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time qu'elle avoit pour luy , augmenterent en même tenis son amour ; & il eût peut-être été mal-aisé de voir une liaison plus tendre que celle que la sympathie de leurs humeurs forma entre eux en fort peu de tems, C'étoit en l'un & en l'autre beaucoup de douceur & d'honnêteré, & sans qu'il y eût ni d'empire pris , ni de complaisance tsop founile , ils:

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ne sçauroit exprimer , quand la Demoiselle tomba tout à coup malade. Le mal qui étoit preffant, fut jugé devoir être long

& dangereux. Ce fut pour le Ba- ron un accablement qui alla jufqu'à l'excès. ll fit venir Medecins sur Medecins, comme si le nombre eût dû avancer sa guerison ; mais tout leur art fut une ressource qu'il employa inutilement. La malignité de la mala- , die l'emporta fur les remedes; & il falut changer l'appareil des nốces en celuy des funerailles. Rien n'est comparable à la douleur que fit voir le Baron. Il ne la soulagea point par de vains regrets, ni par cette abondance de larmes que les yeux fournir sent dans les afflictions medio. cres ; il en fut entierement occupé, & parut pendant quelques jours comme privé de tout sen

timent. On avoit beau luy para ler, il sembloit ne rien entendre ; & ses yeux distraits marquoient je ne sçay quoy de funefte qui faisoit peine à tous ceux qui jugeoient de la grandeur de lon déplailir , par la connoissance qu'ils avoient de l'excès de son amour. Enfin quand à force de le plaindre, les Amis l'eurent engagé à s'expliquer avec eux du triste état où il se trouvoit reduit , ses pleurs commencerent à couler, & il leur dit enfuite les choses les plus touchantes sur la perte qu'il venoit de faire. On n'adoucit fa douleur qu'en l'approuvant dans toute sa violence ; & comme il vouloir qu'elle fût connue de tout le monde, quoiqu'il fût contre l'ufage d'en donner publiquenient des marques exterieures , il prit Le deuil, & le fit prendre à ses

gens, comme si le mariage avoit été accompli, & qu'il eût veritablement perdu sa femme, & non pas une Maîtresse. On peut croire qu'après cela il renonça à tous les plaisirs, & qu'il n'y eut rien pour luy de plus que la folitude. Il ne la rompoit que pour certaines personnes avec qui il pouvoir s'entretenir sans contrainte, de ce qui étoit gravé fi profondément dans son cæur. Il voyoit fur tout la bonne Amie de la Demoiselle , & alloit souvent pleurer avec elle ce que fes larmes ne pouvoient luy rendre. Elle admiroit tous les jours de plus en plus la constance d'un amour qui fembloit braver la mort, & dont le tems n'avoit en

core pâ diminuer la force. . · Il y avoit déja plus d'un an

qu'il pasfoit fa vie dans les soupirs, toujours rempli de la chere

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