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Montcorvin, suivant l'ordre que nous avions reçu du An. 1326. S. siége, & y demeurames environ cinq ans, pendant lesquels nous reçumes de l'empereur la pension nommée Alafa , pour la nouriture & le vêtement de huit persones. Cette Alafa peut valoir par an cent florins d'or , suivant l'estimation des marchands Génois ; & c'est ce que l'empereur done aux envoïés des grands, à des guerriers, à des ouvriers de divers arts & à d'autres persones de diverses conditions. Je passe ce qui regarde la richesse & la magnificence de ce prince, la vaste étendue de son empire, la multitude des peuples, le nombre & la grandeur des villes, & le bel ordre de cet état, où persone n'ose lever l'épée contre un autre. Tout cela feroit trop long à écrire & paroîtroit incroïable: puisque moi-même qui suis présent à peine puisse croire ce que j'entends dire. Et ensuite:

Prés de l'Océan est une grande ville nommée en Persan Caïton, ou une riche dame Armeniéne a bâti une église assés belle & grande, que l'archevêque a érigée en cathédrale du consentement de cette dame; & ľaïant suffisament dotée, il l'a donée pendant sa vie & laissée en mourant à frere Gerard évêque & aux freres qui étoient avec lui ; & c'est le premier qui a rempli cette chaire. Ce frere Gerard étoit un des sept que Clement V. avoit fait sacrer évêque. André continuë : Aprés fa mort l'archevêque me voulut faire son successeur , & comme je n'y consentis pas, il dona cette église à frere Peregrin, qui aprés l'avoir gouvernée quelque peu d'années mourut l'an 1322. le lendemain de l'octave de la S. Pierre, c'est-à-dire le septié. me de Juillet. Environ quatre ans avant son déceds,

AN. 1776. comme je ne me trouvois pas bien à Cambalu pour

quelques raisons, je me procurail’Alafa ou aumône im-
périale pour la recevoir à Caïton distante de Cambalu
de chemin d'environ trois semaines ; & avec huit ca-
valiers que l'empereur m'accorda je m'y rendis en
grand honeur. Dans un bois à deux cens cinquante
pas de la ville j'ai fait bâtir une église avec tous les
lieux réguliers pour vingt-deux freres, & quatre cham-
bres dont chacune seroit suffisante pour quelque pré-
lar que ce fur. Je demeure continuellement en ce lieu
& j'y subsiste de l'aumône roïale. J'en ai emploïé une
grande partie à ce bâtiment; & je ne sache pas qu'il y
ait de semblable ermitage dans toute notre province
pour la beauté & l'agrément.

Peu de temps aprés la mort de frere Peregrin j'ai reçu un decret de l'archevêque pour m'établir dans le siége de Caïton. Je l'ai accepté, & je luis tantôt dans la ville à la cathédrale , tantôt à l'ermitage, selon qu'il me plaît. Je me porte bien, & autant que mon âge avancé le souffre, je pourai travailler à cette moisson encore quelques années. En ce vaste empire il y a des gens de toutes les nations du monde & de toutes les sectes;& on permet à chacun de vivre selon la siene : car ils croïent que chacun s'y peut sauver ; & nous pouvons prêcher avec liberté & sûreté : mais il ne se convertit point de Juifs ni de Sarasıns.Un grand nombre d'idolatres reçoivent le batême, mais plusieurs ensuite ne vivent pas en bons Chrétiens. Quatre de nos freres ont été martyrisés dans l'Inde par les Sarasins : Un d'entre eux aïant été jetté deux fois dans un grand feu , en sortit sain & sauf ; & toutefois ce miracle ne convertit persone. Ces quatre freres se nommoient

Thomas

Thomas de Tolentin , Jaques de Padouë , Pierre de Ā

An. 1326. Siene & Demetrius frere lai. Ils furent martirisés le. Boil. 1. Apr. premier jour d'Avril 1322. qui étoit le jeudi avant le 10.9. Po so. dimanche des Rameaux ; & leurs reliques raportées de Tanaa, où ils avoient soufferts, à Polombe ou Colombe autre lieu de l'Inde, par frere Odoric de PortNaon, qui a écrit l'histoire de leur martyre.

La lettre de frere André de Perouse continuë ainsi: Je vous ai écrit tout ceci en peu de mots, afin que par vous il viene à la conoissance des autres. Je n'écris

point à nos freres Spirituels nià mes principaux amis, · parce que je ne sai point ceux qui sont morts & ceux

qui restent: c'est pourquoi je les prie de m'excuser. Je
les saluë tous & me recomandé intimement à eux ; &
vous pere gardien recomandés moi au ministre & au
custode de Perouse & à tous nos autres freres. Tous
les évêques suffragans du siége de Cambalu qu'avoit
fait le pape Clement sont morts en paix & je suis de-
meuré leul, Frere Nicolas de Banthera , frere Andru-
cio d'Aflise & un autre évêque font morts à l'entrée
de l'Inde inférieure dans un païs tres-cruel ou plusieurs
autres sont morts & enterrés. Doné à Caston l'an .
1326. au mois de Janvier.

Vers la fin de la même année, c'est-à-dire le lundi XXIX. huitiéme de Decembre, Guillaume de Flavacourt ar-,

Concile de

- Marciac. chevêque d'Auch tint à Marciac dans son diocése un to. xi. conc. concile provincial avec ses suffragans. Ce prélat né p.1747 .

Gall. Chrina d'une famille noble dans le Vexin au diocése de sa

P.994. Rouen, fut premiérement évêque de Viviers , puis de Carcassone, d'où il fut transferé à Auch sur l'élection du chapitre , mais ce siége vaca long-temps. Car le dernier archevêque Amanicu d'Armagnac étoit mort Tome XIX.

Ddd

LXXXIX n

AN. 1326

1326. dés l'onziéme de Septembre 1318. aprés avoir tenu ce Sup. liv. fiége cinquante-sept ans ; & Guillaume de Flavacourt LXXXIX N.13. n'en prit possession qu'en 1324. le dimanche aprés la

S. Philipe, c'est-à-dire le sixiéme de Mai.

En ce concile on publia cinquante-six canons, où je remarque ce qui suit. Les ordinaires n'admettront

point aux fonctions ecclésiastiques les clercs ou les re6. 2. 3. ligieux des autres diocéses fans lettres de leurs supé

rieurs. Car il vient de divers païs en cette province des clercs dont plusieurs, à ce qu'on croit, ne sont pas ordonés canoniquement : plusieurs sont excommuniés, apostats & criminels, qui furent parce qu'ils craignent leurs évêques. Le concile excomunie égale

ment ces étrangers & ceux qui les reçoivent sans let6.6. 7. tres de recomandation. On défend aux laïques, com

me dans les autres conciles du même temps, d'em. pêcher ou troubler le cours de la jurisdiction ecclé. fiastique, d'intercepter les lettres des évêques, les dé

chirer, les cacher , arrêter ou fraper ceux qui les por. C. 8. 9. 10. tent: se faire absoudre par force des censures: traduire 47 les clercs au tribunal séculier , ou prendre conoissance

des causes ecclésiastiques : enfraindre la franchise des afiles. Oter aux ecclésiastiques les moïens de vivre, comme faisoient quelques seigneurs en défendant de leur rien vendre ou d'acheter d'eux, de moudre leur blé, ou leur fournir du pain & le reste au prix commun.

On déclare que tous les sermens même aposés aux contrats , sont de la compétence du juge d'église ; que les sermens faits contre la liberté ecclésiastique sont

nuls; & on ordone d'excomunier solemnellement les 6.18. parjures. Les recteurs, c'est-à-dire les curés célébrant

C. 12. 13. 15.

la messe dans leurs églises, seront servis au moins Ā

1. An. 1326. par un clerc en surplis. Tous les clercs qui sont in fac. 1

C. 19. . cris, ceux qui ont des bénéfices, principalement à charge d'ame & tous les religieux clercs, sont obligés à dire tous les jours les sept heures canoniales ; & doivent s'assembler à l'église pour cet effet le plus souvent qu'il est possible. Dans le temps d'interdit les chanoines & les clercs des cathédrales & des collégia-, les ne laisseront pas de recevoir leurs distributions quotidiénes. Défense aux clercs de sortir la nuit sans c. 20., lumieře dans les lieux où il est défendu aux laïques de le faire, aprés le son d'une cloche ou d'une trompette.

On défend plusieurs abus dans les sépultures ten- c. 21.23.246 dans principalement à frustrer les paroisses de leurs 25. droits. On défend les clameurs & les lamentations indécentes aux enterremens, qui troubloient les priéres ecclésiastiques ; enfin de désosser ou démembrer les corps pour les enterrer en divers lieux. Ceux qui manqueront deux dimanches à venir entendre la mefse à leur paroisse, seront nomément excomuniés. On déclare que les dîmes sont dues de droit divin , & on C. 28. 29. 30. * prononce plusieurs peines contre ceux qui ne les *** païent pas fidéllement & avant toute autre charge, qui.. détournent les autres de les païer , qui les usurpent ou les retienent. Tout le diocése contribuera aux frais des procés que les églises pauvres seront obligées de soutenir pour la conservation de leurs droits. Les cu- 6:36. rés des paroisses dont les religieux ont le patronage, seront perpetuels & non amoyibles; & les religieux titulaires de bénéfices y résideront & seront soumis à la corection des évêques non-obstant leurs priviléges.

C. 26.

36. 33•

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