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au lieu que pour la voir bien, il faudra la voir de plein pied.

Mon Dieu ! quand n'aurons-nous plus rien à voir ni chez nous, ni chez les autres ? Dieu, tour bien; la créature, tout mal. Mais en connoissant à fond tout ce mal, il faut connoître aufli le bien que

Dieu y mêle. C'est ce mélange de bien & de mal qu'on a de la peine à se persuader. C'est le bon & le mauvais grain, que l'ennemi a mis en;femble. Les serviteurs veulent les séparer ; mais le Pere de famille s'écrie; laissez-les croître ensemble jusqu'au jour Matth. X!II de la moisson.

Le principal est de ne se point décourager à la vûë d'un fi triste spectacle, de travailler à se corriger , & de ne pousser pas la défiance trop loin. Dieu s'est réservé de vrais serviteurs; s'ils ne font pas tout, ils font beaucoup, par comparaison au reste du monde corrompu, & par raport à leur naturel. Ils reconnoillent leurs imperfections, ils s'en humilient , ils tes combattent. Ils s'en corrigent lentement à la vérité, mais enfin ils s'en corrigent ; ils loüent Dieu de ce qu'ils font, ils se condamnent de ce qu'ils

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ne font

pas.

Dieu s'en contente , con. tentez-vous-en.

Si vous trouvez, comme je le trouve, que Dieu devroit être mieux servi; aspirez donc sans borne , & sans mesure à ce culte de vérité, où Dieu seul -est tout à une ame, & où la créature regarde comme une vraïe infidélité, de ne pas sans cesle adorer la grandeur de Dieu, & le souverain domaine qu'il a sur elle.

Qui n'est plus à soi, est en Dieu; qui est encore à soi , n'est ni à Dieu , ni au prochain , qu'avec une mesure courte, & à proportion de l'atachement qui reste encore à soi-même. Que la paix, la vérité, la simplicité, la liberté, la foi, l'amnour fassent de vous un holocaufte parfait.

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SUR LA DOUCEUR

du joug de JESUS-CHRIST.

Matth.X!. 30.

M On joug eft doux, de mon fardeau

eft léger. Que le nom de joug ne nous éfraie point. Dieu donne par sa grace intérieure de vouloir & de faire ce qu'il commande. Il fait aimer son

joug ; il l'adoucit par le char-me intérieur de la justice & de la vérité. Il répand ses chastes délices sur les vertus, & dégoûte des faux plaisirs. Il soûtient l'homme contre lui-même; l'arrache à sa corruption, & le rend fort malgré la foibleffe. O homme de peu de foi, que craignez vous donc ? Laissez faire Dieu. Abandonnez-vous à lui. Vous soufrirez; mais vous soufrirez avec amour, paix & confolation. Vous combattrez; mais vous remporterez la victoire ; & Dieu lui-même, après avoir combattu avec vous, vous couronnera de sa

propre main. Vous pleurerez; mais vos larmes seront douces, & Dieu lui-même viendra avec complaisance les essuïer. Vous ne serez plus libre pour vous abandonner à vos pallions tyranniques; mais vous sacrifierez librement votre liberté, vous entrerez dans une liberté nouvelle & inconnuö au monde ; & vous ne ferez rien que par amour. De plus considérez quel est votre esclavage. Dans le monde que n'avez-vous point à soufrir, pour réprimer vos pallions, quand elles vont trop loin ; pour contenter

ausquelles vous voulez céder ; pour cacher vos peines ; pour sauver des aparences embarassantes & impor

tunes : Est-ce donc là çetre liberté

que vous aimez tant, & que vous avez tant de peine à sacrifier à Dieu. Où est-elle ? Montrez-la moi? Je ne vois par tout que gène, que servitude basse & indigne, que

nécessité déplorable de se déguiser. On se refuse à Dieu, qui ne nous veut que pour nous sauver. On se livre au monde , qui ne nous veut que pour nous tyranniser & pour nous perdre. O mon Dieu , préservez-moi de ce funeste esclavage. C'eft en vous qu'on est libre , c'est votre vérité qui nous délivrera; vous servir, c'est régner.

Mais quel aveuglement de craindre d'aller tropavant dans l'anour de Dieu ! Plongeons-nous-y. Plus on l'aime, plus on aime aussi tout ce qu'il nous fait faire. C'est cet amour qui nous console de nos pertes , qui nous adoucit nos croix, qui nous détache de tout ce qu'il est dangereux d'aimer , qui nous préserve de mille passions , quinous montre une miséricorde bienfaisante au travers de tous les maux que nous foufrons, qui nous découvre dans la mort même une gloire & une félicité éternelle. C'est cet amour qui change tous nos maux en bien. Comment pouvonsnous craindre de nous remplir trop de

celui

que nous aimons ? Est-ce un malheur d'être déchargé du joug pesant. du monde, & de porter le fardeau léger de JESUS-CHRIST? Craignonsnous d'être trop heureux , trop délivrés de nous-mêmes, des caprices de notre orgueil, de la violence de nos, passions , & de la tyrannie du siécle trompeur.

Que tardons - nous à nous jetter avec une pleine confiance entre les bras du Pere des miséricordes , & du Dieu de toute consolation ? Il nous aimera, nous l'aimerons. Son amour croissant chaque jour ,

nous tiendra. lieu de tout le reste. Il remplira lui seul tout notre cœur, que le monde avoit ennyvré, agité, troublé, sans le pouvoir jamais remplir. Il ne nous ôtera que ce qui nous rend malheureux. Il ne nous fera mépriser que le monde , que nous méprisons peut - être déja. Il ne nous fera faire que ce que nous faisons tous les jours. Les actions les plus simples & raisonnables que nous faisons mal , faute de les faire pour lui , il nous les fera faire bien, en nous inspirant de les faire pour lui obéir. Tout, jusques aux moindres actions d'une vie fimple & commune, se tournera en mé

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