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été affoiblie; de forte qu'il revint à la charge encore mieux armé que la premiere fois, & prit contr'elle un renfort de mille petits ajuftemens, qu'il la força d'accepter fans confequence; & des ajuftemens tout achetés, tout prêts à être mis, font bien auffi féduifans que l'argent même avec lequel on les achete.

De dons en dons toujours reçûs, & donnés fans confequence, tant fut procedé, qu'il devoit enfin lui fonder une perfion viagere, à laquelle feroit ajoûté un petit ménage clandeftin qu'il promettoit de lui faire, fi elle vouloit fortir d'auprès de fa Maîtresse.

J'ai fçû tout le détail de ce traité impur, dans une lettre que Genevieve perdit, & qu'elle écrivoit à une de ses coufines, qui ne fubfiftoit, autant que j'en peus juger; qu'au moyen d'un traité dans le même goût, qu'elle avoit paffé avec un riche vieillard, car cette lettre parloit de lui.

A l'efprit d'interêt qui poffedoit Genevieve, fe joignoit encore une tentation finguliere, & cette tentation, c'étoit moi.

J'ai dit, qu'elle en étoit venuë à m'aimer veritablement. Elle croyoit auffi que je l'aimois beaucoup, non fans fe plaindre pourtant de je ne fçai quelle indolence', où je reftois fouvent, quand j'aurois pû la voir; mais je raccommodois cela par le plaifir que je lui marquois en la voyant; & du tout enfemble, il refultoit que je l'aimois comme c'étoit la verité, mais d'un amour affez tranquile:

Dans la certitude où elle en étoit, & dans la peur qu'elle eut de me perdre, (car elle n'avoit rien, ni moi non plus,) elle fongea, que les offres de Monfieur, que fon argent, & le bien qu'il promettoit de lui faire, feroient des moyens d'accelerer notre mariage. Elle efpera que fa fortune, quand elle en jouiroit, me tente

roit à mon tour, & me feroit furmonter les premiers dégoûts que je lui en avois montrés.

Dans cette pensée, Genevieve répondit aux difcours de fon Maitre avec moins de rigueur qu'à l'ordinaire, & fe laiffa ouvrir la main pour recevoir l'argent qu'il lui offroit toujours.

En pareil cas, quand le premier pas eft fait, on a le pied levé pour en faire un second, & puis on va fon chemin.

La pauvre fille reçut tout ; elle fut comblée de prefens ; elle eut de quoi fe mettre à fon aife: & quand elle fe vir en cet état, un jour que nous nous promenions enfemble dans le Jardin de la Maison: Monfieur continue de me poursuivre, me dit-elle adroi. tement, mais d'une maniere fi honnefte, que je ne fçaurois m'en fcandalifer; quant à moi, il me fuffit d'être fage, &,faufton meilleur avis, je crois que je ne fe

rois pas fi mal de profiter de l'humeur liberale où il est pour moi; il fçait bien que fon amour eft inutile ; je ne lui cache pas qu'il n'aboutira à rien:Mais n'importe, me dit-il, je fuis bien aife que tu ayes de quoi te reffouvenir de moi, prens ce que je te donne, cela ne r'engagera à rien. Jufqu'ici j'ai toujours refufé, ajoûta-t'elle, & je crois que j'ai mal raifonné. Qu'en dis-tu? C'eft mon Maître, il a de l'amitié pour moi; car amitié ou amour, c'eft la même chofe, de la maniere dont j'y répons; il eft riche: Hé! pardi, c'eft comme fi ma Maîtreffe vouloit me donner quelque chofe, & que je ne vouluffe pas. N'eft-il pas vrai? Parles. Moi! repliquai-je, totalement rebuté des difpofitions où je la voyois & refolu de la laiffer pour ce qu'elle valoit, fi les chofes vont comme vous le dites, cela eft à merveille; on ne refuse point ce qu'une Maîtreffe nous donne, &

dès que Monfieur reffemble à une Maîtreffe, que fon amour n'eft que de l'amitié, voilà qui eft bien : Je n'aurois pas deviné cette amitié-là, moi : J'ai crû, qu'il vous aimoit, comme on aime à l'ordinaire une jolie fille; mais dès qu'il eft fi fage, & fi difcrete perfonne, allez hardiment; prenez feulement garde de broncher avec lui, car un homme eft toujours traître.

Oh, me dit-elle, je fçai bien à quoi m'en tenir, & elle avoit raifon, il n'y avoit plus de conseil à · prendre, & ce qu'elle m'en difoit, n'étoit que pour m'apprivoifer petit à petit fur la matiere.

Je fuis charmée, me dit-elle en me quittant, que tu fois de mon fentiment: Adieu, Jacob.Je vous falue, Mademoiselle, lui répondis-je, & je vous fais mes complimens de l'amitié de votre amant ; c'eft un honnefte homme d'être fi amoureux de votre perfonne, fans fe foucier d'elle: bon jour, juf

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