, comparissent avec une véritable intention de plaire à Dieu. A la vérité cette intention n'est

pas
assez
pure,

ni assez forte ; mais quoique foible & imparfaite, elle est sincere dans son fond.

Je conclus que les gens de bien font pleins d'imperfections mélangées avec leur bonne volonté ; parce que leur volonté, quoique bonne , est encore foible , partagée, & retenue par

les fe. crets ressorts de la nature & de l'amour propre. Une trop grande ardeur contre les défauts d'autrui, eft même un grand défaut. Le dédain des miseres d'autrui, est une misere qui ne se con

assez elle-même. C'est une hauteur qui s'éleve au-dessus de la foiblesfe, & de la balfelle du genre humain,

noît pas

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