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420 Explication des fruits du S.Esprits baisser

pour y entrer ; on n'y entre me: me qu'à force de prieres, & sous la conduite de certains guides préposés par

la Maitresse du jardin, qui s'apelle l'Eglise Catholique : Ce sont de vénérables vieillards qui ont long-tems culcivé ce jardin, qui en sçavent tous les détours ; & qui ont une connoissance parfaite des plantes & des fruits qu'il renferme. La vérité qui y préside , les instruit de tout. J'aperçûs un de ces guides qui me tendoit la main , s'ofrant de me faire voir ce lieu si charmant ; je reconnus bien-tôt à son éloquence & à la profonde connoissance qu'il avoit de tout ce que conteneit ce jardin, qu'il étoit cet ami de S. Paul, a qui on donne le nom de Chryfoftome.

Après m'avoir fait remarquer l'ordre & la cimetrie de ce vaste enclos, il me demanda fort obligeamment ce qui rn'en agréoit davantage. Je lui avouai que j'étois charmé de l'agréable émail des fleurs ; mais qu'étant demi mort de faim & de soif, & d'ailleurs fore infirme, j'avois bien besoin de quelques fruits. Que vous me faites de plaisų, me dit-il, en m'embrassant; cela me donnera lieu de vous faire

part

de mes lus nieres, car nous avons ordre.de con

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gédier promptement tous ceux qui ne viennent ici que pour se promener , & par curiosité. En achevant ces mots, il ciieillit plein sa main de fruits ; puis les aïant lui - même cassés ( car c'étoit des amandes ) il m'en présenta les noyaux. Je crus d'abord qu'il m'avoit trompé , tant je trouvois ces noyaux amers. Il s'en aperçut : & me regardant avec un soůris plein de bonté ; il me dit ; ce fruit est amer, n'est-ce pas ? il paroît tel à ceux qui n'ont pas acoûtumé d'en manger, mais vous serez bien-tôt contraint d'avoiier qu'il n'y a rien de plus délicieux. Il avoit raison; & à peine avois-je avallé ce qu'il m'avoit donné, que je retournai la têre pour regarder l'arbre d'où il les avoit pris; & je lui confesfai que je n'avois jamais rien mangé d'un goût si exquis. Je suis bien aise, dit mon vénérable vieillard , que vous preniez goût à nos fruits ; mais avançons. Vorez vous ce grand arbre, dont la câme touche au Ciel , & dont les branches pendent jusqu'en terre ? C'est cet arbre de vie dont tout le monde parle, & dont néanmoins on ne connoît point les fruits dans votre païs; nous apellons cet arbre la Charitë. Tous ces autres que vous

voïez en sont des rejettons : ils ont la même racine , & ils se nourrissent de

son suc; s'ils en étoient séparés , ils deviendroient stériles ; ou ils ne portesoient que des fruits sauvages d'un goût insipide & capable d'empoisonner.

Je compris bien qu'il entendoit parler de l'amour propre, des vertus humaines, & des bonnes actions faites par vanité. Je le priai de m'expliquer ses propriétés de tous ces diférens fruits qui pendoient au bel arbre de la Charité ; car je croïois y voir des grenades, des olives, des dattes, des poires de bon chrétien, des figues, des pommes de paradis , & une infinité d'autres, dont je ne sçai pas bien les noms.

Très-volontiers , répondit mon guide ; mais de quoi vous servira de sçavoir, ce que vous souhaitez d'apren. dre, si vous ne goûtez vous- même de tous ces fruits?

Il prit à même-tems une grande corbeille qu'il trouva sous l'arbre , & la remplit de tous les diférens fruits qui se trouvoient dans le jardin. Puis me les montrant du doigt l'un après l'autre; il me dit ; certe pomme d'or et le plus excelent de tous ces fruits ; ceux qui s'en nourrissent, perdent le goût de cou

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tes leurs afections, & tous leurs défirs ne tendent qu'à Dieu ; & ils n'aiment rien que par raport à cet unique objet de leur cøur. Cette orange chasse la mélancolie & la tristesse; Ion jus réjouir tellement le cœur ,.qu'au milieu des plus grandes douleurs, on conserve toujours un visage serein, parce que la vertu propre de.ce fruit est de chasser les mé chantes humeurs.

L'olive que vous voïez auprès, est excélente contre les convulsions & les inquiétudes : elle tempere si bien toutes les humeurs , qu'elle entretient l'ame dans une santé parfaite ; elle lui procure un sommeil tranquille, malgré le bruit & les troubles du dehors. Cette datte est le fruit du beau palmier que vous avez vû à l'entrée de ce jardin ; il forçifie tellement l'eftomac,qu'il digere aisément les viandes les plus indigeftes; il donne du courage ; il rend le corps robufte, & empêche l'ame de tomber dans l'abatement. Vous serez peut-être surpris de ce que nous apellons cet excéIent raisin, fruit de bénignité ; c'eft qu'outre qu'il est très agréable au goût, il est encore bon à toutes sortes de per sonnes, aux sains , aux malades. D'ailleurs, l'arbre qui le porte , se laisse plier

de
quei
côté qu'on veut,

soit qu'on le leve en haut , ou qu'on le laisse ramper à terre, son fruit ne perd rien de la douceur.

Vous connoiffez sans doute ces poires; mais vous ne les connoissez

que

de nom. Nous les apellons poires de bon chrétien. Ce fruit est rare chez vous, il Lommunique une fi grande bonté à tous ceux qui en vivent, qu'il ne songe qu'à faire plaisir à tout le monde. Ces grains odoriférans qui font comme une couronne, sont comme une espéce de poivre qui sert à conserver les autres fruits. Il les préserve des mouches de la. vanité, du ver de l'amour propre, & de tous les autres accidens. C'est

pour cela qu'on l'apelle fruit de persévérance. Nourrissez-vous en durant le che-, min qui vous reste , & vous arriverez à bon port.

La douceur de ces figues n'est point fade ; goûtez-en ; elles ont une vertu admirable pour tempérer la bile & chasser l'humeur âcre. De plus elles rendent la voix douce, & font oublier les injures.

Il paroît que ces prunes luisantes vous plaisent assez ; içavez-vous leur nom ? Je répondis que je l'ignorois comme ceux de tous les autres fruits,dont il n'a

voit

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