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Quelquefois le mal vient de ce que les puissances de l'ame sont en désordre ; & pour lors il faut attendre

que le Seigneur commande aux vents & à la mer de se calmer. Cela arrivera quand Dieu touché de votre état , jettera quelques regards de miséricorde sur votre intérieur , qui eft , ou qui paroît être en désordre.

Quelquefois les séchéresses viennent de' la révolte des passions. On croit que tout est perdu, parce qu'on sent en soi la semence du péché : & on soufre des mouvemens si vifs & fi continuels , de haine , de mépris, de désefpoir, & de semblables, qu'une pauvre ame se croit presque perduc sans reffource. Mais il faut animer son courage dans ces occafions , & fe foutenir dans une humble persévérance à tous fes devoirs, en attendant qu'un raion de lumiere diffipe ce cahos, qui d'ailleurs , étant une terrible épreuve à une ame, lui est auffi une occafion d'un grand mérite.

Les tentations nous viennent du côté du démon , afin qu'une ame doüée de l'esprit d'Oraison', ait à foufrir diférentes épreuves, & que rien ne manque au triomphe de la patience. Dieu

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l'éprouve par les sécheresses, le démon par les tentations , & le fonds même de notre misere est la source féconde de nos distractions. Quoique les tentations soient opiniâtres, ne les craignons pas trop; (i Dieu est

pour nous qui sera contre nous ? Elles sont de diférentes espéces. Quelquefois c'est vai ne gloire & une secrete présomption; tentation dangereuse qu'il faut craindre & soigneusement éviter , en demandant instamment au Seigneur qu'il ne nous laisse pas succomber à la tentation ; & nous souvenant bien, comme le veut saint Paul, que nous n'avons rien que nous n'aïons reçû, & qu'à tout moment on ne nous puisse ôter.

Quelquefois c'est une fausse crainte, & une vaine humilité, qui nous porte à nous regarder comme indignes des faveurs de l'Oraison, & à les refuser quand on nous les donne ; c'est par là qu'elle arrête une ame au milieu de sa course, & l'empêche de l'achever.

Il faut dans ces occafions comme oublier fon péché & fa foiblesse, pour ne nous occuper que de ce qui peut nourrir notre confiance ; il faut coinpter pour fausse cette trompeuse humilité, qui nous jette dans le trouble

que la vraie ne cause pas.

Il

Il arrive quelquefois encore que le démon nous donne du dégoût pour notre état , & nous porte à le vouloir changer ; ce qui pour l'ordinaire est une pure tentation, puisque ce n'est précisément ni le lieu, ni l'emploi , qui nous santifie ; mais la soumision à la volonté de Dieu, qui est le principe de toute sainteté. Enfin le dégoût de l'Oraison, qu'on regarde comme une occupation assez inutile, vient encore sur les rangs, pour éprouver une ame qui veut s'y donner. Mais hélas qu'il est honteux de traiter d'inutile un éxercice qui renferme tous les actes les plus excellens de la Religion ! Qu'on eft bien occupé, quand on ne pense qu'à Dieu ! Voilà ce que j'avois à vous dire sur l'Oraison de présence de Dieu.

SUR LA PRIERE

O

prie plus Dieu , dès qu'on cesse de goûter un certain plaisir dans la prie. re. Pour se détromper , il faudroit confidérer que la parfaite priere & l'amour de Dieu, font la même chose.

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La priere n'est donc pas une douce lumiere , ni le charme d'une imagination enflâmée, ni la lumiere de l'elprit, qui découvre facilement en Dieu des vérités sublimes ; ni même une certaine confolation dans la vûe de Dieu : toutes ces choses sont des dons extérieurs, sans lesquels l'amour peut sublister, d'autant plus purement , qu’: étant privé de toutes ces choses qui ne sont que des dons de Dieu, on s'attachera uniquement & immédiatement à lui.

Voilà l'amour de pure foi ; qui désole la nature , parce qu'il ne lui laisse aucun soûtien. Elle croit que tout est perdu ; & c'est par-là même que tout cft gagné.

L'amour de Dieu n'est que dans la seule volonté ; ainsi ce n'est point un amour de sentiment, car l'imagination n'y a point de part. C'est un amour qui aiine sans fentir, comme la

pure croit sans voir. Il ne faut pas craindre que cet amour soit imaginaire ; car rien ne l'est moins que la volonté détachée de toute imagination. Plus nos opéra. tions sont purement intellectuelles & fpirituelles; plus elles ont non seulement la réalité, mais la perfection que

foi

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Dieu demande. L'opération en est donc plus parfaite ; en même tems la foi s'y exerce , & l'humilité s'y conserve.

Alors l'amour est plus chaste ; car c'est Dieu en lui-même, & pour luimême. Ce n'est plus ce qu'il fait sentir , à quoi on s'attache. On le suit; mais ce n'est pas précisement à cause des pains multipliés.

Quoi, dira-t-on, toute la piété ne consistera-t-elle

que

dans une volonté de s’unir à Dieu, qui sera peut-être plutôt une pensée & une imagination, qu'une volonté éfective ?

Si cette volonté n'est soũrenuë pår la fidélité dans les principales occasions, je croirai qu'elle n'est pas vé ritable; car le bon arbre porte

de bons fruits ; & cette volonté doit rendre attentif, pour accomplir la volonté de Dieu ; mais elle est compatible en cette vie avec de petites fragilités que Dieu laisse à l'ame pour l'humilier. Si donc on n'éprouve que ces fragilités journalieres, il en faut tirer le fruit de l'humiliation sans perdre courage.

Mais enfin la vraie vertu & le solide amour ne sont que dans la volonté seule. N'est-ce pas beaucoup, que de vouloir toujours le souverain bien, dès

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