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I I I.

AVANT 15873 LES LARMES DE SAINT PIERRE,

Imitées du Tanfille.

AU ROI HENRI III.

Ce n'est pas en mes vers qu'une amante abusée
Des appas enchanteurs d'un parjure Thésée,
Après l'honneur ravi de sa pudicité,
Laissée ingratement en un bord solitaire ,
Fait de tous les affauts

que

la

rage peut faire Une fidele preuve à l'infidélité.

Les ondes que j'épans d'une éternelle veine
Dans un courage faint ont leur sainte fontaine ;
Où l'amour de la terre & le soin de la chair
Aux fragiles pensers ayant ouvert la porte,
Une plus belle amour se rendit la plus forte ,
Et le fit repentir aussi-tôt

que pécher,

Henri, de qui les yeux & l'image sacrée
Font un visage d'or à cette âge ferrée,
Ne refuse à mes veux un favorable appui;
Et fi pour ton autel ce n'est chose assez grande ,
Pense qu'il est si grand, qu'il n'auroit point d'offrande
S'il n'en recevoit point que d'égales, à lui..

La foi qui fut au coeur d'où sortirent ces larmes
Eft le premier essai de tes premieres armes,
Pour qui tant d'ennemis à tes pieds abatus,
Páles ombres d'enfer , poussière de la terre,
Ont connu ta fortune , & que l'art de la guerre
A moins d'enseignemens que tu n'as de vertus,

De son nom de rocher, comme d'un bon augure,
Un éternel êtat l'Eglise se figure ;
Et croit

par

le destin de tes justes combats, Que ta main relevant son épaule courbée, Un jour, qui n'est pas loin, elle verra tombée La

troupe qui l'assaut & la veut mettre bas.

A

Mais le coq a chanté pendant que je m'arrête
A l'ombre des lauriers qui t'embrassent la tête ,
Et la source déja commençant à s'ouvrir
A lâché les ruisseaux qui font bruire leur trace ;
Entre tant de malheurs estimant une grace ,
Qu'un Monarque si grand les regarde courir.

Ce miracle d'amour, ce courage invincible ;
Qui n'espéroit jamais une chose possible
Que rien finît sa foi

que

le même trépas,
De vaillant fait coüard, de fidele fait traître,
Aux portes de la peur abandonne son maître,
Et jure impudemment qu'il ne le connoît pas.

Qu'un regret

A peine la parole avoit quitté fa bouche;

aufli

prompt en son ame le touche ; Et mesurant sa faute à la peine d'autrui, Voulant faire beaucoup, il ne peut davantage Que soupirer tout bas , & se mettre au visage Sur le feu de fa honte une cendre d'ennui,

Les arcs qui de plus près sa poitrine joignirent ,
Les traits qui plus avant dans le sein l'atteignirent ,
Ce fut quand du Sauveur il se vit regardé ;
Les
yeux

furent les arcs, les villades les fleches Qui percerent son ame , & remplirent de breches Le rempart qu'il avoit li lâchement gardé.

Cer afsaut comparable à l'éclat d'une foudre,
Poufle & jette d'un coup ses défenses en poudre ;
Ne laissant rien chez lui que le même penser
D'un homme qui, tout nu de glaive & de courage,
Voit de ses ennemis la menace & la rage,
Qui le fer en la main le viennent offenser.

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Mieux que

Ces beaux yeux souverains qui traversent la terre

les
yeux

mortels ne traversent le verre,
Et qui n'ont rien de clos à leur jufte courroux,
Entrent victorieux en son ame étonnée,
Comme dans une place au pillage donnée ,
Et lui font recevoir plus de morts que

de coups.

La mer a dans son fein moins de vagues courantes,
Qu'il n'a dans le cerveau de formes différentes,
Et n'a rien toutefois qui le mette en repos;
Car aux flots de la peur sa navire qui tremble
Ne trouve point de port , & toujours il lui semble

yeux de fon maître il entend ce propos.

Que des

Eh bien ! Où maintenant est ce brave langage ? Cette roche de foi ? Cet acier de courage ? Qu'est le feu de ton zele au besoin devenu ? Où sont tant de fermens qui juroient une fable ? Comme tu fus menteur , fuis-je pas véritable? Et que t'ay-je promis qui ne soit avenu

Toutes les cruautez de ces mains qui m'attachent,
Le mépris effronté que ces bouches me crachent ,
Les preuves que je fais de leur impiété,
Pleines également de fureur & d'ordure ,
Ne me font une pointe aux entrailles fi dure
Comme le souvenir de ta déloyauté.

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