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Voilà de quelle maniere cette amante exprimoit son amour & · sa douleur. Cependant le Comte

qui n'avoit de l'amour que pour Mademoiselle de Meronville,ne songeoit gueres à celui de Mademoiselle de Saint Quentin. Il é. toit fr charmé de la maîtrelle, qu'il n'avoir des yeux, un cæur & des veux que pour elle. Cette aimable fille en étoit ravie ; & quoi qu'elle fût engagée ailleurs, elle ne laifloit pas que d'avoir pour cet amant beaucoup d'estime & de complaisance. On n'est pas loin de l'amitié, quand le cæur en est venu là ; & de l'a. · mitié à l'amour, le chemin n'est pas long à faire. Neanmoins Ma. demoiselle de Meronville balan. ça assez long-temps sur le choix du Comte de Merincour, & du Chevalier Darmon son rival. Ils avoient l'un & l'autre du merite

& de la naissance, ő cette egalité empêchoit la Demoiselle de se déterminer.. · Un jour que ces deux rivaux étoient chez elle , le Chevalier voyant que le Comte badinoit avec Mademoiselle de Meronville d'une maniere familiere, en devint jaloux , & lui dit que la trop grande familiarité engendroit le mépris. Il est vrai, interrompir le Comte ; mais cela n'ar: rive pas aux personnes qui ont autant de merite que Mademoi. felle en a, & pour qui l'on a autant de respect que j'en ai. C'est par là, reprit le Chevalier, que vous devriez avoir plus de retenue & de ménagement pour elle. Je ne crois pas, repliqua le Comte , avoir rien fait qui puisse luy déplaire ; & la patience que j'ay de fouffrir ce que vous me dites en la presence, est une preuve

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de la consideration que j'ai pour sa personne. Le Chevalier offensé de cette réponse , alloit luy dire sans doute quelque chose de choquant , lors que Made- ; moiselle de Meronville l'interrompir, en les priant tous deux de se taire sur cet article, ils le lui promirent , mais leur promesse ne fut pas de longue du. · rée, car le lendemain s'étant

rencontrez , ils mirent l'épée à la main, & le poussoient vigou. reusement l'un & l'autre, quand par bonheur il arriva deux Musa queraires qui les séparerent. Me le Maréchal de... ayant fçû ce. combat , leur donna des gardes, & au bout de quelques jours. il les accommoda , avec defenses de recidiver sous peine de la vie. Quand cela fut fait, le Comte & le Chevalier voulurent alher yoir Mademoiselle de Me

ronville ; mais cerne sage & ai.. · mable fille apprehendant enco

re quelque nouvelle querelle, leur fit dire qu'elle n'y étoit pas. Comme elle vit qu'ils ne le rebutoient point, & qu'ils venoient deux ou trois fois le jour la demander, elle s'en alla dans une maison qu'elle avoit à la campagne où elle passa tout l'Ece. Ces deux rivaux ne la voyant plus, & ne sçachant où elle étoit allée , en furent penetrez de douleur. Tantôt le Comte

en accusoit le Chevalier, & tan- tôt celui ci en accusoit le Com

te. Ces accusations respectives augmentoient leur chagrin & leur jaloufie : neanmoins cela n'alla pas plus loin ; & la crainte de tomber dans la désobéissance mit des bornes à leur reflen. giment.

Pendant que les choses étoient

: en cet état , Mademoiselle de

Saint Quentin , dont l'amour augmentoit de jour en jour, al. loit souvent à la Comedie, à l'Opera & à la promenade pour voir le Comte , & pour tâcher d'en être vûe. Un jour qu'elle se promenoit aux Tuilleries, elle l'apperçut comme il étoit aslis fur un gazon, dans un lieu fort couvert , & chanta un air si tendre & d'un ton fi charmant, que les plus insensibles en euflent été touchez. En voici les paroles..

CHANSON.

T Ardin, séjour délicieux, J De l'Amour, des Nymphes, des Dieux, Bois & fleurs, canaux & fontaines, Soyez témoins de ma douleur, . . Ecoutez mes cruelles peines, Et déplorez.- en le malheur.

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