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curiofité des gens d'un Ambaffadeur du Roi de Pologne fut plus grande que la crainte d'un pareil accident. Ils y monterent , & en revinrent en bonne fanté. Ils dirent à leur retour qu'ils n'y avoient vu qu'une carcaffe de chameau. Du pied de cette montagne, on tire de gros blocs d'un fel fort blanc. Toute la terre' des environs eft impregnée de fel t & on en peut dire autant de toute la Perfe jufqu'au Golfe Perfique. Ceft un fel C\ acre & fi pénétrant , que les chairs & le poiffon qu'on en falle perdent leur propre goût ,& ne laiflent fentic que le fel.

Kom a fon Sultan , fon Daroga & fon Calenther. Ce dernier étoit ami particulier de notre Ambafladeur. Il lui fit tous les honneurs poflibles. Il le retint deux jours, & le régala fplendidement : nous fûmes logés dans un Palais dont les bâtimens font très-négligés. L'enceinte de Kom ne me parut pas moins grande que celle de Lyon ; mais c'eft un trifte fpe£tacle de voir les deux tiers de la Ville ruinés , dit-on, par des eaux qui fortirent autrefois tout-à-coup de terre , ôc en fi grande abondance, qu'elles détremperent en peu de tems les fondemens des maifons ; &. comme ces maifons n'étoient bâties que de briques féchées au foleil, elles tomberent les unes fur les autres, en forte que prefque toute la ville n'eft plus qu'un amas affreux des décombres.

Sa fituation étoit fur une belle grande riviere qui a un pont de dix arches avec un Quai très-commode du côté de la Ville. Ceft le premier endroit où l'on travaille, des toiles peimes.

Le 28.nous paffâmes à Kefmahat y où les eaux font fi falëes , qu'il n'y a que l'habitude d'en ufer qui puifle les rendre potables. Durantplus de trente lieues, à les commencer depuis Sava jufquà Kefmabat, nous eûmes tou-. jours à notre vue & à notre Orient une haute montagne qui s'éleve en pointe comme un pain de lucre , & qui eft couverte de neige: on l'appelle Eluent Oneran , ôc on dit qu'elle eft inacceflible , parce que fix lieues à l'entourla terre eft brûlante, & fume continuellement.

Le 29. nous fîmes fix mortelles lieues par une campagne déferte, & fur un gravier où il ne paroit pas un brin d'herbe. Cette campagne , & celle que nous avions traverfée depuis Sava, me fit conje&urer que nous pouvions être dans la Carmanie déferte, qui, felon l'ancienne Géographie J, confinoit à la Parthie , en rirantvers le midi. La Parthie, fi nousen croyons Quinte-Curce & Arrien , ne valoit pas mieux que la Carmanie, ce qui obligea Alexandre , lorfqu'il y fut entré, de" tirer fes convois de la Médie. Nous couchâmes à Sinjtn, gros ôC riche Village.

Le 30e. de Novembre nous arrivâmes à Kakan, où TArnbafladeur fut reçu avec tous les honneurs ordinaires, & conduit dans un beau jardin du Roi. Ce jardin a de chaque côté une loague & large allée: la premiere , eft de cyprès bien rangés ;la féconde eft de fapins. Les arbres font d'une grofleur & d'une hauteur fuirprenante. L'entrée des deux allées eft plantée d'arbres fruitiers de toutes les efpéces, mais fur-tout d!abricotiers. Il y a.

tïn ruiffeau d'une eau coulante, qui forme les.canaux le long des allées , & dont les bords font ornés de diverfes fleurs, principalement d'œillets. Ce jardin Royal eft affermé , & le Maître Jardinier me dit qu'il en payoit douze tomans. Il y a deux Palais, l'un à l'entrée , & l'autre au milieu du jardin : nous étions logés dans le premier qui a une grande place, qui lui fert d'avant-cour, & dans laquelle on s'exerce à tirer de l'arc.

La ville de Kachan a deux enceintes de murailles fort épaiffes : l'extérieure eft plus balle & à demi ruinée. Elle eft traverfée par une riviere impétueufe nommée Koucout, ou riviere des montagnes , parce qu'elle fort de celles qui font à l'Occident , &c d'une fource qui jette l'eau de la grofleur du corps d'un bœuf.

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