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L'arbre jaunit, defleche & languit dans la

ferre; Et bien loin d'en jouir, le trifte Poflefleur Honteux de fa méprife , & devenu docile, Se donne bien fouvent une peine inutile Pour rendre à I Oranger la vie & la fraîcheur.

LUCAS.

Vous m'baillais de l'intelligence ,
Eh bian! j'aurions la complaifance
Qu'on ne renfermât pas l'Oranger.

L'AMOUR,

Tu tomberais dans un autre danger.

Un tourbillon de vent peut-être

Un beau matin viendrait tout ravager j

C'eft l'image d'un Petit-Maître.

Tu le verrais avec douleur,

Arracher ce qu'un autre cueille i

Il ôterait toute la fleur ,

Et ne laiflerait que la feuille.

Lucas qui n'eft que plus incertain, prie l'Amour de le laiffer ruminer à part ; mais auffitôt qu'il eft feul , fa gaieté reprend le demis, & il chante en faifant l'ouvrage de Colinette.

Morgue , ça va tout leul, j'en fis furpris moimême.

En travaillant pour moi, mon ratiau paraît
lourd,
En travaillant pour ce que j'aime,
C'eft une pleume de l'Amour.

Colinette arrive auffi en chantant; eMe eft agréablement furprife de trouver fa befogne faite, elle en remercie Lucas.

LUCAS.

Bon! bon! j'erois que vous vous moquais, C'te b'fogn' la n'eft que de la miferej

Je ne fais pas à biaucoup près ,

Toute ftella que je vourais.

COLINETTE.

Il en faut demander davantage à mon pere.

Cependant ils le mettent à l'ouvrage , de peur que Lubin ne les gronde , mais ils font tous deux fort diftraits dans leur befogne; Lucas furtout ne fait comment s'y prendre pour parler de fon amour à Colinette , il prend l'occafion de deux branches amoureufes qu'elle allait couper, & pour lefquelles il demande grace.

Ne remarquais-vous pas qu'ailes s'entrelaçons;

Voyais comme ailes s'embraflbns! C'eft fur l'inflinft que ma raifon fe fonde: Tout ce qui s'aime eft nécefTaire au monde , Il n'en faut retrancher que ce qui n'aime pas.

Lubin les furprend, & Lucas lui répond qu'il lui apprenait à tailler des Arbres. Lubin ordonne à fa fille de fuir Lucas , parce que ce garçon eft entiché d'amour. Colinette , comme de raifon, ne manque pas de demander ce que c'eft que l'amour, & Lubin lui répond que c'eft une béte douce les premiers jours,

AH' flatte, ail' fait la patte de v'iours;

Mais en d'Abus la griffe eft cachée.

Drès qu'aile voit que d'elle on n'a pus peur,

A vous faifir aile s'apprête , Pis tout d'un coup ail' vous prend à la tête , Pis ail' fe boute après aubiau mitan du cœur; Et pis quand eune fois aile s'eft là campée , Aile s'y tiant, aile eft là dans fon "fort j l'on va , l'on viant, l'on crie, aile pince pus

fortj Et fi par la piquié queaqu' fillette attrapée , Approche de trop près un homme atteint de ç'fort,

Aile le gagne tout d'abord.

Ce portrait de l'amour n'effraye point Colinette, qui efpere l'apprivoiser avec Lucas; mais Lubin lui fignifie qu'il n'en veut point entendre parr 1er , & il fort.

^Colinette à qui l'envie de plaire fait naître la coquetterie, fe mire dans le ruifTeau où elle n'allait d'abord que pour puifer de l'eau pour arro'er les fleurs de fon Jardin , elle en cueille quelques-unes pour mettre dans fes cheveux , & tandis qu'elle les arrange , l'Amour arrive & cherche à s'amufer de fa naïveté. Colinette encore remplie des leçons de fon Pere , eft effrayée de l'approche de l'Amour , mais elle fe familiarife bientôt avec lui ; & après avoir écoutéde l'Amour lui-même une définition de ce fentiment , elle lui demande comment elle pourra connaître fi Lucas en a pour elle,

L'AMOUR.

Il vous aime fincérement,
S'il vous parle de mariage;
Mais il éludera, s'il ne veut être Amarnt
Que pour le fimple amufemenc.

Colinette ne doute point que Lucas ne veuille 'époufer , mais elle craint que fon pere ne veuille pas y donner ion contentement: l'Amour fe charge de l'obtenir.

Lubin revient avec Lucas , à, qui il ordonne de finir fon ouvrage ainfi qu'à Colinette qu'il éloigne , afin de confulter l'Amour fur la fille ; mais elle revient tout doucement les écouter à plufieurs reprifes ; ce qui oblige Lubin à s'éloigner, après leur avoir recommandé de travailler & dechanter, pour faire voir qu'ils ne s'amufent pas à cauler.

LUCAS, chante.

Ne m'entendais vous pas,
Ma petite Brunette î
Si ma bouche eft muette,
Mes yeux ne le font pas.
Ne m'entendais-vous pas;

COLINETTE.

Le langage des yeux, Eft un charmant ufage , A deux cœurs bien epris il offre mille appas j . Mais à quoi fert c'iangagë ?.

Prenons garde fi l'on ne nous entend pas.

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